‹ áA mes prãetresChapitre 10 sur 35 · CE QUE LA RAISON EN CONÇOIT · texte numérisé non relu

CE QUE LA RAISON EN CONÇOIT

Et comme la raison comprend cette puissance que doit avoir Marie sur le cœur de son divin Fils !

Un Dieu lui a été soumis sur la terre ; il s'est montré pour elle plein d'obéissance, de respect et d'amour ; il a rempli à son égard tous les devoirs et toutes les obligations qu'un fils doit à sa mère en échange des soins qu'elle lui a prodigués.

Or maintenant que ce Fils est au ciel, en possession de son éternel royaume ; maintenant qu'il reçoit les hommages empressés de tous les esprits bienheureux qui l'adorent comme leur Maître suprême, pourrait-il refuser de communiquer à sa Mère très sainte ce pouvoir souverain qu'il possède en sa

qualité de Dieu ? Non, il n'en saurait être ainsi et Jésus a dû transmettre à Marie, par reconnaissance pour elle, par justice pour ses mérites, par respect pour sa maternité, un pouvoir absolu, sans limites.

Salomon disait un jour à sa mère : demandez et tout vous sera accordé. Jésus-Christ ne saurait être moins généreux à Fégard de sa propre Mère. Jamais elle ne supplie en vain ; sa prière doit toujours être efficace.

Supposez que dans une ville existe un jeune homme pauvre, mais chaste et laborieux. Il vit isolé, solitaire, seul avec sa mère. Une misérable cabane les abrite tous deux. Il gagne à la sueur de son front le pain de chaque jour ; son bonheur est d'aimer sa mère, de lui être soumis, de la voir sourire à ses travaux. Un jour par un coup mystérieux de ce que le monde appelle le hasard et que nous chrétiens nous nommons la Providence, ce jeune artisan entend frapper à la porte de sa cabane. Les grands d'un peuple l'ont choisi pour roi ; ils lui apportent une splendide couronne et il passe de suite sur le trône. Entouré de ce cortège et de toutes les magnificences de la terre, il relègue sa mère au fond de son palais ; il ne veut pas qu'on lui parle et il prête une oreille inattentive aux supplications qu'elle lui adresse. Y aurait-il une expression pour peindre la bassesse de ce parvenu ?

L'application de la parabole est facile à faire. Jésus a vécu sur la terre dans la boutique d'un pauvre charpentier ; il aimait sa mère et trente années de sa vie sont toutes entières dans ces paroles : Il lui était soumis. Maintenant que du sépulcre il s'est élancé au plus haut des cieux, il dédaignerait sa mère, il ne se rendrait pas à ses désirs ! Non, celui qui a dit : " Honore ton père et ta mère, afin de vivre longuement " ne refusera jamais d'écouter la prière de celle qui lui a donné la vie. Celui qui affirme " qu'un verre d'eau donné en son nom ne restera pas sans récompense, " glorifiera toujours celle qui lui a donné non pas un verre d'eau mais son corps formé d'un sang virginal.

Au reste pour bien se convaincre des sentiments de Dieu

à l'égard de Marie et de l'influence de celle-ci sur son divin Fils, il n'y a qu'à étudier les lois qui régissent le monde. Presque toutes ont été violées pour prouver la gloire et la puissance de la Sainte Vierge.

Elle seule, comme le lys au milieu des épines, a toujours été revêtue d'une éclatante pureté ; elle seule, comme une brillante aurore, est apparue sur le seuil de la vie, pleine de gloire et de beauté surnaturelle ; elle seule, parmi les filles d'Adam, n'a jamais porté sur son front la flétrissure du péché originel ; elle a été en même temps la plus pure des vierges et la plus heureuse des mères ; elle a eu la gloire de ne pas connaître la poussière du tombeau et de monter sur les ailes des anges pour aller prendre possession du trône immortel.

Il n'y a aussi qu'à ouvrir l'histoire du monde pour se faire une idée de la puissance de notre divine Mère. L'histoire nous apprend qu'à sa voix la mer en fureur se calme, les eaux s'affermissent sous les pas de ses fidèles serviteurs ; la terre ébranlée par de terribles secousses et menaçant d'ensevelir les populations sous ses ruines, redevient tout à coup immobile ; les incendies les plus dévorants son éteints ; les bêtes féroces sont mises en fuite ou adoucies dans leur férocité ; le ciel se fond en pluies fécondantes sur les champs desséchés ou répand sur les campagnes désolées, les chaleurs vivifiantes du soleil ; les malades sont guéris. Partout éclate cette puissance de Marie.

Il ne faut pas être surpris d'entendre saint Anselme affirmer qu'il " est impossible qu'une affaire ne réussisse pas quand elle a été mise entre les mains de Marie.''

Et le Docteur séraphique disait : " que tous les malheurs fondent sur moi, que mon cœur soit plongé dans un océan d'amertumes, aussi longtemps que j'aurai Marie pour appui, je ne crains rien. C'est lorsque je suis battu par la tempête, abandonné de tout le monde, repoussé avec dédain et comme abîmé dans les grandes eaux de l'affliction que j'éprouve plus que jamais le secours de son bras puissant."

" Marie a été choisie de toute éternité, dit saint Jean Chry-

sostôme, pour être la Mère de Dieu, afin de sauver pas sa puissance et sa bonté ceux à qui son Fils, en rigueur de justice, ne peut faire grâce. Ne vous semble-t-il pas voir une espèce de combat entre le Fils et la Mère ? Le Fils veut frapper ; la mère arrête ses coups ; le Fils veut perdre, la Mère veut sauver. A qui donc dans cette lutte restera la victoire ? Pauvres mortels, réjouissons-nous. C'est Marie qui triomphera par la déférence que le Fils a pour sa Mère."

On peut donc être sûr que toute puissance a été donnée à Marie au ciel et sur la terre.

" Oui, dit saint Augustin, Marie est plus puissante à elle seule que tous les saints ensemble. Elle est aussi puissante que Dieu ; Elle est toute puissante par grâce tandis que Dieu l'est par nature. Omnipotcntia supplez"

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