I. GiRY, Manuel de diplomatique, p
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rience. BoUandus l'avouait, et Papebroch ne se lassait pas de le répéter : dans le métier d'hagiographe, on apprend tous les jours. Il y a dans les Actes de février un sensible progrès sur ceux de janvier, et si l'on veut consulter la nouvelle préface que BoUandus mit en tête du second mois, on verra combien son horizon s'était étendu. Il s'est aperçu que les saints irlandais ne doivent point être traités comme les autres, et réclame la publication des martyrologes d'Irlande, espérant en profiter pour mettre un peu d'ordre dans le chaos de cette hagiographie. Il sait ce qu'il faut penser des fausses chroniques espagnoles, et se met en garde contre la richesse un peu suspecte de certains martyrologes monastiques Les saints de Sardaigne, d'abord accueillis sans défiance, seront désormais examinés de près, depuis que l'on sait comment on s'y prend dans ce pays pour multiplier le nombre des martvrs.
Il était impossible que, sur tant de questions nouvelles qui surgissaient, on portât aussitôt un jugement définitif. Lorsque Henschenius et Papebroch furent témoins, à Naples, de la liquéfaction du sang de saint Janvier, ils ignoraient qu'en Italie, dans le royaume de Naples surtout, le même phénomène se répétait alors pour un bon nombre de reliques attribuées à
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d'autres saints. Est-il étonnant que nos deux savants n'aient point songé à discuter un phénomène dont personne alors ne révoquait en doute le caractère miraculeux ?
Certaines divergences de vues que l'on constate parfois d'une génération à l'autre s'expliquent donc par le progrès des recherches. Mais ce serait une erreur de croire que les hagiographes aient visé, à n'importe quelle époque, à se faire sur toutes choses une opinion commune, ou qu'ils soient jamais arrivés à cet accord impossible des intelligences qui absorbe les idées personnelles dans celles de la collectivité. Sans jamais se départir de la déférence due à leur maître, Henschenius et Papebroch n'hésitent pas à dire parfois fort clairement qu'ils ne partagent pas ses idées sur certaines questions particulières. C'est ainsi qu'ils regrettent qu'il ait accueilli dans les Acta saiiciomm la Vie de saint Télesphore, imprimée au 5 janvier, et qu'il ait laissé passer, sans faire de réserves plus catégoriques, la Passion de sainte Eudocie au i^*" mars. Dans ce dernier cas, Bollandus en avait agi ainsi par égard pour le P. Pierre Poussines, de qui il tenait la pièce, et se contentait de reproduire quelques critiques formulées par ce dernier dans sa lettre d'envoi. Henschenius jugeait qu'il fallait en dire davantage. « Quant à moi, ajoute
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modestement Papebroch, je n'étais pas encore capable alors de porter un jugement sur ces • matières *. »
C'est à Bollandus que remonte la tradition qui supprime dans le groupe des hagiographes toute distinction hiérarchique. L'ancien, le Senior, est, par le bénéfice de l'âge, le premier entre ses pairs, primus inter pares, et sert d'intermédiaire entre eux et les autorités. Il n'y a d'autres charges que celles de bibliothécaire et de procureur. Encore sont-ce moins des offices auxquels on est nommé, que des corvées qui se distribuent au hasard des circonstances. Le contrôle des travaux est réservé aux collègues. En tout ce qui concerne la marche de l'œuvre, l'ancien doit se mettre d'accord avec les collaborateurs ; l'autorité réside dans le groupe et les résolutions se prennent à la majorité des voix. En cas de parité, l'arbitrage est déféré au provincial.
Parmi les sacrifices que demandent les saints à ceux qui se sont voués à recueillir leurs Actes, il en est un dont le mérite ne peut guère être apprécié que par leurs confrères dans le sacerdoce. Dans les débuts, le manque de ressources
I. Responsio Danielis Papebrochii ad Exhibitionem errorum. Pars secunda (Antverpiae, 1697), p. 171.
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exigeait que les hagiographes eussent leur part dans les ministères de la Maison professe, et la direction, la prédication, les catéchismes prenaient une bonne partie de leur temps. Bollandus, le premier, sentit combien ce partage était préjudiciable à un travail qui véritablement réclame rhomnje tout entier, et il insista auprès des supérieurs pour être déchargé de ces ministères, dans lesquels pourtant il réussissait si bien. A son tour, Henschenius fut souvent troublé dans ses études par le confessionnal, et se laissa parfois distraire par des occupations qui auraient pu être confiées à d'autres. Il regretta plus tard de n'avoir pas donné aux Acta sanctortim tout son temps et pria les supérieurs de ne pas permettre que Papebroch fût le moins du monde détourné, sous aucun prétexte, de ses travaux littéraires.
Ici encore, Papebroch est le modèle à proposer. Il sut résister aux séductions qu'exercera toujours sur un religieux fervent le zèle des âmes récompensé par des fruits sensibles, et renonça à ces consolations pour s'adonner tout entier aux fatigues d'un apostolat à longue échéance '. Plus tard, il supputa les effets
I. A l'époque de la peste qui avait fait de si grands vides dans les rangs des Pères de la Maison professe d'Anvers,
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des diversions acceptées par Henschenius, et constata mélancoliquement que, sans ces retards, au lieu d'arriver à terminer les six premiers mois,on aurait pu atteindre le mois d'août. Aussi se désespérait-il de voir son collègue Janninck entraîné par une passion que la piété semblait rendre excusable. Le Père général fut averti, et donna raison à Papebroch ; Janninck reçut ordre de renoncer à son confessionnal. Lui-même sut gré à son vénéré maître de l'avoir aidé à briser des liens qui menaçaient de le para-
Papebroch fut employé quelque temps à entendre les confessions les dimanches et les jours de fête. Atteint par la contagion, il fut deux fois sur le point de mourir. Il se rétablit,mais tout ministère lui fut interdit par les supérieurs. Voici comment il raconte le fait à son ami Nicolas Heinsius (28 août 1679): « Quod considérantes superiores, exemerunt me a communi ceteris onere audiendarum stato in loco festis dominicisque diebus confessionum, eo quod huic curae inseparabiliter connexa sint impendenda sanis consilia, aegris solatia, auxilia morientibus , cum grandi impendio temporis ncc non vitae periculo quotidiano,quotiessolitogravior mortalitas ingruit.Ego huic superiorum voluntati eatenus acquiesco, quatenus meliorem victimis obedientiam esse intelligo ; alias quis deses'in museo, in eiusmodi publica calamitate (quam utinam diu avertat ab hac urbe Deus !) residcre possit, neque malit pro fratribus, exlrema ope indigis, animam exponere, et si vocaverit Deus, ponere?» B\jRUA.^,Sylloge epistolarum a viris illustribus scriptarunu t. H, P- 7^7'
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lyser entièrement. Tout le monde fut satisfait, sauf, bien entendu, la dientèle congédiée.
Si l'on en excepte celles des trois fondateurs, qui nous font assister à l'éclosion du plan, aux premiers tâtonnements, à la lente organisation du travail, les biographies des anciens bollandistes sont assez monotones. Une fois la voie tracée, ils la suivent d'un mouvement uniforme. L'ardeur des premiers jours ne se fait plus autant sentir et on s'aperçoit que l'esprit d'initiative trouve beaucoup moins à s'employer. Une loi s'est établie, la méthode est fixée et l'on vit de l'expérience des prédécesseurs.
Il s'en faut cependant que tous les travaux se vaillent et que tous les volumes aient une égale importance. On a distingué dans lesActasanctorum quatre périodes principales. La plus brillante est celle du triumvirat des fondateurs, qui s'étend jusqu'à la fin du premier semestre. La seconde, que l'on peut rattacher au nomde Du Sollier, est plus terne. Une plus grande place est donnée à la dissertation et la tendance s'affirme à épuiser les sujets, au détriment de certains textes que l'on préfère analyser plutôt que de les reproduire intégralement. A partir de Juillet, la disposition typographique s'améliore : on évite les suppléments et les corrections dont Papebroch avait été assez prodigue. Il avait,.
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il faut le dire, l'intention de réimprimer le premier semestre tout entier, et se proposait de fondre toutes les additions dans la nouvelle édition. Le projet ne fut pas réalisé. Stilting réprésente assez la troisième période, très laborieuse, mais avec un fâcheux penchant à la polémique. Au lieu de s'en tenir à établir les faits ou la doctrine, on s'embarrasse beaucoup des opinions contraires, et on s'attarde à les réfuter. Ces discussions superflues contribuent beaucoup à alourdir la collection. La dernière période est celle du P. De Bye, qui a laissé de fort bons commentaires, mais qui semble n'avoir fait que des efforts modérés pour ramener les Acta sanctorum à la concision des débuts. Les travaux de cette époque se ressentent — et quoi d'étonnant à cela ? — des troubles et des préoccupations du moment. Le temps des études paisibles était passé ; on sentait venir la tempête qui allait tout emporter. Les premiers volumes d'octobre sont nés dans ce cauchemar.
D'autres circonstances ont eu d'ailleurs leur répercussion sur le développement de l'œuvre. Si la campagne menée contre Papebroch ne réussit pas à intimider ce vaillant lutteur, on n'oserait dire qu'elle n'ait point impressionné quelques-uns de ses successeurs, et qu'ils n'en soient venus à tirer avec moins de netteté que
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lui les dernières conséquences de leurs recherches. C'est ainsi que parfois dans certains commentaires les prémisses appellent des conclusions hardies qu'on laisse au lecteur le soin de déduire. Et puis, il faut compter avec la variété des tempéraments et des intelligences. L'esprit timide d'un Cuperus arrive à hésiter entre les opinions que l'on peut se faire sur la légende des Sept Dormants et adopte sur Tapostolat de saint Jacques en Espagne des conclusions malaisées à défendre. Mais là même où la solution paraît boiteuse, le lecteur est mis en possession des éléments du procès et en mesure déjuger luimême. C'est une justice à rendre à tous les ouvriers qui ont passé sur le chantier des Acta sancioninti qu'ils se sont livrés à un travail opiniâtre, et qu'ils ont su remuer avec habileté des masses historiques considérables. S'ils n'ont pastoujoursréussi à recueillir eux-mêmes le fruit de leur effort, il est rare qu'ils n'aient facilité la tâche à ceux qui s'y sont repris après eux.