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LA RESTAURATION
389 de l'épitaphe eût dû suffire à les arrêter. La commission archéologique attira sur le fait l'attention du pontife, qui exigea que l'on rendît les restes de Fortissima aux catacombes, d'où ils n'auraient jamais dû sortir.
Malgré les tâtonnements et les erreurs du début, la continuation des Acta sanciorumsiva.it, sous l'impulsion du P. De Buck, donné à l'œuvre de Bollandus un nouveau lustre. Le public instruit y prenait intérêt et, en 1863, un éditeur parisien osa lancer l'entreprise, que l'on peut qualifier d'audacieuse, et qu'il mena à bon terme, d'une réimpression de la collection. Plusieurs évêques encouragèrent le projet, et dans un diocèse dont le clergé préparait aux bollandistes un autre illustre appui, on vit paraître une lettre épiscopale adressée aux curés pour recommander les Acta sanctorum qui allaient leur devenir moins inaccessibles ^ La circulaire de Mgr David, évêque de Saint- Brieuc, document d'une grande élévation de pensée, rendait aux collaborateurs des Acta sanctorum un hommage discret et compétent. On
I. Lettre circulaire de Mgr V évêque de Saint- Brieuc et Tréguier sur la réimpression des Acta sanctorum à MM. les Recteurs du diocèse. Saint -Brieuc, 1864, 24 pages in»40.
y lisait ce passage que nous aimons à reproduire, parce qu'on y trouve la réponse à des préoccupations, qui ne sont pas entièrement éteintes, mais qui, à ce moment, se manifestaient parfois sous une forme beaucoup moins discrète. Les allusions sont faciles à saisir.
« Je dois pourtant, avant de terminer, écrivait le digne prélat, dire un mot d'un reproche qui a été adressé aux bollandistes. Une école toute moderne, trouvant, peut-être avec raison, un peu de sécheresse et une sévérité trop grande chez les hagiographes de second ordre nés de la pensée du dix-septième siècle, a jeté la suspicion sur les tendances de l'œuvre bollandienne ; on en a nommé les auteurs et les partisans d es hypcrcritiqties. Leur idéal, à ces trop indulgents historiens, c'est de reproduire avec leur naïveté souvent charmante, leur nudité même, quelquefois dangereuse, toujours sans examen sérieux et sans contrôle, les légendes du moyen âge. Ces légendes sont-elles toutes dignes de foi ? Lorsque la critique savante, désintéressée, profondément orthodoxe de nos bollandistes, de nos Bénédictins, de nos Oratoriens, etc., les a examinées, et repoussées, n'estce pas un devoir de ne procéder qu'avec une circonspection souveraine pour les remettre en lumière ? Ne faudrait-il pas au moins bien con-
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naître les travaux de ces illustres hagiographes et pouvoir leur opposer des réfutations victorieuses ? Ne demandez pas cela à l'école légendaire. Elle n'aime pas le raisonnement ; elle a .eu même quelquefois des paroles amères pour la raison humaine. A nos yeux, c'est là un excès regrettable La vérité est et sera toujours notre culte ; elle est Dieu. Une légende peut être poé-. tique, édifiante même ; mais si la critique consciencieuse la condamne, abandonnons-la sans regret à l'oubli ; ne la livrons jamais, du moins sans réserve, à la confiance des fidèles... Ne donnons pas à la science hostile ou prévenue l'occasion d'un seul triomphe contre la cause divine de l'Église. Plus que jamais aujourd'hui le zèle intempestif, le dogmatisme emporté, la précipitation effrayante dans l'affirmation, la science hâtive et improvisée de quelques hommes, dont l'incompétence est aussi notoire que les bonnes intentions, peuvent arrêter la marche de la vérité religieuse dans le monde *.>
De pareilles adhésions, venant se joindre à d'autres marques de prospérité, semblaient assurer définitivement l'avenir du bollandisme restauré. Grâce à d'insignes bienfaiteurs, parmi lesquels il faut placer le P. De Buck, lui-même,