L ŒUVRE
que la mort du P. Bauwens, confesseur et préfet des études, le charge d'une suppléance qui dure deux années entières.
En 1612, les supérieurs le renvoient à Anvers, non plus au collège mais à la Maison professe. Il ne la quittera plus jusqu'à sa mort. Sans perdre de vue la tâche qui lui était assignée, il se laissa attarder par d'autres travaux. C'étaient des ouvrages de controverse, des éditions savantes, une Vie des saints en flamand, d'après la «Fleur des saints > de Ribadeneyra, la Silva eremitarum Aegypti ac Palaestinae, avec d'admirables gravures de Bolswert, une histoire générale de l'Église, d'après les Annales de Baronius, avec l'histoire ecclésiastique des Pays-Bas, et il songeait encore à donner des éditions annotées d'Arnobe, de TertuUien, de Lactance, de Minutius Félix, de Prudence et d'autres auteurs chrétiens.
Parmi les travaux scientifiques qui se rattachent étroitement aux Actes des saints, il faut en signaler deux dont l'importance est universellement reconnue. C'est d'abord, en 1613, le Martyrologe d'Adon précédé de l'abrégé appelé Petit Romain, à la suite d'une édition du Martyrologe romain de Baronius*. Lipomano s'était
I. Mariyrologium Romanum.... accedit Vêtus Romanum m:irtyrûlogiuni hactcnus a Cardinale Baronio desideratum y
l'œuvre des bollandistés
contenté, dans son quatrième volume, de donner des extraits d'Adon. En 1581, Mosander l'avait publié intégralement, comme supplément à Surius. Mais il s'était permis de modifier Tordre de la compilation sans d'ailleurs se préoccuper de la débarrasser des éléments étrangers qui s'étaient glissés dans les manuscrits. De plus, il ignorait l'existence du Peitt Romain, qui se présentait, à cette époque, comme un document de grande importance et sur lequel la critique n'a porté la lumière que de nos jours. L'édition princeps de Rosweyde est faite sur trois manuscrits. Les annonces jugées étrangères au texte d'Adon sont rejetées en appendice. Suivent un certain nombre dénotes historiques excellentes et des tables. C'est un appareil scientifique respectable pour l'époque. Il va de soi que l'édition n'est pas définitive, et qu'elle ne pouvait l'être. Elle a longtemps suffi aux besoins.
L'œuvre capitale de Rosweyde, le Viiac Patruin parut en 1616. C'est véritablement la pierre fondamentale des Acta sanctortiinK
una cum mariyroiogio Adonis ad msii. exempluria rcccnsttu opéra et studio Heuiberïi Roswkyd», c Suc. km. Antvcrpiae, 1613, xxxvi-55f> pages, tables, 10-228 pages, tables.
I. Vitae patrum, de vitaet vcrbis seniorum lib*-t X historiam eremiticam ccmplectcntes auciortbus suis nitori prtstino testituti ac notatwnibus illitstrati cpera ci studio Kerieerti
l'œuvre
Le recueil que Rosweyde entreprenait de publier est un des plus considérables, un des plus célèbres aussi, de toute la littérature hagiographique. C'est l'épopée desorigines du monachisme en Egypte et en Syrie, une des plus grandioses et des plus attachantes qui soient. Un grand nombre de manuscrits grecs et latins contiennent soit les éléments, soit la totalité de la collection. Dès le treizième siècle, la Vu des Pères du désert est traduite en langue vulgaire et fait une heureuse concurrence à des livres moins édifiants, qui circulaient alors. Ce fut un des premiers ouvrages reproduits par la typographie naissante, et les éditions se multiplièrent rapidement. Ce succès même et cette large diffusion produisirent leurs effets ordinaires, l'incorrection et la confusion, et aucune des éditions existantes, qui n'avaient d'ailleurs qu'un but d'édification, n'était propre aux usages scientifiques. Mettre les textes si nombreux et si disparates dont était formé le recueil artificiel du Vitae Patrum à la portée des savants et des lecteurs instruits était une tâche bien lourde. Elle n'effraya point l'intrépide travailleur qu'était Rosweyde. Il s'entoura de tous les manuscrits qu'il lui fut
Ros-WEYDi, LXXIX-1044 pages, index non paginés. Antverpiac, 1915.
l'œuvre des bollandistbs
possible d*atteindre — il en cite vingt-trois — et examina une à une vingt éditions de Touvrage, du premier incunable sans date à l'édition d*Alcala de 1596, les compara, les classa, et en tira le texte qui, jusqu'en ces tout derniers temps, a été le point de départ des recherches d'érudition en ces matières.
L'ensemble est divisé en dix livres, dont les derniers n,e figurent ordinairement pas dans les collections anciennes.
Le livre P*" eist un recueil de Vies de saints, Viiae virorum au nombre de seize, VHae mulierum au nombre de onze. Il débute parles Vies de saint Paul l'Ermite et de saint Antoine. L'hagiographie de saint Jérôme y est comprise tout entière.
Le livre II estV Historia monachorum attribuée à Rufin. On sait aujourd'hui que Rufin n'en est que le traducteur. C'est également sous le nom de Rufin que courait le livre III intitulé : Verba
senior um.
Une compilation, tirée des écrits de Sulpice Sévère et de Cassien, constitue le livre IV.
Un second recueil de Verba seniorum, traduit du grec en latin par Pelage, diacre de l'Eglise romaine, et divisé lui même en dix-huit livres ou sections, forme le livre V.
Les deux livres suivants contiennent un troisième et un quatrième recueil du même genre
l'œuvre
traduits respectivement par le sous-diacre Jean, et le diacre romain Paschase.
Le document qui constitue le huitième livre était cité sous le nom de Paradis d'Héraclide. En réalité, c'est VHistoire Lausiaque de Palladius, que Rosweyde rendit à son véritable auteur. Il substitua la traduction de l'humaniste Gentien Hervet aux vieilles versions, qui ne sont point écartées purement et simplement mais rejetées en appendice.
La (t)i\ô06oç iCTTopia de Théodoret, traduite par Gentien Hervet, et le Pré spirirituel de Moschus, traduit par Ambrogio Traversari, forment les deux derniers livres de la collection.
L'appendice comprend avec le vieil Héraclide-Palladius un recueil des sentences des Pères d'Egypte, traduites du grec par Martin de Braga.
Chacun des écrits qui composent le recueil, même ceux de l'appendice, est précédé, quand il y a lieu, d'une introduction, praeltidia, et suivi de notes sur les passages difficiles ou dignes d'être mis en lumière. A la fin du volume, sont placés un lexique des mots rares, onomasticon rerum et verborum difficiliorumy une table des matières, une autre des noms de personnes, une troisième des noms de lieux, et des tables spéciales des matières traitées dans l'annota- •
tion. L'ouvrage est précédé de prolégomènes généraux, au nombre de vingt-six, sur les sujets suivants : les titres des divers livres ; leurs auteurs; leur langue originale ; les traducteurs; l'autorité et l'utilité de ces livres ; les éditions latines et leur classement ; les éditions en langue vulgaire ; les manuscrits utilisés.
Les méthodes minutieuses et précises appliquées de nos jours à l'établissement des textes n'étaient point créées à l'époque de Rosweyde, et il ne faut point chercher dans son édition les résultats qui supposent un travail de ce genre. Mais en dehors de cela, il a abordé tous les problèmes ; son intelligence claire les a nettement posés et résolus avec les ressources d'une érudition solide,sobre et élégante.Si l'on tient compte de l'étendue et de la variété des écrits qui forment le recueil, de l'imperfection des instruments de travail d'alors, des difficultés de l'exécution, on n'exagérera guère en qualifiant de chef-d'œuvre le Vitae Patrutn de Rosweyde.
Certes, les Actes des saints, traités sur ce plan et d'après cette méthode eussent formé une collection des plus précieuses. Hélas ! l'homme merveilleusement doué et si bien préparé pour donner à l'hagiographie une base scientifique, n'alla jamais au delà du brillant essai où il venait de se révéler. Une traduction flamande des
l'œuvre
Vies des Pères (1617), divers travaux qu'il eût - dû laisser à d'autres, une seconde édition revue et augmentée du Vitae Patrum (1628) le menèrent au seuil de la soixantaine. Il pouvait espérer, grand travailleur comme il était, et admirablement outillé pour la besogne, donner au public une belle série de volumes des Actes des saints, sinon tous ceux qu'il avait promis. La mort vint'soudain ruiner ces espérances. Mais la fin du digne religieux fut glorieuse et enviable. Atteint d'une maladie contagieuse au chevet d'un mourant qu'il avait veillé la nuit, il expira le 5 octobre 1629.
Rosweyde laissait une œuvre considérable, mais à l'état de matière brute. Allait-on l'abandonner ou la remettre, pour lui donner une forme, entre les mains d'un homme savant et laborieux ? Telle était la question qui se posait et ,quc les supérieurs de la Compagnie étaient appelés à résoudre. Ils jetèrent les yeux sur le P. Jean Bollandus, alors préfet des études au collège de Malines, et le chargèrent d'examiner les papiers de Rosweyde à la Maison professe d'Anvers. Bollandus jugea ces matériaux trop importants pour n'être pas utilisés et se déclara prêt à les mettre en œuvre, à deux conditions : d'abord, qu'on ne lui imposât aucun plan et qu'il fût libre de suivre son idée ; ensuite, que l'on
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l'œuvre DBS BOLLANDISTES
retirât de la bibliothèque commune les livres réunis par Rosweyde et qu'on les mît à sa disposition.
Les conditions furent] ugées acceptables, Bollandus fut donc, en 1630, enlevé au collège de Malines et attaché à la Maison professe d'Anvers,où il serait chargé de la congrégation latine et d'un confessionnal à l'église. Le provincial se figurait que ces ministères laisseraient au savant assez de temps libre pour mener à bonne fin la publication projetée par Rosweyde. Ce fut, dit Papebroch*, une providence que le provincial, Jacques Van der Straeten, — il l'appelle aniiquac probitatis vir, — ne se rendît pas bien compte de ce qu'il imposait à Bollandus et que celui-ci ne vît pas assez clairement à quoi il s'engageait. Plus tard, Bollandus avouera que s'il avait compris dès le début l'immensité de la tâche, il se serait découragé et n'aurait jamais porté si haut son audace et ses ambitions. Il se mit donc au travail avec l'ardeur d'un homme qui s'engage dans une belle entreprise, proportionnée à ses ressources, et dont il entrevoit le terme. Ce n'est pas la première fois qu'une grande illusion se trouvaà l'origine d'une grande œuvre.
I. De vita, operibus et virtutibus Iqannis Bollandif n. 20, en tête du tome I des Acta sanctorum martii.