CES VISITES FRÉQUENTES SONT AGREABLES A DIEU
Et nous ne pouvons rien fane de plus agréable à notre divin Sauveur que de lui rendre de fréquentes visites dans son Sacrement. Il nous appelle ; il nous invite. " Venez à moi, ne cesset-il de nous dire, et je vous soulagerai. " Et le même empressement qu'il a pour nous attirer à lui, ne devons-nous pas l'avoir pour répondre à ses tendres invitations. Avec la même constance qu'il daigne bien nous atteindre, ne devons-nous pas
aussi longtemps nous tenir près de lui ? Mais parce que les différentes occupations de la vie et les divers emplois commis à ses soins retirent souvent le prêtre du sanctuaire où il devrait vouloir passer des jours entiers et ne lui permettent pas de rester autant que sa dévotion le lui inspirerait, que doit faire le prêtre vertueux et dévoué à son divin Maître ? Dans un saint désir de lui plaire, il doit ménager certains moments où il ira régulièrement le visiter.
Il y ira nécessairement le matin pour dire la sainte messe, pour lui offrir les prémices de la journée et la lui offrir par avance tout entière, pour lui demander conseil et lumière dans les affaires qu'il aura à régler, pour le prier de lui enseigner la manière de se conduire et les moyens à employer pour faire réussir toutes choses à sa gloire et au bien des âmes, pour lui offrir un cœur préparé à suivre ses lumières et à exécuter ses ordres.
Il y ira vers le milieu du jour pour se recueillir et se remettre en quelque sorte de la dissipation où auraient pu le jeter ses fonctions extérieures.
Il y ira le soir, quand la lampe de l'autel jettera sa première clarté tremblante sur le sanctuaire assombri, quand le silence de la nature provoquera le silence de son âme, il y ira pour prendre et recevoir sa bénédiction avant le repos de la nuit, pour reconnaître à ses pieds les fautes dont il se sent coupable et pour les lui confesser avec douleur, pour implorer sa grâce et les secours de sa main toute puissante contre les ennemis invisibles qui " rôdent sans cesse autour de lui comme des lions rugissants autour d'une proie qu'ils cherchent à dévorer. "
Il y a de bons prêtres qui ont coutume de faire leur préparation à la sainte messe et leur action de grâces dans le sanctuaire. Rien n'est meilleur.
D'autres y font leur oraison et viennent de temps en temps y réciter quelques parties de leur bréviaire. Ces pratiques sont simples et, sans ajouter aucune peine à ce que l'on fait, elles
peuvent parfois être d'une grande édification dans une paroisse et toujours être d'une grande bénédiction pour un prêtre.
Dans ce tête-à-tête divin, le prêtre méditera les leçons de vertu que Jésus nous donne au tabernacle : son amour des hommes, son zèle pour la gloire de Dieu, son Père, son humilité profonde qui le fait se dépouiller de toute gloire extérieure, sa douceur, sa patience, les traitements indignes qu'on lui inflige parfois.
Là il trouvera toujours l'éternel ami qui le connaît à fond, qui désire son amour et lui a donné le sien. Talis est dilectus meus et ipse est amicus meus. (Cant., v, 16.)
Là il communiquera avec cet ami ; il se dilatera dans son intimité ; il confiera à son adorable sympathie et ses joies et ses peines ; il versera son pauvre cœur dans le sien et recevra en échange les effusions de sa grâce. Ce sera la douceur des douceurs, la lumière, la consolation et la force.
Agenouillé dans l'église, il pourra dire lui aussi :
Portant mes yeux du pavé à la voûte, Je sens que dans ce vide une oreille m'écoute, Qu'un invisible ami, dans la nef répandu, M'attire à Lui, me parle un langage entendu, Se communique à moi dans un silence intime Et dans ce vaste sein m'enveloppe et m'abîme.
Souvent le prêtre va visiter ses amis, soit pour resserrer, dans des conversations intimes, les liens d'affection qui les unissent à lui, soit pour épancher dans leur cœur bienveillant son cœur endolori, soit pour les consoler dans leurs peines, soit pour recommander à leur protection et à leurs bons offices ceux auxquels son cœur s'intéresse.
Mais a-t-il un ami plus fidèle, plus bienveillant, plus affligé, plus libéral et plus puissant que le Dieu du tabernacle et n'a-t-il pas besoin de s'approcher de lui mille fois plus que des hommes qui lui sont les plus chers ?