‹ A travers trois siècles [microform]; l'œuvre des Bollandistes, 1615-1915;Chapitre 13 sur 51 · I. Manuscrit 17674, fol · texte numérisé non relu

I. Manuscrit 17674, fol

l'œuvre des BOLLANDISTES

l'Élaboration

de contact, sont capricieusement répartis suivant les hasards des anniversaires. Saint Augustin sera traité au 29 août, saint Jérôme au 30 septembre, saint Ambroise au 7 décembre. Même morcellement pour les saints appartenant à un même groupement et unis par un lien historique : ainsi les évêques d'un même diocèse, les personnages illustres d'un même monastère. Chaque fois que l'un d'eux apparaîc au calendrier, il faut revenir sur les mêmes questions, et les générations de collaborateurs se succédant, le travail est perpétuellement à recommencer, dans des conditions nouvelles, et parfois dans un autre esprit.

Car voici une considération qu'il ne faut point perdre de vue. Certaines solutions fermes et logiques ne sont possibles que lorsqu'on embrasse l'ensemble des textes et que tous les cas analogues sont groupés. On ne peut guère hésiter, par exemple, à se prononcer contre les prétentions de certaines églises à Tapostolicité, lorsqu'on constate qu'un même vent a soufflé sur elles et que leurs légendes font partie d'un cycle, tandis qu'un cas isolé se présentera com^me plus plausible. L'association fortuite à une même date des saints de toutes les époques entraîne aussi une notable déperdition de forces. La liste de chaque jour com-

mence par des martyrs des persécutions romaines, se termine par des saints du quinzième ou du seizième siècle, obligeant les collaborateurs à repasser par toutes les périodes de l'histoire ecclésiastique.

Oserons-nous le dire ? Bien qu'évidemment la topographie combinée avec la chronologie constitue pour une œuvre historique le principe d'ordre le plus logique et le plus aisé, il n'est pas certain que les fondateurs du boUandisme se soient trompés en choisissant l'ordre du calendrier. Rosweyde, dit-on, avait songé un instant à s'en affranchir. L'instinct l'y a

ramené, et BoUandus, qui avait, pour la réalisation de l'entreprise, les coudées franches, semble n'avoir éprouvé aucune hésitation.

Il ne faut pas se représenter les conditions du travail au début de l'œuvre semblables à celles qui nous sont faites. Les Acta sanctorum, achevés en grande partie, nous livrent un terrain déblayé sur lequel on peut se mouvoir à l'aise. Avant BoUandus, la littérature hagiographique présentait le spectacle d'une inextricable confusion. Si cette littérature avait quelque homogénéité, qu'elle fût composée exclusivement de documents historiques dont les attaches chronologiques sont claires,dontles origines sont faciles à démêler, l'idée d'un groupement dans l'ordre

l'œuvrb des bollandistes

des temps et des pays devait s'imposer à Pesprit; et pareille disposition ne pouvait amener aucune difficulté d'exécution un peu sérieuse. Mais dans la masse des textes à remuer, quelle variété, que de degrés dans l'échelle historique, depuis le procès verbal authentique et le récit du témoin oculaire jusqu'à la légende anonyme; que d'incertitudes sur la provenance, la valeur, le sens même de beaucoup de pièces. Trop de problèmes se posaient à la fois qu'il était impossible alors de résoudre d'une façon satisfaisante.

Un exemple à l'appui aidera à mieux comprendre les obstacles qui se dressaient alors devant Thagiographe. S'il est une matière homogène et nettement circonscrite, c'est celle des Acta sincera de Ruinart, qui entendait réunir dans un volume les Actes historiques des martyrs des premiers siècles, par ordre chronologique. Le recueil fut publié en 1689, lorsque les Acta sanctorum, dont Ruinart se sert beaucoup, comptaient déjà dix-neuf volumes. C'est certainement un excellent ouvrage. Mais on n'a pas de peine à s'apercevoir qu'il ne répond qu'en partie à son programme,. car il comprend un bon nombre de Passions dépourvues de valeur documentaire, et n'ayant aucun titre à, figurer dans un recueil à^Acta sincera. L'on sait

l'élaboration

combien le nombre des Passions historiques s'est réduit depuis qu'on a pu les étudier dans le détail, avec une minutie qu'une première exploration ne comporte pas.

On peut en dire autant d'une autre collection dont les contours sont clairement tracés dans le temps et dans l'espace. Le plan des Viiae sanctorum Siculorum du P. Gaëtani, datant de 1657, est assurément avantageux. Mais malgré l'appareil scientifique dont il est muni, l'ouvrage est manqué et plein de graves défauts. Alors même que l'auteur eût possédé un jugement critique plus sûr, il n'aurait guère abouti à de meilleurs résultats, parce que, au moment où il composait son recueil, les travaux de cette espèce étaient prématurés et qu'une longue familiarité avec les textes hagiographiques de toute catégorie pouvait seule conduire à une juste appréciation des documents si disparates réunis sous une même étiquette.

Ce qu'il fallait pour créer cette branche nouvelle de la science ecclésiastique qu'est l'hagiographie critique, c'était d'explorer le domaine, en exhumant méthodiquement les textes,et pour cela, il était indispensable de se laisser guider par la tradition manuscrite. Or, la tradition entière était dépendante de l'ordre du calendrier : le? martyrologes, cela va sans dire, et

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aussi les passionnaires, les lectionnaires, les synaxaires, les ménologes des ordres religieux, les collections manuelles depuis la Légende Dorée jusqu'au légendier d'Hilarion de Milan. Il n'y avait d'autre guide à travers cette littérature touffue que les dates liturgiques. Était-il prudent de renoncer à ce fil conducteur, pour s'engager dans une oeuvre qui exigerait tant de concours divers quMl n'était pas toujours loisible de chercher parmi des spécialistes ?

Et puis, si l'on était décidé à projeter sur tous les textes la lumière de l'histoire, le point de vue hagiographique ne pouvait évidemment être écarté. Or, on s'exposait bien à le sacrifier en se rendant indépendant de l'élément hagiographique par excellence, qui est le jour de la fête. Il n'est pas juste de dire que l'ordre des dates soit un ordre artificiel, comme le serait l'ordre alphabétique des noms. La date n'a pas été choisie arbitrairement : c'est, en général celle de la mort du saint ou du moins celle qu'a fixée un long usage.

Tout semblait donc inviter Bollandus et ses premiers successeurs à ne point quitter la voie traditionnelle. En l'abandonnant, ils eussent laissé indéfiniment dans l'ombre bien des recoins de l'hagiographie où la lumière a pénétré grâce au système adopté. Il fallait, pour lancer

l'élaboration

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