DOCTRINE CONSOLANTE
Et comme cette doctrine est consolante ! Dieu est pour ainsi dire trop grand, trop puissant, trop saint. Dieu, c'est la toute puissance dont la parole jetée dans le néant s'épanouit en fleurs, en arbres, en montagnes, en étoiles, en soleil ! Dieu, c'est l'immensité qui déborde par delà les horizons de la terre et du ciel ! Dieu, c'est la sainteté que blesse la plus légère souillure ! Dieu, c'est surtout la justice inflexible, inexorable qui appelle tout homme à comparaître devant elle pour en scruter la vie ! Et cette puissance nous confond ; cette immensité nous écrase : cette sainteté nous désespère ; cette justice nous saisit de crainte et de terreur.
11 fallait donc que Dieu, pour nous engager à aller à Lui, plaçât entre sa grandeur et notre petitesse, entre sa puissance et notre faiblesse, entre sa justice et nos infidélités, une médiation qui rendît la confiance à nos âmes abattues. Il Fa fait.
Il s'est raccourci ; il s'est rapetissé à la taille d'un enfant ; il s'est mis dans les bras de Marie et il nous a dit, en nous la montrant : " regardez et n'ayez pas peur." Attirés par la
Mère, nous pouvons aller au Fils sans défiance, sans effroi et répondre par des sourires à son sourire divin.
" O dogme enchanté, dit Chateaubriand, qui adoucit la terreur d'un Dieu en interposant la beauté entre notre néant et la majesté divine ! "
Entre Y Homme-Dieu et la créature est venu se placer un visage plus identiquement semblable au nôtre ; sur le chemin bordé d'écueils que nous traversons pour aller à Dieu, une main est venue nous prendre, comme la mère prend son enfant pour diriger ses pas. Il nous est alors plus facile de nous approcher de Dieu et nous nous portons avec plus d'abandon et plus doucement vers lui. Nous avons la main d'une mère pour nous soutenir et nous diriger.
" Assurément, dit un éloquent apologiste, il n'y a rien de plus aimable que Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comment trembler quand on le voit sur la croix, les pieds et les mains percés, le cœur ouvert ? Et cependant il y a des situations d'âmes où la croix elle-même épouvante. Quoi ! J'irais à Lui que j'ai tant outragé ! Ces pieds et ces mains, c'est moi qui les ai percés ! Ce cœur, c'est moi qui l'ai ouvert ! Oh ! cachezmoi devant la colère de cet Agneau que j'ai meurtri, mis à mort î "
C'est alors que l'Eglise place entre le pécheur et le Christ un intermédiaire divin ; une femme, une Vierge, une Mère, la Mère de Dieu et des hommes.
Oui, elle est bonne, Marie, et voilà pourquoi l'âme agitée par des tentations violentes, au sein d'angoisses déchirantes,, d'incertitudes désolantes, de ténèbres épaisses, ne doit pas perdre courage. Qu'elle invoque celle qu'on appelle la Vierge très prudente, Virgo prudentissima ; le miroir de justice, spéculum justitiœ ; le trône de la Sagesse éternelle, sedes sapientiœ ; et, dans cette invocation, elle trouvera toujours la force, îa prudence et la sagesse.
Oui, elle est bonne, Marie, et voilà pourquoi l'âme ulcéréo
par les injustices si fréquentes du monde, pardonnera avec générosité, après avoir prié à l'autel de la Vierge très clémente.
Oui, elle est bonne Marie, et voilà pourquoi le pécheur au milieu des tentations les plus violentes ne doit pas se décourager. Quand le charme trompeur de quelque créature cherchera à captiver son affection au détriment du devoir, qu'il lève les yeux sur Marie ; sa beauté ravissante fera pâlir l'objet funeste prêt à le séduire. Tota pulchra est et décora, Filia Jérusalem.
Quand le démon viendra assaillir la forteresse de son âme, qu'il lève les yeux vers Marie et qu'il l'appelle à son secours. De sa lance invincible, elle repoussera l'ennemi, de son pied virginal elle écrasera la tête du monstre, tandis que son manteau royal abritera son enfant sous sa maternelle égide. Terribilis ut castrorum actes ordinata.
Que le pécheur aille toujours chercher un asile, un refuge dans celle qu'on appelle " Tour de David, Tour d'ivoire, " et il trouvera toujours là un abri tutélaire ; qu'il ne perde pas courage au milieu de ses chutes ; il doit comprendre qu'il y a en elle un refuge assuré. Après l'avoir priée, il trouvera dans son cœur la force pour affronter de nouveaux combats et pour remporter des victoires. Il pourra dire avec joie :
" Ma Mère et Mère de Dieu même, De votre amour puis- je douter ?
Si vous m'aimez, si je vous aime, Que puis-je encore redouter ? "
Elle est toujours la Mère de Dieu et la Mère du pécheur, Mater Dei, Mater rei.
On raconte qu'un jour une pauvre femme irlandaise vit son fils prendre un bulletin pour aller voter contre le grand libérateur de sa patrie, Daniel O'Connell. Aussitôt elle se précipita vers celui qui allait ainsi trahir son devoir et la cause sacrée de l'Irlande ; et d'une voix vibrante, suppliante, et avec un geste superbe de dignité, elle lui dit : " souvienstoi de ton âme et de ta liberté."
Il nous semble de même que lorsque la Sainte Vierge nous voit sur le point de céder au mal, de trahir la cause de son Fils, le grand libérateur des hommes, elle doit venir vers nous et, d'une voix plus douce, plus suppliante que celle de l'Irlandaise parlant à son fils, elle doit nous dire : " souviens-toi de ton âme et de ta liberté."
Oui, elle est bonne, Marie, et voilà pourquoi le vieillard courbé sous le poids des années, le malade cloué sur un lit d'infirmités, baise avec amour sa croix, après avoir invoqué celle qu'on appelle " le Salut des infirmes."
Oui, elle est bonne, Marie, et voilà pourquoi le jeune homme arrêté au milieu d'une carrière pleine de rêves d'avenir et de bonheur, sourit cependant au trépas qui vient le saisir. Il a obtenu de Marie de bien mourir parce que Marie est " la porte du ciel, janua cœli. "
Oui, elle est bonne, Marie, et voilà pourquoi le prêtre lui consacre spécialement sa paroisse. Il la supplie d'y régner sur l'enfance afin qu'elle puisse conserver toujours son innocence et sa pureté au milieu des épines du siècle ; d'y régner sur la jeunesse, afin qu'elle reconnaisse le Dieu qui doit être le principe de toutes ses joies; d'y régner sur les pères et les mères afin qu'ils connaissent et surtout qu'ils accomplissent leurs devoirs ; d'y régner sur les vieillards afin que leurs yeux, qui se ferment aux réalités de la vie présente, s'ouvrent aux clartés de la vie éternelle.
Oui, elle est bonne et nécessairement miséricordieuse ; car à quoi lui servirait son crédit si elle ne l'employait pas en notre faveur ? Que demanderait-elle pour elle-même, elle qui n'a besoin de rien ? Quid enim sibi poscat quœ nullius egit f C'est par conséquent nous qui devons bénéficier de sa miséricorde.