CHAPITRE PREMIER L'œuvre
En 1603, le P. Olivier Manare, un Tournaisien, envoyé en qualité de visiteur par le général de la Compagnie de Jésus, parcourait les maisons de la Province de Belgique *. Il se faisait renseigner sur les études et tâchait de se rendre compte de la direction qu^il fallait leur donner pour le plus grand bien de l'Église et l'honneur de la Compagnie.
Un des religieux qu'il interrogea à ce sujet, lui dit qu'en lisant les Vies des saints il avait été frappé d'y rencontrer tant d'histoires apocryphes, parfois même d'une orthodoxie douteuse. Les bibliothèques de Belgique étaient riches en manuscrits hagiographiques, et il serait facile d'en faire venir d'ailleurs beaucoup d'autres dont la publication valait la peine d'être entre-
I. Memoriale de Putris Heriberti instituto quoad sanctorum historias et vitas illustrandas, à la bibliothèque des BolUndistcs, manuscrit 259, publié dans Analectcs pour servir à Vhiitoire ecclésiastique de Belgique, t. V, p. 263-270. Courte biographie du P. Manare dans B. Losschabrt, P. Oliverii Manarei S. I. Exhortationes (Bruxelles, 1913), p. 3*- 12*.
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l'œuvre des bollandistes
prise pour la gloire de l'Eglise et des saints. < Si les supérieurs le jugent bon, concluait-il, et qu'ils m'en donnent le loisir, je n'aurais aucune répugnance à me charger d'un pareil travail. »
L'idée fut accueillie et le visiteur demanda un mémoire à communiquer aux consulteurs de la Province, ainsi qu'un autre destiné au Père général, Claude Aquaviva. Examiné à Rome et à Bruxelles, le projet fut approuvé, et le P. Rosweyde, autorisé à se mettre à l'œuvre.
Le P. Héribert Roswey, que nous continuerons à appeler, selon l'usage courant, Rosweyde', naquit à Utrecht, le 21 janvier 1569. Reçu au noviciat de la Compagnie de Jésus à Tournai le 21 mai 1588, maître es arts à l'Université de Douai en 1591, il se prépara de bonne heure a,ux travaux d'érudition. Il prit l'habitude de consacrer les loisirs que lui laissaient ses études et plus tard son enseignement à visiter les bibliothèques des abbayes voisines de Douai. D'autres villes devinrent par la suite le centre
I. Il signe lui-même Ros-wey dans V Album novitiorum, et c'est aussi la forme adoptée dans les premiers catalogues de la Province belge qui mentionnent son nom. Plus tard il est inscrit sou^ le nom de Rosweydw. En tête de ses ouvrages, il écrit parfois Ros-wcydus. Voir l'article Roswiyde par le P. Alfred Poncelct dans la Biographie nationale.
l'œuvre 9
de ses explorations : Louvain, durant ses études théologiques ; puis Anvers, où il exerçait les fonctions de préfet des études à l'époque où il eut avec le P. Manare l'entretien mémorable qui décida de l'entreprise.
Dès que le Père général eut permis au P.Rosweyde de tourner de ce côté son activité, le P. Bernard Olivier, provincial de Belgique, lui fournit l'occasion d'explorer les bibliothèques de Liège, et rien ne semblait s'opposer à ce que les travaux préparatoires à la publication des vies des saints fussent activement poussés,lorsqu'un professeur de controverse étant tombé malade à Saint-Omer, il fallut que le P. Rosweyde, le seul homme jugé capable de le remplacer, allât occuper sa chaire. Trois années entières se passèrent dans cet enseignement, et l'hagiographe ne rentra à Anvers qu'en 1606. C'est là qu'après avoir mis en ordre les premiers fruits de ses recherches, il traça le plan de la future publication, dans un petit volume intitulé : Fasti sandorum quorum vitae in beîgicis bibliothecis manuscripiae' . C'était le dessin net du cadre dans lequel il se proposait do faire entrer les >matériaux déjà recueillis en grand nombre. C'était en même temps un appel aux