I. Gachard, op. cit., p
entières, et furent achevés en 1780. Comment les hagiographes avaient trouvé le moyen, au milieu de tant de tracas, d'imprimer un volume des Acta sanctorum, je ne me charge pas de l'expliquer. C'est précisément en 1780 que parut à Bruxelles, à l'imprimerie royale, le tome IV d'octobre.
Le plus jeune des bollandistes, Ignace Hubens, mourut deux ans après. Suivant les conventions, on avait fait choix de deux jeunes religieux de l'abbaye pour les associer au travail des Acta sanctorum, F.-J. Reynders et J.-B. Fonson, tout deux de Bruxelles. Le premier, se sentant peu apte aux travaux scientifiques, y renonça. L'initiation du second était trop incomplète pour qu'on pût songer à lui donner la succession de Hubens. Le gouvernement appela dom Anselme Berthod, bénédictin de la Congrégation de Saint- Vanne, grand-prieur de Luxeuil. qui avait visité les bollandistes au temps de leur prospérité et manifesté pour leurs travaux la plus sincère admiration*. Il arriva à Bruxelles le 9 octobre 1784. Sa carrière d'hagiographe ne fut
I, Voir l'article de D. U. Berlière da.ns Revue Bc7tédic~ tine, t. XVI (1899), p. 193-209.
l'œuvre des bollandistes
LA RUINE
pas longue. Il mourut trois ans après, en mars 1788.
Nous n'avons pas à nous occuper spécialement ici des Analecta Belgica, ni du projet de Ghesquière de fonder une Société des Antiquaires de Bruxelles et de l'opposition que l'Académie fit à ce projet '. Il faut pourtant mentionner les Acta sanctorum Belgii qui réalisèrent une partie du plan tracé pour les Analectes, Les cinq premiers volumes furent publiés à Bruxelles de 1785 à 1789. Les deux premiers sont l'œuvre de Ghesquière ; les trois suivants furent faits en collaboration avec Corneille Smet, ancien jésuite. Le sixième volume parut en 1784 à Tongerloo. Le nom du chanoine Isfride Thys y est associé à celui de Ghesquière. Il ne pouvait être question de suivre, dans une collection spéciale et d'un caractère nettement historique, l'ordre du calendrier. L'ordre chronologique fut adopté. Le tome VI s'arrête au deuxième tiers du huitième siècle. Lorsque s'organisa en Belgique la Commission royale d'histoire, qui fut l'héritière de l'organisation des histo-
I. P. Verhabghbn, Pfoja d'une société cVarchéologie à Bruxelles en 1779, dans Ajinales de lu Société d'archéologie de Bruxelles, t. XXVII (1913), p. 107-116.
riographes d'Anvers, bientôt personnifiée dans le seul Ghesquière, on se décida à continuer les Acta sanctorum Belgii, et Mgr De Ram accepta de prendre sur lui cette tâche. Le projet n'eut point de suites. Il fat repris par le bollandiste Albert Poncelet qui avait préparé deux nouveaux volumes, mais fut surpris par la mort en i9ii,au moment de les mettre sous presse. Sans les événements de 1914, ils auraient déjà vu le jour.
L'œuvre bollandienne était à peine reconstituée qu'une nouvelle catastrophe vint fondre sur elle. L'abbaye de Caudenberg, atteinte par les réformes de Joseph II, fut supprimée sans ménagement et cessa d'exister le 23 mai 1786. Il fallut chercher un nouveau refuse. Le gouvernement ordonna aux bollandistes de se transporter, avec leur bibliothèque, dans une partie des locaux de l'ancien collège des jésuites, à Bruxelles, qui avait pris le nom de collège Thérésien. Quatre mois furent employés à mettre un peu d'ordre dans la nouvelle installation, et c'est pour nous un nouveau sujet de surprise de constater que le tome V d'octobre, signé des noms de C. De Bye, J. De Bue et J.-B. Fonson, porte précisément le millésime de cette année fatale. Une activité si peu en rapport
L ŒUVRE DBS BOLLANDISTES
avec les circonstances s'explique sans doute par l'insistance du gouvernement impérial qui ne cessait de se plaindre de la lenteur des travaux. Déjà, en 1784, l'empereur avait fait savoir qu'à l'avenir il s'attendait à voir pa- . raître tous les ans au moins un volume des Acta sanctormn, de manière à terminer la collection en dix ans. Les bollandistes s'expliquèrent et n'eurent pas de peine, à montrer qu'on leur demandait l'impossible. Mais leur perte était décidée.
D'après un calcul de la Chambre des comptes, la suppression des deux organismes qui n'avaient cessé de marcher de pair, devait faire réaliser au Trésor une économie de 2000 à 3000 florins par an. On oubliait de rappeler que, grâce à une excellente administration, les bollandistes étaient parvenus, à l'époque de l'extinction de l'Ordre, à amasser un capital de 136 000 florins ; que cette somme, augmentée des 50 000 florins qui constituaient le capital du musée Bellarmin, était entrée dans les caisses de l'État, et que la vente des livres servait à couvrir une partie des dépenses.
Un avis complaisant fut demandé à la Commission ecclésiastique et des études. Dans un de ses rapports, elle se disait « bien éloi-
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gnée de partager la prétendue vénération profonde dont l'Europe savante serait imbue à regard des Acta sanctoruni >, et terminait par cette réflexion, dont on lui fut sans doute reconnaissant : < Au reste, l'objet principal qui doit occuper le gouvernement est de se débarrasser des frais. > Le 16 octobre 1788, la décision était prise : les bollandistes et les historiographes avaient à cesser leurs travaux, et, à partir du i" novembre, — on prétend que la Toussaint ne fut pas choisie sans intention — on se bornerait à leur payer une pension annuelle de 800 florins.
c Ainsi fut consommée, dit un historien, sous le règne d'un monarque qui prétendait à la. gloire iie régénérer ses peuples en les éclairant, une œuvre de parcimonie mesquine, disons mieux, de véritable vandalisme : car les deux . établissements qu'il supprimait n'étaient pas à charge de son Trésor, il les avait trouvés dotés de fonds plus que suflisants pour leur entretien. Quelque jugement que l'on porte sur Joseph II, sa conduite dans l'affaire des bollandistes sera une tache éternelle à sa mémoire*. »
La nouvelle de cette brutale exécution ne