RESSEMBLANCE ENTRE MARIE ET LE PRÊTRE
De tous les points du monde catholique s'élèvent vers Marie,, comme une colonne d'encens, les voix et les prières des fidèles, les supplications et les gémissements de la douleur, les larmes des tribulations humaines : cris de réjouissance et d'actions de grâce, hymnes de bénédictions, concerts d'allégresse, soupirs ardents de l'innocence en péril, regrets de la componction qui demande miséricorde et pardon, protestations de dévouement et d'amour filial. Partout les chrétiens se jettent dans les bras de cette Mère toute puissante et miséricordieuse.
Tous comprennent que si le désir du salut des hommes a dévoré son divin Fils, elle ne peut être indifférente au sort heureux ou malheureux qui nous attend ; que si Jésus n'est monté au ciel que pour nous attirer à lui, elle, après y être montée, ne peut refuser une main secourable ; elle ne doit jeter sur nous du haut du ciel que des regards de tendresse, intercéder sans cesse pour nous et nous protéger. Aussi la dévotion à Marie est la dévotion chérie de tout l'univers catholique où elle produit les fruits les plus abondants de vertu et de sainteté. Marie est la grande enchanteresse et la séduction sainte qu'elle exerce sur le monde chrétien est toute puissante.
Les choses étant ainsi, n'est-il pas nécessaire que les prêtres se laissent emporter par ce courant qui entraîne tout le monde ; ou plutôt n'est-ce pas à eux de le diriger, ce courant, d'y pousser ceux qui voudraient s'en éloigner et d'entretenir l'ardeur de
ceux qui cèdent à sod impulsion ? Quel éloquent contraste ne serait-ce pas si, dans la voie qui conduit à Marie, les brebis du troupeau devançaient le pasteur et si, obligé de les suivre, il se tenait à distance et marchait de mauvaise grâce !
Nous le savons, il n'en est pas ainsi et nous n'avons pas à gémir sur un tel désordre. Les choses sont à leur place ; les brebis se précipitent de tous côtés vers la divine Bergère, mais les pasteurs sont à leur tête et dirigent leur marche.
La dévotion à Marie est assurément dans vos cœurs. Vous savez que toutes les grâces nécessaires à l'état sacerdotal, à sa sanctification, à son action, à sa préservation comme à sa perfection, c'est de Marie qu'il les faut attendre et qu'il ne peut y avoir de bon prêtre, ni aucun ministère agréable à Dieu ni aucun apostolat fécond auprès des âmes, que Marie n'en fournisse la grâce puisée dans l'inépuisable trésor que le Christ a mis à sa disposition. Lumières, exemples, force, vertus, secours, c'est à elle que le prêtre les doit demander et de sa plénitude qu'il les doit recevoir : ut proinde si quid spei in nohis est, si quid gratïœ, si qui* salutis, db eâ noverimus redundare.
Au pouvoir pour protéger, elle joint la bonté qui le féconde. " Si elle est, dit saint Augustin, la plus puissante de toutes les créatures auprès de Dieu, elle est aussi la plus empressée à voler à notre secours." Elle peut dire avec plus de vérité que Job : " la miséricorde est née avec moi ; elle a grandi dès mon enfance,"
Vous comprenez aussi qu'il n'est pas suffisant pour vous d'honorer cette bonne Mère par les sentiments de votre cœur, mais que vous devez manifester en toute occasion votre zèle pour le culte de Marie par vos paroles et par vos actes. Il est si doux, si consolant de se sentir au ciel une plénipotentiaire, investie d'un empire absolu sur Celui dont le secours est indispensable à chaque instant et qui tient en mains nos éternelles destinées !
Vous comprenez que Marie est par excellence la Mère du
prêtre. Ce sont eux en particulier qui sont les monuments vivants et les principaux objets de ses sollicitudes et de ses tendresses maternelles.
Quand Jésus prononça sur le Calvaire ces mémorables paroles: ecce Mater tua, ecce Filius tuus, sans doute il avait en vue tous les chrétiens, mais directement c'est à l'Apôtre saint Jean que ces paroles étaient dites. Dans saint Jean, Jésus voyait les successeurs de cet Apôtre bien-aimé dans le ministère évangélique ; dans saint Jean, il voyait la représentation du sacerdoce.
En lisant cette page de l'Evangile, vous pouvez donc entendre Jésus vous disant : " O prêtre, voilà ta Mère, ecce Mater tua, sols son fils, ecce filius tuus.-1 Voilà pourquoi l'Eglise a permis à un des plus fervents serviteurs de Marie d'introduire dans les litanies de Lorette cette consolante invocation Regina cleri.
Vous savez aussi qu'après l'Ascension, Marie était avec les Apôtres réunis au Cénacle et attendant la venue du Saint-Esprit. Elle ne reçut ni l'ordre de prêcher la parole de Dieu, ni le pouvoir de remettre les péchés, ni celui de consacrer le corps adorable de Jésus. Mais sa mission à elle était de garder, de protéger le berceau de l'Eglise naissante comme elle avait gardé et protégé celui de Bethléem.
Une tradition vénérable nous apprend que le Saint-Esprit descendit du ciel sous la forme d'une gerbe lumineuse qui se posa d'abord sur la tête de la Sainte Vierge, puis se dispersa en langues de feu sur chacun de ceux qui formaient la pieuse assemblée ; comme si la troisième Personne de la Sainte Trinité voulût, à l'exemple du Verbe, se donner au monde par rentremise de Marie.
Vous savez toute la vérité de ces paroles du Bienheureux (îrignon de Montfort : " Si la dévotion à Marie est nécessaire à tous les hommes pour faire simplement leur salut, elle l'est encore beaucoup plus aux prêtres, à ceux qui sont appelés à une perfection particulière ; et je ne crois pas qu'une personne puisse acquérir une union intime avec Notre-Seigneur et une
parfaite fidélité au Saint-Esprit, sans une très grande union avec la Sainte Vierge et une grande dépendance de son secours. C'est à Marie que Dieu a donné les clefs du divin amour et le pouvoir d'entrer dans les voies les plus sublimes et les plus secrètes de la perfection et d'y faire entrer les autres.11
Elle était l'appui et la consolation des Apôtres. Qui ne connaît la tendre dévotion dont ils entourèrent la Mère de leur divin Maître et la douce affection du Disciple bien-aimé pour celle dont il était devenu le fils ? Les Apôtres d'ailleurs, en insérant au Symbole ces mémorables paroles : " est né de la Vierge Marie, " et associant ainsi son nom au nom des trois Personnes divines, ont célébré, après l'infinie grandeur de Dieu, la grandeur suprême de la Vierge Mère.
Et cette mission, Marie Fa remplie à l'égard des successeurs des Apôtres, de ceux avec lesquels elle a de si grandes ressemblances.
Au témoignage de M. Olier, Dieu a fait deux prodiges semblables dans son Eglise : la Sainte Vierge et le prêtre. Entre eux, en effet, les traits de ressemblance ne se comptent plus.
Marie a eu pour destinée de donner Jésus-Christ au monde : mundo effudit Jesum Christum, comme l'Eglise nous apprend à le dire dans la préface de la messe " de Beatâ."
Nous aussi, prêtres, nous avons pour caractéristique de notre vocation sacerdotale de donner Jésus-Christ au monde, de continuer à le donner, de prolonger et d'universaliser le don que la Sainte Vierge a fait la première. Nous faisons tous les jours descendre sur la terre Jésus que les infinies misères de l'homme ne cesseront jamais de réclamer. Nous donnons à Jésus par la consécration une naissance véritable, c'est-à-dire cette existence sacramentelle et mystérieuse que le Christ a sur nos autels. O jouissance divine ! O douceur inexprimable ! Marie et le prêtre se rencontrent dans un même bonheur, dans une même parole : "Films meus es tu, O Jésus, vous êtes mon Dieu et mon Fils ! "
Nous sommes des régénérateurs du Christ, parentes Christir chargés de perpétuer le mystère de l'Incarnation du Verbe. Vere veneranda dignitas sacerdotum, s'écrie saint Ambroise. in quorum, manibus Dei Filius relut in utero Virginia incarnatur.
Jésus est le fruit béni de son sein ; il est le fruit de nos lèvres. Elle l'a conçu corporellement dans ses chastes entrailles par un acte de sa volonté, nous le concevons et l'enfantons spirituellement par la vertu de la parole. Elle l'a donné une fois à la terre ; nous le reproduisons chaque jour, à chaque heure, chaque fois que nous l'invitons à descendre sur l'autel par la vertu des bénédictions mystiques, chaque fois que du haut de la chaire évangélique nous faisons luire sa vérité, nous répandons sa charité dans les âmes, chaque fois que dans la dispensation des sacrements, nous conférons aux pécheurs la vie de la grâce ou que nous en versons au cœur du juste une mesure plus pleine et plus abondante.
Marie pourvoyait aux besoins du Sauveur ; elle veillait tendrement sur lui ; elle était chargée de vêtir et d'abriter le divin Enfant sur cette terre.
C'est nous qui bâtissons les toits où il réside et qui pourvoyons à la décence et à l'ornement de sa maison. Nous sommes les gardiens du Christ au Tabernacle et dans les âmes. Il nous incombe d'entourer d'égards sa personne, de pourvoir aux exigences matérielles de sa maison, de parer ses autels.
Marie berçait le divin Enfant dans ses bras d'une chair sans taches. Et nous le portons, malgré les souillures de la nôtre, du Tabernacle à la Sainte Table, au chevet des malades.
Un saint des premiers siècles répondait aux proconsuls lui demandant qui il était : " Je m'appelle Christophore, je suis celui qui porte Jésus-Christ." Il n'en est pas un de nous qui ne puisse dire avec le même orgueil : "Je suis celui qui porte Jésus-Christ,"
Marie a toujours entouré de sa sollicitude et de ses soins <je divin Enfant ; elle a soutenu et dirigé ses premiers pas ; elle a partagé son travail d'adolescent ; elle a identifié sa vie avec la sienne ; car pour elle il n'y avait au monde que ce Fils en qui elle concentrait toute sa tendresse . comme le ciel concentre sur lui toutes ses complaisances.
Nous, nous sommes les adorateurs d'office placés auprès du Tabernacle ; nous devons veiller sur le céleste Captif qui s'est commis à notre tutelle. A nous aussi de diriger les pas des fidèles ; de ces enfants confiés à nos soins ; à nous de les soutenir, d'encourager leurs efforts, leurs progrès dans la vertu. Comme Marie, ayons un dévouement plein d'abnégation ; concentrons notre cœur sur ces trésors confiés à notre garde par Celui qui, après avoir créé les âmes, les a rachetées à un si grand prix : Empti enim estis pretio magno.
Comme Marie, nous avons à soustraire les fidèles au joug de Satan, incomparablement plus à craindre qu'Hérode. Comme elle, nous avons à faire dans nos paroisses une reproduction fidèle de la maison de Nazareth, un lieu où l'on travaille, un sanctuaire où l'on prie, un foyer où l'on s'aime sous le regard de Dieu, un paradis terrestre où Dieu habite, avec cette différence toutefois qu'à Nazareth, Marie s'inspirait en tout des exemples de Jésus, tandis que dans les paroisses, nous devons servir de modèles aux fidèles.