‹ áA mes prãetresChapitre 11 sur 35 · DOCTRINE CERTAINE · texte numérisé non relu

DOCTRINE CERTAINE

Marie a " la main qui puise ; " elle a aussi " la main qui donne ; " elle est une puissance, elle est aussi une1 tendresse : elle a un bras pour nous défendre, elle a aussi un cœur pour nous aimer. Elle est la Mère du Sauveur ; elle est aussi notre Mère. Elle est notre Mère ; car elle a mis au monde Jésus-Christ. notre Frère : elle est notre Mère parce que son divin Fils nous a légués à elle comme ses enfants.

Un jour, un jeune saint, qui était arrivé en très peu d'années aux plus sublimes vertus, laissait éclater avec transports la tendresse toute filiale qu'il éprouvait pour la Reine des Anges. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il aimait tant la Très Sainte Vierge, cet ange de la terre, en regardant le ciel et laissant apercevoir sur son visage le céleste épanouissement de son amour, dit cette parole : " La Mère de Dieu, c'est ma Mère, Mater Dei, Mater mea est." C'était le secret du bonheur de saint Louis de Gonzague, le secret de la tendresse1 qu'il éprouvait pour la Sainte Vierge.

Nous aussi, nous pouvons dire, en regardant le ciel : la Sainte Vierge, c'est ma Mère ! la Mère de Dieu est ma Mère. Nous pouvons tous chanter en toute vérité :

Je suis du peuple des élus ; Le ciel est ma patrie ; Mou Frère s'appelle Jésus Et ma Mère se nomme Marie.

Qu'elle est belle cette scène de nos Saints Livres qui nous montre Jésus faisant à l'humanité tout entière le don le plus sublime, le plus précieux, qu'il pouvait lui laisser ! Cette scène mille fois racontée est toujours nouvelle, toujours émouvante pour un cœur chrétien.

C'était au moment solennel de l'agonie du Sauveur ; encore quelques instants et le grand mystère de Calvaire allait être consommé. Marie est là au pied de la croix ; elle voit mourir le plus aimant, le plus aimable, le plus aimé des fils, dans les plus effroyables tortures, et elle ne peut rien faire pour lui.

Ce corps qu'elle portait jadis tout petit avec un respect et une délicatesse infinie, les bourreaux l'ont saisi d'une main brutale, l'ont couvert de plaies ; ils s'acharnent sur lui et elle ne peut adoucir leur fureur.

Ce sang de Jésus dont la source a été son cœur, elle le voit, elle l'entend tomber goutte à goutte de ses mains et de ses pieds, à côté d'elle, sur le roc du Calvaire, et elle ne peut l'étancher.

Cette poitrine qu'elle voyait autrefois à Bethléem et dans la fuite en Egypte, soulevée au souffle calme et rythmé du sommeil, elle la voit agitée des spasmes de l'agonie et elle ne peut soulager ses douleurs.

Ce visage de beauté et d'extase que les anges venaient contempler sous son toit, est couvert de boue, de sang et de larmes, et elle ne peut doucement l'essuyer de son voile.

Elle est la Mère douloureuse entre toutes les mères, dolorom, elle pleure, lacrymosa :

Stabat Mater dolorosa Juxta crucem laârymosa Dum pendebat Fil tau.

" Jamais, dit saint Bonaventure, il n'y eut de douleur plus amère, parce qu'il n'y eut jamais de Fils plus chéri. Nullux dolor amarior quia nulla proies carior," Et l'Eglise nous la

montre en nous disant : " gemitus mains tuœ ne obliciscarisy n'oubliez jamais les gémissements de votre Mère ; " elle nous prie de lui dire souvent :

Eia, Mater, forts amoris, Me sentire vim dotons F ne ut tecurn lugeam.

Allons, ô ma Mère, vous dont le cœur est une fontaine d'amour, donnez-moi de ressentir une profonde douleur et de pleurer avec vous.

Jésus-Christ mourant voit à ses pieds le disciple bien-aimé courbé sous le poids de sa douleur ; il aperçoit sa Mère qui se tient debout pour être plus près de son Fils et qui, dans le paroxysme de l'amour maternel, cherche à atteindre de sa bouche les pieds sacrés de son Dieu à qui elle a donné le jour. Elle est debout pendant que la multitude charge Jésus de ses malédictions ; debout pendant que les soldats se partagent les vêtements de la victime ; debout pendant que le soleil s'éclipse, que le voile du temple se déchire, que les rochers se fendent et que la nature entière est dans l'émoi.

Jésus souffre une douleur qu'aucune langue humaine ne peut dire ; il veut parler, il veut dicter son testament ; il veut faire un legs précieux aux hommes qu'il a tant aimés ; il ne veut pas les laisser orphelins. Lui qui a déjà tout donné : ses travaux, ses souffrances, son Eglise, son Eucharistie, son sang, il va leur laisser sa propre Mère. S 'adressant à elle, il lui dit, en lui montrant saint Jean : " Femme, voilà votre fils ; " et il ajouta : " Fils, voilà votre Mère."

En d'autres termes : O ma Mère vous qui m'avez tant aimé, je vous donne l'humanité tout entière dans la personne de mon disciple ; vous l'aimerez de tout l'amour que vous avez eu pour moi.

Et toi, pauvre humanité que j'ai bien aimée, puisque, heureux au ciel n'y ayant pas besoin de l'homme, j'ai abaissé les cieux, je suis descendu pour me revêtir de sa forme, pour prendre sa

dépouille, humanité que j'ai tant aimée, eh bien ! je puis maintenant remonter vers mon Père ; je ne t'abandonne pas ; je te donne une consolation, un soutien pour veiller sur toi ; je te donne l'amour le plus grand qui soit sur la terre, je te lègue ma Mère, je te lègue Marie, ma propre Mère.

Cette parole que Jésus a prononcée sur la croix a été le fondement, l'origine du culte de Marie et de la confiance sans bornes qu'elle a inspirée au monde chrétien. Tous les hommes Font invoquée comme une mère depuis vingt siècles.

Le soldat l'a priée sous le titre de Notre-Dame de la Victoire et lui a demandé de le ramener sain et sauf aux siens après avoir béni ses armes.

Le marin, éperdu au milieu de la tempête, a fait retentir son vaisseau du doux nom de Marie, sa Mère ; il a supplié Notre-Dame de la Garde d'étendre ses bras au-dessus des flots et de le protéger.

L'enfant a demandé à cette bonne Mère de guider ses pas sur le chemin de la vie ; le jeune homme a supplié cette Reine de toute pureté de calmer en lui la fièvre brûlante des passions; l'homme fait désenchanté de ses rêves, le vieillard effrayé de la tombe sur le bord de laquelle il chancelle, le pauvre désespéré, le captif dans les fers, l'humanité tout entière s'est jetée dans les bras de cette Mère toute puissante et a trouvé dans cet acte d'abandon filial la force qui relève, l'appui qui soutient, le charme qui transforme la frayeur en espérance et les murmures en bénédictions.

Et comme elle est raisonnable cette manière d'agir, comme elle est fondée la confiance de ces pontifes, de ces rois, de ces justes et de ces pécheurs, de ces riches et de ces pauvres, de ces vieillards et de ces enfants dont les voix innombrables se sont élevées des quatre coins du monde pour se mêler au concert des Anges et redire éternellement depuis vingt siècles : Je vous salue, Marie, Mère de Dieu et des hommes. Je vous salue, ô Jésus mourant, et je vous remercie du don que vous

m'avez fait par ces paroles sublimes : " Mon fils, voilà votre Mère."

Car cette Mère est bonne au-delà de toute expression. Dieu Ta dit, les Anges l'ont dit, les générations qui nous ont précédés l'ont répété en passant sur la terre et celles qui viendront après nous le répéteront en chœurs jusqu'à la consommation des siècles.

Une mère ! N'est-ce pas sur la terre ce qu'il y a de plus tendre . de plus aimant, de plus dévoué, de plus inépuisable en patience, en fidélité, en miséricorde1 ? Comme elle est industrieuse à excuser son enfant ! Avec quelle énergie elle prend sa défense! Comme facilement elle oublie ses torts ! Elle prévient ses besoins ; elle essuie ses larmes ; elle veille nuit et jour auprès de son lit de douleur.

Ah ! l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie ! Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie ! Table toujours servie au paternel foyer ! Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier !

Une mère ! c'est le plus riche trésor de notre vie et nous sommes tous saisis d'une pitié touchante pour le délaissement des orphelins.

Eh bien î Ce n'est pas une mère ordinaire, mais bien celle qui est bénie entre toutes les femmes, la meilleure de toutes, la Mère de Jésus lui-même qui est notre Mère ! Elle est plus douce, plus tendre que nos inères de la terre ; que celles-ci nous pardonnent de le dire, puisque ce sont elles qui nous ont appris à la chérir.

Avant de remonter au ciel, notre divin Sauveur nous a donc légué ce qui lui restait de plus cher, Marie, qu'il s'était choisie et préparée pour son tabernacle ; Marie, qu'il avait embaumée de grâces, de pureté, de mansuétude, de miséricorde : Marie, qu'il n'a pas voulu laisser sans famille i

Pour enfants, il lui a laissé ces innombrables fidèles qui

passeront sur la terre jusqu'à la fin des temps, qu'il aime à nommer ses frères.

" Réunissez, dit saint Bernard, comme en un faisceau, si vous le pouvez, tout l'amour que les mères ont pour leurs enfants. Tout ce faisceau de tendresse n'égalera pas l'affection surnaturelle que Marie porte à la moindre des âmes."

Jésus, voulant un jour nous enseigner la manière de prier, nous dicta ces paroles : " Notre Père qui êtes aux cieux." Or cette paternité humaine du Père de Notre-Seigneur a cela de propre qu'elle étend sa sollicitude avec une égale providence sur tous les hommes et sur chacun d'eux en particulier. Aussi un saint Père a-t-il dit : " Nemo tam pater, personne n'est père autant que lui."

De la Sainte Vierge Marie, on peut dire une parole analogue : " Nemo tam mater, personne n'est mère autant qu'elle." Mère de Dieu, elle est Mère de tous les hommes et sa maternelle providence suit, en Dieu, d'un œil attentif et d'un cœur vigilant, chacun de ses enfants voyageurs ici-bas. Non seulement nous sommes tous en droit de dire ces filiales paroles : " Notre Père qui êtes aux cieux ; " mais nous pouvons ajouter avec la même vérité cette autre invocation : " ô notre Mère qui êtes au ciel." Et le Père et la Mère nous entendront aussi bien que le Fils.

Marie en effet, priant pour ses enfants, sera toujours écoutée de Dieu qui n'a jamais été insensible aux prières des mères.

Agar dans le désert prie pour son fils Ismaël et Dieu fait jaillir une source pour étancher la soif du petit moribond et le ramener à la vie.

La veuve de Naïm, conduisant à sa dernière demeure son fils unique, prie par ses larmes plus éloquentes que toute prière; Dieu arrête les porteurs et d'un mot ramène le jeune homme à la vie.

Sainte Monique prie pour la conversion de saint Augustin et Dieu entend la voix de la Mère ; il triomphe par sa grâce

des résistances de l'adolescent égaré dans les sentiers de l'erreur et du vice ; il fait de lui la lumière et l'exemple de son Eglise, le plus beau et le plus sublime génie qui ait illustré l'humanité.

Que ne pourra pas pour nous la Très Sainte Vierge que Notre- Seigneur sur la croix a constituée Mère de tous les fils d'Adam et en particulier des chrétiens, déposant en elle une telle flamme d'amour maternel que le cœur des autres mères n'est qu'un morceau de glace en comparaison du sien !

Son pouvoir sur Jésus-Christ doit être sans bornes puisque sans bornes est l'amour de Jésus pour celle dont il est né ; ses prières sont plutôt des ordres que des demandes. Non orans sed imperans ; Domina, non ancilla, dit saint Damien. Ce sont des prières de mère ; pour elle vouloir, c'est obtenir ; elle est exaucée aussitôt qu'entendue.

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