L' ANGELUS
Parmi ces salutations, il en est une bien touchante, c'est celle de l 'Angélus par laquelle l'Eglise a voulu sanctifier le lever du matin, le travail du milieu du jour et le repos de la nuit.
Au milieu de nos soucis matériels, de notre indifférence pour notre âme, F Angélus nous rappelle le touchant mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu pour nous, hommes, et pour notre salut ; elle nous rappelle aussi la grandeur de Marie, choisie entre toutes les femmes pour coopérer avec lui à cette œuvre de notre délivrance.
Oui, trois fois le jour, la cloche dit à tous, à l'artisan, à l'homme des champs, des forêts et des villes : réveille-toi, pense à ton Sauveur et à la Vierge pleine de grâces qui fut trouvée digne de lui offrir son cœur et son corps pour son premier tabernacle sur la terre. Quelle reconnaissance ne dois-tu pas à Jésus, et à Marie qui accepta avec toutes ses charges, la dignité d'être Mère de Dieu et des hommes ! Avec quel zèle il faut lui faire hommage de ta vie et l'invoquer, puisque tu dépends d'elle comme l'enfant de sa mère et que notre salut n'a commencé qu'à l'instant où elle répondit à l'Ange : " Je suis la servante du Seigneur, je consens à ce qu'il désire de moi."
Prière1 poétique, joyeuse, salutaire ! Car si, trois fois le jour, nous adressons à Marie nos saluts révérencieux, et le cri de nos supplications, trois fois le jour aussi, elle ouvre pour nous les fontaines du Sauveur et fait descendre sur nous l'abondance de ses consolations et de ses joies.
D'ailleurs le matin est une heure décisive. La journée sera à Dieu ou au démon, selon que l'un ou l'autre en aura les prémices. Et la cloche alors nous dit : " Accourez à la Vierge, Mère de la grâce divine ; mettez vos espérances et vos travaux sous sa protection." Dites alors comme elle : "Je suis le serviteur du Seigneur ' ' et votre journée sera bénie.
L'Angelus du matin est pour l'âme vraiment pieuse le doux et tendre appel d'une mère qui se penche vers le berceau de son enfant pour réveiller doucement, afin de jouir de son premier regard et de recueillir son premier baiser.
L'Angelus du midi a une signification non moins solennelle. Arrivé au milieu de la carrière, l'homme a déjà porté le poids du jour et de la chaleur ; il éprouve le besoin de se reposer un instant. Comme le voyageur fatigué qui, au bord du chemin, dans une courte halte, regardant derrière lui le chemin, qu'il a parcouru, regardant devant lui le chemin qu'il doit parcourir encore pour arriver au terme de son voyage, l'homme se repose un moment pour s'encourager, se fortifier au milieu de ses labeurs. Il lui arrive alors une voix douce et amie qui relève ses yeux et ses espérances vers le ciel, qui l'avertit que le temps s'enfuit, qui lui conseille d'en faire un bon usage.
Le soir est arrivé ; c'est l'heure de la retraite, du repos, du recueillement. Il faut compter avec Dieu. Et la cloche bénie nous dit de nouveau : tournez vos regards vers Jésus et Marie, vos amis généreux et fidèles, et remettez votre âme entre leurs mains. Les ténèbres de la nuit sont l'image du trépas et peutêtre, durant votre sommeil, on vous redemandera cette âme. Conjurez Marie d'intercéder pour vous à cette heure qui ressemble si bien à l'heure de la mort.
Qu'il était beau le spectacle que donnaient autrefois les familles chrétiennes ! Au tintement de la cloche, tous les fronts se découvraient ; le père, la mère, les enfants levaient les yeux vers le ciel, tous se recueillaient pour prier ; tous bénissaient le Seigneur et invoquaient sa divine Mère ; tous aussi goûtaient la douceur de cette paix que donne la conscience du devoir accompli. Quelles bénédictions descendraient sur la société chrétienne si l'on était aujourd'hui fidèle à cette ancienne coutume !
Nous, prêtres, donnons l'exemple. Que cette touchante prière de l'Angelus soit dans notre cœur comme une horloge sainte, comme une voix pieuse qui, trois fois le jour, nous rappellera
nous-mêmes à nous-mêmes, nous rapprochera de Marie à ces trois époques du jour pour nous sanctifier sous l'œil de notre bonne Mère. Cette triple sanctification remplira notre travail et notre vie des parfums de la piété et nous trouverons ici-bas ce calme que donne l'amour de Jésus et de Marie qui est à l'âme ce que la santé est au corps.
Et encore ici quel bel exemple nous ont donné les Saints î
Le matin, le midi et le soir, saint Alphonse de Liguori ne manquait jamais de dire l'Angelus. S'il était en voyage, au premier son de la cloche, il se mettait à genoux, tout évêque qu'il était, et cela en public à la grande édification de tous ceux qui le voyaient.
Sur la fin de sa vie, étant devenu sourd, il voulait être averti du son de la cloche afin de faire la même chose. Arrivait-il qu'il prît son repas, il faisait retirer la petite table qui était devant lui, se jetait à genoux et restait comme en extase, au point qu'on était obligé de le faire se relever pour qu'il finît de prendre sa nourriture.
Saint Charles Borromée ne rougissait pas de descendre de voiture pour réciter en pleine rue l'Angelus en l'honneur de Marie.
Saint Vincent de Paul, en quelque société qu'il se trouvât, même à la cour, aussitôt qu'il entendait sonner l'Angelus, se recueillait un instant et se mettait à genoux.
Lorsque sainte Germaine entendait au milieu du jour sonner l'Angelus au clocher du village, un sentiment indéfinissable de pure et sainte allégresse s'emparait de son cœur ; elle quitte à l'instant sa quenouille et son fuseau pour se prosterner à genoux, récitant avec bonheur cette belle prière que les anges nous ont apprise et qui de siècle en siècle, de générations en générations, est répétée plusieurs fois chaque jour par les enfants de l'Eglise. Rien ne pouvait arrêter l'ardeur de sa piété ; que la terre fût couverte de neige, que la pluie tombât par torrents, qu'elle se trouvât dans les sentiers fangeux du village, peu importe, sa dévotion envers Marie et le premier son de la cloche
marquaient la place où sa prière devait monter vers la Reine des Vierges.
Ne manquons pas d'imiter les Saints et de réciter tous les jours Y Angélus avec fidélité, piété et confiance.