NÉCESSITÉ DE LA DÉVOTION A MARIE POUR LE PRÊTRE
La conséquence de ces mêmes rapports est facile à apercevoir. Cette conséquence, c'est la fervente dévotion du prêtre à l'égard de Marie ; c'est la confiance sans bornes du prêtre en la protection de la Très Sainte Vierge ; il sait que sans Dieu il ne peut rien faire et que sans Marie il ne peut rien obtenir ; c'est le zèle ardent pour son culte ; c'est un dévouement que rien n'arrête et qui s'accroît tous les jours; c'est enfin un amour qui
ne peut avoir au-dessus de lui que l'amour dont la personne adorable de Jésus est elle-même l'objet.
Si tous les hommes doivent aimer Marie et pratiquer la dévotion envers cette tendre Mère à cause de la nécessité morale de son intercession, le prêtre comprend qu'il doit la pratiquer encore plus ; car ayant de plus grandes obligations, il a besoin de grâces plus abondantes pour se sauver et pour sauver les âmes qui lui sont confiées. Il doit rester continuellement aux pieds de Marie pour implorer son secours. Qu'il serait malheureux s'il n'aimait pas la Mère de Dieu et s'il n'implorait pas souvent sa protection ! Saint François de Borgia craignait beaucoup pour la persévérance et le salut des prêtres qui n'ont pas une tendre dévotion envers la Sainte Vierge. Et saint Antonin de dire, " pour lui, prétendre obtenir les grâces dont il a besoin sans l'intercession de Marie, c'est tenter de voler sans ailes."
Une tendre dévotion envers la Très Sainte Vierge sera pour le prêtre la source de tous les biens. Il aura plus de paix dans la souffrance, plus de confiance dans l'épreuve, de générosité dans les sacrifices qu'il aura à faire.
Si vous ne voulez pas avoir à gémir sur l'inutilité de vos efforts, sur la stérilité de votre ministère, il faut absolument que Marie occupe dans votre cœur la place qu'elle doit y occuper. Ne l'oubliez jamais, elle est la médiatrice entre Dieu et les hommes ; elle l'a été dans le mystère de l'Incarnation et dans la vie de Jésus-Christ. C'est par elle que saint Jean-Baptiste a été sanctifié et c'est sur sa demande que son divin Fils a opéré son premier miracle. Elle l'est encore aujourd'hui et sans elle vous n'atteindrez ni les âmes, ni les cœurs, ni les esprits.
Sans Marie, vous vous sentirez souvent trop faibles pour vous soutenir sur les routes difficiles que vous avez à parcourir ; comme les petits enfants, vous avez besoin de la main d'une mère qui vous relève vers les choses d'en haut. C'est ce que comprenait si bien le Bienheureux Grignon de Montfort, quand il chantait :
Cette bonne Mère et Maîtresse Me secourt partout puissamment Et quand je tombe par faiblesse Elle me relève à l'instant.
Sans l'amour ardent de Marie, la lumière divine des intelligences ne vous illuminera pas, puisque c'est par elle que doivent passer ses rayons : ex quâ mundo lux est orta.
Sans Marie, vos cœurs ne goûteront ni les douceurs, ni les consolations que donne notre sainte religion, puisqu'elle est elle-même cette douceur : ô pia, 6 dulcis Virgo Maria.
C'est elle, soyez en assurés, qui fécondera vos efforts et communiquera à vos paroles, à votre zèle ce quelque chose de divin auquel on ne résiste pas.
Par elle et avec elle vos sacrifices seront plus méritoires et plus généreux.
Par elle et avec elle, votre cœur aura plus de dévouement en face des misères dont souffrent ceux qui sont confiés à vos soins.
Par elle et avec elle, votre âme pénétrera plus facilement l'âme de ceux dont vous avez charge, pour y déposer l'amour du devoir et le germe des vertus chrétiennes. Elle éclairera l'intelligence de vos fidèles et les rapprochera de Dieu qui, pendant leurs prières, les admettra dans son intimité et se servira d'eux pour sa gloire. Elle les fortifiera par la pratique des sacrements qu'elle leur fera aimer et par la communion fréquente qui deviendra l'aliment de leur âme. Elle les protégera contre le mal qu'ils rencontrent partout et pour lequel elle leur inspirera une répulsion naturelle. Elle les consolera dans leurs souffrances ; elle les rassurera et leur fera trouver près de Jésus-Christ la paix qui les fera vivre dans une douce joie, la force qui les soutiendra dans leurs peines, le zèle qui les stimulera, la constance qui les empêchera de se décourager.
C'est ce qu'ont si bien compris les Saints. En qui mettait
sa confiance saint François Xavier, en partant pour faire la conquête de l'Hindoustan? Il nous dit ce cri d'amour qu'il répétait mille fois du matin au soir : Monstra te esse Matrem, montrez que vous êtes ma Mère." Il disait qu'il avait toujours trouvé les peuples rebelles à l'Evangile toutes les fois qu'à côté de la croix du Sauveur il n'avait pas placé l'image de sa Mère. Quand on leur parle de Dieu, écrivait un autre saint missionnaire, de Dieu créateur, tout-puissant et juste, ils sont étonnés, ils adorent en tremblant ; mais quand on leur parle de Jésus, qu'on leur dit que Jésus a une Mère, que Marie est la Mère de tous les hommes, ils fondent en larmes et deviennent vraiment chrétiens.
Vous savez comment s'y prit saint Philippe de Néri pour convertir un pécheur obstiné. Il lui fit réciter le Salve Regina sept fois par jour.
Et saint Alphonse de Liguori comment purifiait-il la lèpre des habitudinaires ? En leur imposant pour pénitence trois Ave Maria, matin et soir.
Saint Cyrille affirmait, il y a quinze cents ans, devant le Concile d'Ephèse, que c'était par Marie que les nations infidèles avaient été conquises à la foi chrétienne.