PRIONS
Omnipotens senipiterne Deus, qui gloriosœ Virginis Mariœ Corpus et animam ut dignum Filii tui habitaculum efiici mereretur, Spiritu sancio coopérante, prœparasti, da ut cujus commemoratione lœtamur, ejus pia intercessione ab instantibus malis et a morte perpétua liberemur.
Per eumdcm Christum Dominurn nostrvm. Amen.
Dieu tout-puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint- Esprit, avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge Marie, pour qu'elle méritât de devenir la digne demeure de votre Fils ; faites que celle dont nous célébrons la mémoire avec joie, nous délivre, par sa pieuse intercession, des maux présents et de la mort éternelle, par le Christ, Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.
" Frères bien-aimés, disait saint Bernard à ses religieux, quel beau cantique, quelle admirable mélodie ! Un saint l'a composé, des saints l'ont propagé ; pour le chanter dignement, pour le redire avec fruit et le comprendre, il faudrait que nous fussions saints nous-mêmes, tant il est suave, plein de sens et
riche en profonds mystères. Sa suavité émeut, sa vérité nourrit, et tandis qu'il salue la Reine du Ciel, notre Avocate, comme si elle était là présente devant nous, il échauffe l'âme tout entière. Elle vient en effet pour recevoir les hommages que lui adressent nos esprits et nos cœurs dans cette prière si pieuse ; car elle connaît ceux qui l'aiment ; elle les chérit et assurément elle descend près de ceux qui l'invoquent."
Quels beaux hommages en effet nous rendons à Marie en récitant cette prière ! Nous la saluons d'abord comme Reine, Salve Regina ; elle est la Souveraine du ciel et de la terre, toute puissante sur le cœur de son divin Fils, jouissant d'un crédit irrésistible. Ce n'est pas étonnant, elle est la Vierge incomparable, 0 dulcis Virgo Maria. Elle est la Mère de Dieu, c'est son privilège suprême qui la met au-dessus de toute créature, et Jesum oenedictum fructum ventris tui.
Mais elle est aussi notre Mère et notre Mère toute dévouée, pleine de miséricorde, de tendresse, de clémence et de bonté, qui provoque notre confiance et nous jette dans ses bras, Mater rnisericordiœ. Aussi nous la proclamons notre vie, notre douceur, notre espérance, Vita, dulcedo et spes nostra.
Dans le ciel, elle est notre médiatrice. Tant que durera le monde, son occupation la plus chère est d'intervenir auprès de Dieu pour ses enfants de la terre. Nous offensons le Seigneur; elle intercède en notre faveur ; elle arrête le bras de Dieu prêt à nous frapper ; elle nous réconcilie avec le Souverain Juge ; elle nous fait entrer en grâce avec Lui. Nous crions vers elle, pauvres enfants d'Eve, ad Te clamamus, exules filii Evœ, du fond de notre exil, du fond de la vallée de larmes. Nos douleurs et nos blessures crient vers elle ; nos cœurs brisés crient vers elle, gementes et fientes in hac lacrymarum voile. Elle est notre espérance, eia ergo advocata nostra. Ah ! écoutez-nous, secourez-nous. Tournez vers nous ce regard miséricordieux, ce regard qui illumine et qui apaise ; tournez le vers nous, parce que nous sommes des hommes ; souvenez-vous notre Reine, que sans nous vous ne seriez pas Reine de Dieu ;
car, c'est pour nous, pauvres créatures humaines, c'est pour notre salut que le Fils de Dieu est descendu dans vos chastes entrailles ; vers nous, parce que nous sommes des chrétiens rachetés par le sang de votre Fils, régénérés par la vertu de ses sacrements, nourris de sa Chair sacrée qu'il a prise dans votre sein très pur ; vers nous, parce que nous sommes vos serviteurs, vos enfants. Nous vous reconnaissons en effet pour notre Reine, notre Avocate et notre Mère. Tant de liens nous unissent à vous. Ah ! nous vous en conjurons, ne nous abandonnez pas. Et après notre exil, montrez-nous votre Jésus, le fruit béni de vos entrailles ; montrez-nous le Roi dans sa gloire, ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie, Et Jesum benedictum fructum ventris lui post hoc exilium ostende, O démens, O pia, O didcis Virgo Maria.
Montrez-nous Jésus, notre doux Sauveur, qui, pour nous délivrer de l'esclavage du démon et des maux, châtiments du péché, pour nous rendre la liberté des enfants de Dieu, a donné généreusement son sang, sa vie, sa personne tout entière. Ah ! quel sera notre bonheur de voir Celui qui nous a tant aimés !
O Reine très clémente, O Mère très pieuse, O Vierge très douce, faites que nous soyons les meilleurs de vos enfants ; que votre clémence soit notre bouclier, votre piété notre gouvernail, votre douceur notre consolation.
Cette prière est une des plus belles et des plus émouvantes qui ait jamais retenti sur la terre ; elle est pleine de ferveur ; elle n'est pas une demande, elle est un cri, un soupir, ad Te clamamus.
Elle est pleine de la plus filiale confiance. Nous sommes sûrs d'être exaucés ; car d'une part la Sainte Vierge est toute puissante en qualité de Souveraine de l'univers, et d'autre part, nous le disons et le redisons, elle est " douce, bonne, clémente," ou plutôt, elle est " la Mère de miséricorde, la vie de nos âmes, la douceur même."
Cette prière est très sainte dans son objet. Ce que nous
y demandons, c'est avant tout et surtout le salut ; c'est avant tout et surtout le bonheur d'aller au ciel où nous voulons voir Jésus et le posséder éternellement.
Aimons à réciter le Salve Regina, l'une des prières les plus apaisantes, celle que les Saints ne récitaient jamais ou n'entendaient jamais chanter sans que leurs yeux se remplissent de larmes d'amour, de confiance et de joie.
Voyez comment saint Bernard commente les trois cris du cœur qui couronnent cette prière : O clémente, O bienveillante O douce Vierge Marie : O clémente pour les âmes qui sont pauvres ; O bienveillante pour les âmes qui vous appellent ; O douce pour les cœurs qui vivent avec vous.
O clémente pour les pécheurs qui gémissent ; O bienveillante pour les justes qui vous cherchent ; O douce pour les cœurs qui vous aiment.
O clémente pour briser les chaînes du péché ; O bienveillante pour donner des grâces de paix ; O douce pour vous donner vous-même.
O clémente pour consoler ; O bienveillante pour réjouir ;- O douce pour aimer.
O clémente pour ceux qui vous servent ; O bienveillante pour ceux qui vous font aimer ; O douce pour ceux qui aspirent à vous aimer davantage.
b) — L'Aima Redemptoris.
h' Aima Redemptoris peut être appelée l'antienne de la Maternité de Marie ; on la chante, on la récite pendant le temps de l'Avent et le temps de Noël, c'est-à-dire, pendant le temps consacré à honorer le Fils de Dieu enfermé dans le sein très chaste de Marie et le Fils do Dieu nouvellement né de cette mère toujours Vierge.
Aima Redemptoris Mater, quœ p ervia cœli,
Porta mânes et Stella maris, succurre codent i,
Sur gère qui curât populo ; tu quœ genuisti,
Natura mirante, tuum sanctum Genitorem ;
Virgo prius ac posterius, Gabtielis ab ore
Sumens illud Ave, peccatorum miserere.
Angélus Domini nuntiavit Mario?; Et concepit de Spiritu soncto.
Mère auguste du Rédempteur, porte du ciel toujours ouverte, étoile de la mer,
Venez au secours d'un peuple qui veut se relever de ses chutes ;
Vous qui, par un prodige dont s'étonne la nature, avez enfanté votre Créateur sans cesser d'être Vierge ;
Vous qui avez reçu cette glorieuse salutation de l'Ange Gabriel, ayez pitié des pécheurs.
L'Ange du Seigneur a annoncé à Marie,
Et elle a conçu par l'opération du Saint-Esprit.
Gratiam tuam, quœsumus Domine, mentibus nostris infunde ; ut qui origelo nuntiante Christi Filii lui incarnationem cognovimus, per passionem ejus et crucem ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christ um Dominum nostrum Amen.
Répandez, Seigneur, nous vous en prions, votre grâce dans nos âmes, afin qu'ayant connu par le ministère de l'ange, l'Incarnation du Christ, votre Fils, nous soyons conduits par sa passion et sa croix à la gloire de la Résurrection.
Par le même Christ, Notre-Seigneur.
-Ainsi soit-il.
Quelle autre belle et eonsolante prière et comme nous devons être fiers de dire à Marie en la récitant : " O Marie, nous le croyons de toute l'énergie de notre âme et cette croyance est notre plus douce joie : vous avez engendré le divin Sauveur qui vous a mise au monde, genitisti tuum sanctum Genitorem.
Vous êtes la Mère de Dieu et cependant toujours Vierge Virgo prius ac posterius ; et ces deux prérogatives vous font une créature à part dans la création ; elles vous assignent une place singulière au premier échelon de l'échelle qui, par l'Homme Dieu, unit Dieu à l'humanité.
Aussi vous êtes " la porte bienheureuse du ciel " porta mânes,
parce que vous avez mis au monde Celui qui ouvre les cieux que le crime de notre premier père avait fermés, et parce que votre puissante intercession nous obtient le pardon des fautes par lesquelles nous avons le malheur de clore de nouveau ce que vous nous aviez ouvert.
Vous êtes " l'étoile de la mer," stella maris. Ce que l'étoile polaire est pour le pilote engagé sur une mer houleuse, vous Fêtes pour le pèlerin ballotté sur les eaux écumantes de sa vie terrestre.
Ayez donc pitié de nous, secourez-nous, succurre miseris ; faites-nous sentir votre double maternité en exerçant en notre faveur votre crédit auprès de votre divin Fils ; rappelez-lui que c'est pour nous, pour nous sauver, qu'il est venu en ce monde et qu'il a pris de vous notre nature.
c) — L'Ave Kegina.
Par Y Ave Regîna, nous invoquons encore notre bonne Mère
Ave Regina cœlorum :
Ave Domina Angelorum :
Salve, radix ; Salve porta, Ex qtia mundo lux est orta.
Gaude, Virgo gloriosa :
Super omnes speciosa :
Vale, o valde décora :
Et pro nobis Christum exora.
D'ignare me laudare te, Virgo sacrala.
Da mi ht virtutem contra hostes tuas.
Salut,- Reine des cieux, Salut Souveraine des anges ; Salut, tige bénie, Salut, porte sainte d'où est sortie la lumière du monde.
Joie à vous, Vierge glorieuse, belle entre toutes. O toute ravissante, Salut. Priez pour nous le Christ, votre Fils.
Rendez-moi digne de vous louer, Vierge sainte.
Donnez-moi la force contre vos
Concède, misericors Deus, fragûitati nostrœ praesidium ut qui sanctœ Dei Genitricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio
Dieu de miséricorde, donnez secours à notre faiblesse et faites qu'honorant la mémoire de la Sainte Mère de Dieu, nous nous
a nostris iniquitatibus rexurgamus. relevions de nos iniquités à l'aide Per eumdem Christum Dominum de son intercession. Par le même nostrum. Amen. Jésus-Christ, Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.
Nous proclamons dans cette belle prière Marie Reine du ciel, souveraine des phalanges célestes qui ont le regard fixé sur elle et qui trouvent des délices ineffables à chanter avec la gloire de Dieu celle de la Mère de leur Créateur. Les anges connaissent d'une manière bien supérieure à la nôtre ce qu'est la Sainte Vierge. Ils voient dans toute leur étendue les prévilèges qu'elle a reçus de Dieu, la grandeur à laquelle elle a été élevée par Dieu, l'amour que Dieu lui témoigna et la puissance qu'il lui a donnée. Et ils sentent pour elle ce respect que font naître dans un esprit élevé et droit, la sainteté, la grandeur, la supériorité. Ils sont heureux d'être à ses ordres et de l'acclamer leur Reine.
Quel plaisir nous devons goûter en saluant cette auguste Reine dont la beauté ravit les anges et les Saints et en l'invoquant sous ces appellations : Vale, ô valde decara, super omnes speciosa.
Ces paroles de la Sainte Ecriture doivent nous venir à la pensée : Pulchra ut luna, belle comme l'astre des nuits, majestueuse comme une armée rangée en bataille. Elle brille sans doute au plus haut des cieux d'une éblouissante lumière celle à qui éternellement Dieu redit ces paroles : " Vous êtes toute belle, vous êtes sans taches, iota pulchra es, et macula non est in te."
Aussi nous lui demandons de nous permettre de chanter ses louanges : dignare me laudare te, Virgo sacrata, et nous la conjurons de prier son Fils pour nous afin que nous ayons le courage de combattre nos ennemis. Pro nobis Christum exora . . . Da mihi nirtutem contra hostes tuos. Puisse-t-elle nous exaucer, et alors notre sort sera un jour celui des anges qui la contemplent et qui la servent.
d) — Le Regina cœli.
Puis enfin il y a le Regina cœli, antienne de quatre vers seulement mais pleine d'expressions. C'est l'explosion d'enthousiasme ou l'expansion intime d'une âme tout unie à Marie et qui, en contemplant ses joies, les fait siennes par le ravissement de l'amour. Les alléluia quatre fois répétés donnent à ce cantique un accent de l'autre monde.
Regina cœli, lœtare, Alléluia ;
Quia quem meruisti portare, Alléluia
Resurrexit sicui dixit, Alléluia ;
Or a pro nobis Deum, Alléluia ;
Gaude et lœtare Virga Maria, Alléluia.
Quia resurrexit Dominus vere , Alléluia.
Reine du ciel, réjouissez-vous.
Alléluia ; puisque Celui que vous avez mérité de porter dans votre sein, Alléluia ; est ressuscité comme il l'avait dit, Alléluia.
Priez pour nous, Alléluia.
Réjouissez-vous et tressaillez, Vierge Marie, Alléluia ;
Car le Seigneur est véritablement ressuscité. Alléluia.
Deus qui per resurrectionem Filii tui Domini nostri Jesu Christi mundum lœtificare dignatus est, prœsta, quœsumus, ut per ejus Genitricem Virginem Mariant, perpetuœ capiamus gaudia vitœ. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
O Dieu qui par la résurrection de votre Fils Jésus-Christ avez daigné réjouir le monde, accordeznous, nous vous le demandons, que par sa Mère, la Vierge Marie, nous obtenions les joies de la vie éternelle. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.
Cette antienne proclame Marie la Reine du ciel, c'est-à-dire, en possession d'une puissance sans rivale, d'une félicité sans mélange et sans fin. C'est donc avec raison que les anges chantent et nous engagent à lui chanter avec eux : " Alléluia " Regina cœli lœtare, alléluia. Parce que Celui que vous avez mérité de porter est ressuscité comme il l'a dit, quia quem meuristi portare resurrexit sicut dixit, alléluia. Le temps des épreuves est donc passé.
Heureuse Mère ! Ce Fils si tendrement aimé, ce Fils dont elle a partagé toutes les souffrances, qu'elle a vu naître dans une pauvre étable, couché dans une crèche, travailler comme un ouvrier à la sueur de son front : ce Fils qu'elle a vu abreuvé d'outrages, foulé aux pieds comme un ver de terre et enfin expirant sur un gibet ; ce Fils est sorti glorieux du tombeau, vainqueur de la mort, de toutes les puissances de la terre et de l'enfer et il va régner avec elle au plus haut des cieux. Alléluia.
Il est ressuscité comme II Fa dit : Resurrexit sicut dixit. En annonçant sa mort et sa résurrection. Notre-Seigneur disait aux Juifs : " Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours. " Ce temple était son corps et il a tenu parole.
L'histoire du monde n'offre pas de fait plus incontestable que la résurrection du Fils de Marie. Toutes les nations civilisées lui rendent hommage ; Il est la base de leur foi, le piédestal de leur civilisation, le foyer permanent de leurs lumières et le principe de leur supériorité morale sur tout ce qui n'est pas chrétien.
Marie avait eu la plus grande part dans les souffrances du Sauveur ; Elle devait avoir la plus grande part dans les joies de la Résurrection. Marie avait été la première au martyre ; elle devait être la première au triomphe. Outre que les promesses divines rapprochent obstinément la consolation de la souffrance, la nature nous apprend ce que le Sauveur a dû faire pour sa Très Sainte Mère.
C'est le premier désir d'un fils bien né de faire partager à sa mère la joie d'une grande victoire. Nous ne pouvons croire que le vainqueur de l'enfer et de la mort ait foulé aux pieds cette loi de la nature. A défaut du témoignage évangélique nous nous en rapportons aux âmes saintes qui, en méditant le mystère de la résurrection, ont toujours vu la Très Sainte Vierge jouir avant tous de la présence de Jésus ressuscité.
A l'instant même où la pierre du tombeau est renversée,
Jésus est auprès de Marie. De sa douce voix II l'appelle : sa Mère. Marie accablée par la douleur, sort elle-même comme ■d'un sommeil de la mort ; son âme alanguie ressuscite ; elle s'écrie : Mon Fils.
Quels tendres épanchements ! Quelles saintes caresses de l'amour ! Quelles conversations du ciel ! Aux déchirements •de la séparation succèdent les délices de l'union.
Assistons par la pensée à ces entrevues de Jésus et de Marie. Félicitons notre Mère de son bonheur et disons-lui ce beau cantique que l'Eglise nous met sur les lèvres : Reine du ciel, réjouissez-vous ; car Celui que vous avez mérité de porter dans votre sein est ressuscité ; priez pour nous.
Réjouissez-vous, 0 Mère, jouissez à plein cœur de la présence de votre Bien-Aimé. Nous savons que votre joie n'est pas égoïste ; vous pensiez à nous près du Christ mourant ; vous ne nous oubliez pas près du Christ ressuscité. Priez-le pour nous, pauvres voyageurs dans la vallée des larmes, fatigués du présent, incertains de l'avenir ; priez pour nous votre divin Fils que vous voyez aujourd'hui assis sur son trône immortel, adoré des anges ; répandez, par vos prières, sur nos âmes, sur les âmes de tous ceux qui nous sont chers, sur l'Eglise, sur la patrie, sur le monde entier le souffle de la résurrection. A toute créature captive de la douleur, du péché, de la mort, faites chanter un joyeux Alléluia.
Prenons part à cette joie de la Sainte Vierge. Disons à Jésus : Que je suis heureux de vous voir si beau, si puissant, après les tristes et douloureux jours de votre passion ! Comme le soldat vaillant qui revient du combat, vous portez encore les cicatrices de vos plaies ; mais ces plaies radieuses ajoutent à votre beauté et à votre puissance. Montrez-vous à votre Père ; vous ravirez son cœur et vous obtiendrez de lui pour vous toutes les gloires et pour nous toutes les grâces.
Que je suis heureux du bonheur de votre Mère ! Je m'unis aux explosions de son amour reconnaissant et je chante avec elle, avec la terre un joyeux Alléluia.
Que je suis heureux de la victoire que vous remportez sur tous vos ennemis. Ils croyaient avoir raison de votre doctrine, de votre loi, de vos œuvres, de votre mission, en vous condamnant à une mort infâme ; ils triomphaient sur la pierre insolente qui fermait l'entrée de votre sépulcre, mais, miracle! le supplicié revit ; tout revit avec lui ; la vérité de la foi resplendit dans sa chair glorieuse et devient ferme comme l'éternité dont il prend possession. Vainqueur de la mort, vous êtes vraiment le Fils de Dieu et envoyé pour notre salut.
Merci, mon Sauveur, des joies et des consolations que vous me donnez en ce mystère. Pour vous témoigner ma reconnaissance, je veux vous aimer davantage. Augmentez mon amour. Da mihi caritatis augmentum.
e) — Le Magnificat.
L'Eglise prescrit à ses ministres de réciter tous les jours dans le Saint Office, le Magnificat, qui est une des plus admirables formules de dévotion dont nous puissions nous servir pour honorer la Très Sainte Vierge.
Le Magnificat est le premier cantique du Nouveau Testament, le plus magnifique chant des Saintes Ecritures, celui qui renferme à la fois le plus d'élévation dans les sentiments, de sublime dans les expressions. C'est le poème qui donne la plus haute idée de la grandeur de Dieu ; c'est le psaume le plus beau entre les poésies sacrées, c'est le cantique le plus sublime que la poésie des anges ait donné à la terre. " Jamais; dit M. A. Nicolas, l'inspiration n'a jailli avec plus de plénitude et de puissance que dans ce merveilleux cantique. Tout le souffle prophétique qui respire dans les immortels psaumes de son royal ancêtre semble être passé dans l'âme de Marie, agrandi et réglé par la possession de son objet. Et ce qui fait ressortir la majesté et la puissance de ce chant divin, c'est l'humilité, la faiblesse de celle qui le profère."
Chaque mot dans cette Hymne renferme des abîmes
insondables. Quel élan de la reconnaissance ! Quel magnifique panégyrique des perfections de Dieu, particulièrement de sa bonté, de sa miséricorde, de sa puissance, de sa fidélité, de sa justice ! Quelle saisissante annonce de l'exaltation des humbles, de l'humiliation des orgueilleux, du salut des âmes et de la conversion finale du peuple d'Israël ! Quelle incomparable prophétie que celle par laquelle Marie, si profondément humble annonce sa glorification dans la suite des âges !
Aussi, grande a été l'estime dans laquelle ont tenu le Magnificat les plus doctes esprits et les plus nobles cœurs.
" Le Magnificat, disait saint Bernard, c'est l'extase de l'humilité de Marie." " Que dirai-je de ce divin cantique, s'écrie Bossuet ; sa simplicité, sa hauteur qui passe mon intelligence, m'invite plutôt au silence qu'à parler. Si vous voulez que je parle, ô Dieu, formez vous-même mes paroles." " L,3 Magnificat, affirme un des plus célèbres commentateurs (Cornélius a Lapide) écho en cela des Pères et des saints Docteurs, est le plus remarquable cantique de toutes les Saintes Ecritures."
Mon âme " magnifie le Seigneur" s'écrie la Sainte Vierge, les cieux annoncent la gloire de Dieu, la terre chante les louanges du Créateur, le génie humain l'honore. Les Apôtres proclament sa souveraineté, les martyrs teignent la pourpre de sa royauté terrestre, les docteurs illuminent son nom, les anges l'adorent, embellissent sa cour ; mais tous ensemble ne le magnifient pas autant que la seule âme de Marie.
A l'heure où elle chante son Magnificat, le Verbe incarné sommeille dans ses chastes entrailles et le Père céleste, en se penchant vers elle, retrouve, renfermé en elle, toute son éternelle gloire, toute sa beauté in créée, tout le rayonnement de sa sagesse infinie. C'est donc la grandeur de Dieu, sortie en quelque sorte d'elle-même, pour entrer dans l'humanité qui s'extériorise par Marie.
Et elle, elle tressaille, elle exalte : "Et mon esprit est ravi de joie en Dieu l'auteur de mon salut, et exultavit Spiritus
meus in Deo salutari meo" La joie de cette humble créature ne part pas du sentiment de sa propre élévation. L'unique objet de son allégresse, c'est Dieu, Dieu renfermé dans son sein pour la sauver elle, et l'univers avec elle.
" Dieu, dit la modeste Vierge, a regardé la bassesse de sa créature, respexit humilitatem ancillœ suœ." Quelle admirable conception elle a de sa propre grandeur. Jusque dans le vertige de sa gloire, elle conserve la juste notion de ce qu'elle est : une humble créature, une pauvre servante de Dieu. Pour être élevée à la dignité de Mère de Dieu, elle n'a pas perdu de vue sa bassesse.
C'est pour cela, c'est à cause de ce regard de Dieu sur elle " que toutes les générations l'appelleront bienheureuse, beatam me dicent 07nn.es generationes" Sans ce regard miséricordieux, elle ne serait rien ; elle lui doit tout. Que les gérer ations se réunissent, qu'elles contemplent en elle les effets de sa miséricorde divine et elles n'auront qu'une voix pour la proclamer bienheureuse, " car Celui qui est puissant a fait en elle de grandes choses, quia fecit mihi magna qui potens est"
Ce concert qui chante la Vierge " bienheureuse " a retenti d'âge en âge comme le bruit des grandes eaux et il a semblé croître à chaque siècle depuis les catacombes jusqu'à nos jours.
Bienheureuse, s'est écrié le peuple d'Ephèse qui, apprenant que le Concile a déclaré Marie Mère de Dieu, a célébré sa Reine dans un véritable délire de joie ^t d'enthousiasme.
Bienheureuse ont dit les Pères et les Docteurs de l'Eglise depuis Origène à saint Bernard et de saint Bernard à saint Alphonse de Liguori lui ont consacré des pages immortelles.
Bienheureuse ont proclamé les peintres qui de saint Luc à Fra Angelico et de Fra Angelico à Murillo l'ont prise pour l'idéal de la beauté.
Bienheureuse l'ont dite toutes ces splendides cathédrales dont toutes les pierres clament la gloire de Notre Dame.
Bienheureuse l'ont trouvée toutes ces Congrégations de Notre Dame, floraisons merveilleuses de toutes les vertus, qui n'ont cessé d'embaumer l'Eglise.
Bienheureuse l'a affirmé notre siècle qui célèbre Marie avec plus d'amour que tous les autres parce qu'aucun n'a été aussi favorisé par elle d'apparitions et de miracles.
Bienheureuse l'a montrée Pie IX quand revenu d'exil et couronnant sa libératrice, il a soulevé une vague d'enthousiasme en définissant l'Immaculée Conception.
Bienheureuse lui dit aujourd'hui tout le peuple chrétien égrenant le Rosaire à la demande de Léon XIII et jetant les Ave Maria aux pieds de la Vierge comme des perles dans une coupe d'or.
Tous aiment cette Vierge bénie qui s'étant montrée la servante de tous est devenue la Souveraine de tous. L'enfant la nomme avec sa mère lorsque ses lèvres s'éveillent à la parole ; le jeune homme l'appelle dans les tentations ; la Vierge lui sourit ; le vieillard, de ses doigts tremblants lui tresse la couronne du rosaire ; le malade l'invoque dans la douleur, le malheureux dans la détresse, le moribond dans l'agonie. Jour et nuit la louange de Marie retentit sous le ciel et toutes les langues que parlent les hommes s'unissent pour elle en un concert de filial amour.
Et cette immense gloire de Marie se prolongera de siècle en siècle. Toujours les hommes apprendront à balbutier et à bénir le nom de celle qui inaugura l'ère de la miséricorde, de celle qui a enfanté la miséricorde : elle sera connue, aimée, louée jusqu'à la fin des temps, puisque le fleuve de la miséricorde coulera jusque-là.
Que de fois nous avons peut-être récité sans réflexion suffisante le Magnificat, ce monument éternel de foi, d'humilité, de reconnaissance ! Etudions-le donc sérieusement, méditonsle souvent, essayons de le comprendre, d'en saisir toutes les beautés.
Nous verrons d'abord que Dieu seul y est l'objet des chants sublimes de cette auguste Vierge ; elle publie sa gloire, la sainteté de son nom, la force de son bras, l'excellence de sa grâce, l'étendue de sa miséricorde, sa fidélité dans ses promesses; elle y chante la conquête de l'Eglise, la défaite de ses ennemis. Si elle y parle d'elle-même, c'est pour dire seulement que Dieu a daigné jeter un regard sur la bassesse de sa servante. Elle ne dit pas que les générations futures célébreront ses vertus et qu'elles l'honoreront comme la plus grande sainte qui fût jamais, mais seulement qu'elles l'appelleront la plus heureuse de toutes les femmes.
C'est ainsi qu'une âme véritablement humble sait, en s'abaissant elle-même, glorifier le Seigneur des merveilles de sa bonté. Toute l'Ecriture est remplie des grandeurs de Dieu ; mais ne peut-on pas dire que Marie, dans ce tableau abrégé nous en a donné l'idée la plus parfaite et la plus entière ? Tout y est vif, tout y est grand, tout y est sublime. N'en soyons pas surpris ; c'était le cœur qui s'exprimait et l'on sait quel est le langage d'un cœur tendre par lui-même, prévenu et excité par une faveur singulière et par-dessus tout, rempli de l'esprit de Dieu.
Jusqu'à sa visite à sainte Elisabeth, l'âme de Marie avait recueilli en elle-même toutes les grandeurs de son Dieu ; elle les adorait en secret et elle s'était condamnée à les méditer en silence ; mais aussitôt que le Seigneur a lui-même manifesté son œuvre, il ne lui est plus permis de se taire ; elle va exalter sa puissance et glorifier son saint nom.
O mon âme, s'écrie-t-elle, louez le Seigneur. Elle ne peut retenir ses transports ; il faut qu'ils éclatent et qu'ils publient tout ce qu'elle sent pour le Dieu qu'elle porte dans son sein. C'est le Dieu fort, c'est le tout-puissant . qui potens est. Il a déployé en sa faveur toute la force de son bras, de ce bras, l'ouvrier de tant de merveilles, la terreur du monde comme il en est le soutien : fecit yotentiam in brachio suo.
C'est un Dieu absolu et suprême arbitre de l'univers. Tout
dépend de lui, tout est soumis à ses ordres et tout ce qui n'y est pas conforme, tombe et ne peut subsister. Ce Maître du ciel et de la terre dissipe les projets orgueilleux des sages du siècle et prend plaisir à confondre leur fausse prudence. Dis-
persit superbos mente cor dis sui.
Il renverse les rois de leur trône comme il les y a fait asseoir et il anéantit leur trop impérieuse domination, deposuit potentes de sede.
Ces riches fiers de leur fortune et de la pompe qui les environne, il les dépouille dans un moment par un de ces coups qu'il laisse échapper quelquefois, quand il veut se faire craindre, et divites dimisit inanes.
C'est un Dieu miséricordieux et cette miséricorde il la fait paraître dans tous les siècles, une génération Ta annoncée à une autre génération et, d'âge en âge, sa grâce s'est répandue sur les enfants des hommes, et misericordia ejus a projenie in progenies.
Israël surtout l'a éprouvée, Israël qu'il a retiré dans son sein et qu'il a choisi comme son fils, suscepit Israël jïlium suum.
Vengeur des crimes, il tonne, il faut voir, mais dans le plus grand feu de sa colère et quand elle est le plus allumée, il n'oublie pas sa miséricorde, recordatus misericordiœ suœ.
C'est un Dieu saint, il est la sainteté même, et sanctum nonien ejus ; un Dieu fidèle ; tout ce qu'il a promis à nos pères, il l'a gardé, sicut locutus est ad patres nostros. Il est le Dieu d'Abraham et de toute sa postérité. Sage avant tous les temps, il demeure et il voit toutes ses paroles s'accomplir, Abraham et semini ejus in sœcula.
C'est donc à lui que tous les hommages sont dus, conclut Marie qui, jetant ensuite les yeux sur elle-même, ne se considère devant ce souverain Etre que comme un néant.
Ces divines expressions du cœur de Marie, nous les avons dites des milliers et des milliers de fois en récitant notre Office
de chaque jour. Encore une fois, en avons-nous bien pénétré le sens ?
Servons-nous donc de ce cantique merveilleux pour exprimer notre gratitude à Dieu et chanter la béatitude de Marie. Unis à la voix si douce et si suave de notre Mère du ciel, les accents de notre langue pécheresse iront jusqu'au coeur de Jésus et nous obtiendront des grâces toujours nouvelles, des dons de plus en plus abondants.
En récitant le Magnificat, supplions Marie de " magnifier " toujours nous aussi le Seigneur par nos pensées, en ayant une très haute, une très grande estime de Dieu et de toutes les choses de Dieu ; par nos affections, en aimant Dieu de tout notre cœur et par-dessus toutes choses ; par nos paroles, en parlant toujours de Dieu et de toutes les choses qui le regardent avec un très profond respect, en adorant et en exaltant sa puissance infinie, sa sagesse incompréhensible, sa bonté immense et ses autres perfections; par nos actions, en les faisant toujours pour la seule gloire de Dieu ; par nos mortifications en portant les croix que Dieu nous envoie de grand cœur et pour l'amour de lui.
Tâchons de nous animer des sentiments d'humilité et de reconnaissance qui faisaient battre le cœur de Marie disant son Magnificat.
Saintement jalouse de décliner toute louange et de tout rapporter à Dieu, Marie proclame que c'est en Dieu seul que la créature doit se glorifier et se réjouir. Elle ne s'arrête pas aux dons, elle va droit au donateur ; elle ne se réjouit qu'en Dieu, son Sauveur.
A l'exemple de la Sainte Vierge, recevons toujours avec humilité les faveurs de Dieu. Gardons-nous bien, à la vue de certains avantages que nous possédons ou que nous croyons posséder, de nous complaire en nous-mêmes et de nous préférer aux autres, au lieu d'en rendre gloire à Dieu, auteur de tout don. Quoi en effet de plus insensé que de se glorifier de quelque
chose ? " Qu'avez-vous, nous dit l'Apôtre, que vous n'ayez reçu ? Et si vous avez tout reçu de Dieu, pourquoi vous glorifier comme si vous n'aviez rien reçu ? "
Surtout servons-nous du Magnificat pour témoigner à Dieu notre sincère reconnaissance et que notre âme, en le récitant, pleine de la pensée du Seigneur et de ses grandes miséricordes, se répande en actions de grâces. Sans avoir été aussi privilégiés que Marie, nous avons pourtant été comblés comme elle de la bonté divine.
Nous n'avons qu'à regarder en arrière, qu'à dérouler les pages de notre histoire et nous ne pourrons nous empêcher de voir les nombreux bienfaits que nous avons reçus de Dieu, d'admirer sa bonté pour nous.
Notre existence, notre vie, chaque jour, chaque instant : dons de sa bonté.
Notre corps et toutes les merveilles qu'il renferme, toutes les puissances de notre âme, tout ce qui l'honore et la rapproche du monde angélique : dons de sa bonté.
Ces excellents parents qui ont conservé à leur foyer le feu sacré des vertus chrétiennes, qui ont mis en nous la connaissance et l'amour de Dieu dès que notre intelligence et notre cœur ont été capables de le connaître et de l'aimer : encore dons de Dieu.
Et dans cette chaîne de grands bienfaits, Dieu a fait courir la trame de mille grâces où se manifeste son paternel amour : soudaines inspirations, sages conseils, salutaires avertissements, tendres reproches, aimables encouragements. Si nous avons évité le mal, si nous avons fait le bien, si notre âme s'est embellie de quelques vertus, enrichie de quelques mérites, nous le devons à ses largesses et à sa bienfaisance.
Surtout de préférence à des frères, à des amis aussi bons sinon meilleurs que nous, il nous a séparés du monde, il a ravi notre cœur, il nous a appelés à la prêtrise, il nous a faits de
ces mortels entre les mains de qui le Fils de Dieu s'incarne comme dans le sein de la Vierge, de ces mortels qui, au dire de saint Augustin, " sont plus grands que les anges ; car les anges adorent ce qu'ils font sans pouvoir le faire eux-mêmes."
Nous pouvons donc dire comme Marie : Le Seigneur a daigné prendre garde à la bassesse de son serviteur, respexit humilitatem ancillœ suce. Et le Seigneur a fait en moi de grandes choses, fecit mihi magna qui potens est.
Il nous faudrait un cœur grand comme le monde pour exprimer à Dieu notre amour reconnaissant. Demandons-lui d'en recevoir l'hommage par la bouche de sa très Sainte Mère.
Récitons le Magnificat par amour pour Marie parce qu'il est la parole de notre Mère du ciel.
Récitons-le quand nous avons été l'objet de quelque grâce signalée, afin de payer, en union avec Marie, le tribut de la reconnaissance avec une dévotion pleine d'humilité'.
Récitons-le pour glorifier les infinies perfections de Dieu, pour remercier le Seigneur quand il daigne secourir son Eglise dans les tribulations et quand, exauçant les prières de ses enfants, il fait éclater la puissance de son bras.
Récitons-le pour nous exciter à une vraie humilité, à une dévotion pleine d'ardeur, à une confiance sans bornes, sachant que Dieu sait tout, que Dieu n'oublie rien, que Dieu ne meurt pas et qu'il rendra à chacun au jour de la rétribution universelle, ce qu'il aura mérité.
Récitons-le avec Marie, comme Marie ; récitons-le dans l'Office public et en notre particulier ; récitons-le et méritons d'aller le chanter dans les joies extatiques et la reconnaissance sans fin du paradis.