‹ áA mes prãetresChapitre 5 sur 35 · DISENT DE MARIE · texte numérisé non relu

DISENT DE MARIE

Que de choses aussi admirables que consolantes ont dit de Marie ceux qui ont vécu sur les sommets de la sainteté ! Jamais ils n'ont été plus éloquents et plus heureux, comme ils l'avouent eux-mêmes, que lorsqu'ils ont parlé de leur Mère du ciel.

Tous ont été unanimes à proclamer que la hauteur de ses mérites, qu'elle a élevés jusqu'au trône de la Divinité, ne se peut percevoir ; que la largeur de sa charité, plus étendue que la terre, ne se peut mesurer ; que la grandeur de sa puissance, qu'elle a jusque sur Dieu même, ne se peut comprendre, que la profondeur de ses vertus qui sont un abîme ne se peut sonder.

Les plus grands docteurs, les hommes les plus pieux qui aient jamais existé ont considéré Marie comme la personnification

de la Sagesse créée et ils lui ont consacré toute la puissance de leur génie, ils ont écrit et proclamé d'elle des choses merveilleuses.

Tous affirment avec l'Eglise qu'il ne tombe pas du ciel sur la terre une seule grâce sans que cette grâce ne passe préalablement par les mains de la Très Sainte Vierge. C'est par elle, disent-ils, que nous a été donné Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre foi ; c'est par elle que nous arrivent tous les bienfaits surnaturels qui sont comme la conséquence et l'épanouissement de l'Incarnation et de la Rédemption. De même que Dieu a fait un assemblage de toutes les eaux en un lieu appelé la mer, de même il a fait l'assemblage de toutes les grâces dans un cœur, le cœur de Marie. Et c'est là dans ce cœur qu'il faut aller puiser les secours nécessaires pour se sanctifier et se sauver. " Marie, dit saint Bernard, est un aqueduc rempli et dont la plénitude se répand sur tous les hommes.

Tous affirment que la prière de Marie a plus de crédit que celle de tous les anges et de tous les Saints ensemble, que si tout le ciel priait à Fencontre de la Sainte Vierge, elle l'emporterait malgré tout, que Dieu ne peut détourner son visage de sa Mère ; enfin que si, par impossible, les prières d'une multitude n'était pas écoutée, le Fils de Dieu n'en exaucerait pas moins sa Mère.

Il y a dans les paroles et les écrits des Saints, nous disant ce qu'ils voient en Marie de piété, de miséricorde, de puissance, de bonté, de commisération, une lumière qui éclaire, une joie qui dilate, une paix qui rassure, une espérance qui relève.

Qu'il fait bon de relire cette belle page de saint Bernard qu'on ne lit jamais sans se sentir attiré vers Marie !

" Vénérons Marie de toute la moelle de nos cœurs, de toutes les émotions de nos entrailles, de toute la ferveur de nos vœux, parce que telle est la volonté de Dieu qui a voulu nous donner tout par Marie. . .

" Qui que vous soyez, ô vous qui comprenez qu'au milieu de l'océan de cette vie, vous marchez non sur la terre ferme mais au milieu des orages et des tempêtes, voulez-vous éviter un naufrage certain ? Ne détournez jamais vos yeux de cet astre éclatant.

" Si le vent de la tentation s'élève, si vous courez aux écueils de la tentation, regardez l'étoile, invoquez Marie.

" Si les vagues de la colère, de l'avarice, de la volupté secouent la barque de votre âme, vite, un regard vers Marie.

" Si l'immensité de vos fautes vous jette dans le trouble, si la laideur de votre conscience vous couvre de confusion, si l'horreur du jugement vous épouvante et que vous commenciez à vous plonger dans le gouffre de la tristesse et dans l'abîme du désespoir, pensez à Marie.

" Dans le danger, dans les plus fâcheuses extrémités, dans la mauvaise fortune, pensez à Marie, invoquez Marie ; que son nom ne quitte pas vos lèvres, que son souvenir ne quitte pas votre cœur. En la suivant, vous ne vous égarerez pas ; en la priant, vous ne désespérerez pas ; qu'elle vous soutienne, vous ne tomberez pas ; qu'elle vous protège, vous ne craindrez pas ; qu'elle vous conduise, vous ne vous fatiguerez pas ; qu'elle vous soit favorable, vous atteindrez le port du salut, terme heureux de votre difficile et périlleuse navigation.

" Jésus ne peut repousser sa Mère quand elle prie pour vous et toujours elle trouve près de Lui la grâce dont vous avez besoin, c'est-à-dire, le pardon et la persévérance. "

Et ce grand saint s'écrie encore : " Puisque telle est la volonté de Dieu qui a réglé que nous devons recevoir toutes les grâces par le ministère de Marie, ministère qu'elle exerce, il est vrai, non par droit de justice mais par privilège, non comme cause méritoire mais comme dispensatrice de la grâce, vénérons, invoquons, aimons Marie de toute l'ardeur de notre cœur, de toute la tendresse de notre âme, de toute la véhémence de notre dévotion. "

Et la confiance du saint docteur en Marie était si entière qu'il ne craignait pas de dire : " O Vierge sainte, que celui-là ne parle plus de votre miséricorde, n'en fasse plus l'éloge, qui vous aurait invoqué en vain dans ses besoins et se souviendrait n'avoir pas été exaucé par vous ; sileat misericordiam tuam, Virgo beata, qui invocatam Te in necessitatibus suis sibi rneminerit dejuisse."

Qu'ils sont beaux les textes des saints docteurs qui ont aimé et qui veulent faire aimer Marie ! Ils emploient les comparaisons les plus expressives pour nous frapper davantage.

Suivant saint Bernard, elle est " le véhicule du ciel," " une arche de salut " dans laquelle dès qu'on s'y réfugie, on échappe sûrement au naufrage de la damnation, Arca in quâ naufragium evadimus. Il dit aussi que Marie est " le char qui nous transporte au ciel ; " elle est un " aqueduc mystérieux par où s'écoulent du ciel sur la terre tous les bienfaits de la Divinité," " le centre d'où partent tous les biens, gremium et centrum bonorum"

Suivant saint Augustin, elle est " l'espérance de ceux qui n'en ont pas."

Suivant saint Epiphane, elle est " une ressource assurée pour tous ceux qui l'implorent, une médiatrice puissante qui réconcilie les hommes avec Dieu, qui sollicite leur grâce et qui l'obtient, commune mundi propitiatorium."

Suivant saint Bonaventure, Marie est la porte du ciel et personne ne peut entrer dans le céleste séjour sans passer par elle. Il ne donne pas d'autres bornes au pouvoir de Marie que la toute-puissance de Dieu même.

Le dévot Louis de Blois parle à Marie en ces termes : " Tibi regni cœlestis cimes thesaurique commissi sunt, grande Reine, c'est à vous que sont confiés les trésors et les clefs du royaume des cieux." Aussi il veut que nous lui répétions cette prière de saint Ambroise : " Aperi nobis, ô Virgo, cœlum cujus claves habes, ouvrez-nous, ô Marie, les portes du paradis, puisque

vous en gardez les clefs et que, bien plus, vous êtes vous-même la porte du ciel, comme vous appelle la sainte Eglise : Janua cœli"

Les Saints appellent Marie " l'étoile de la mer ; " car, dit saint Thomas, comme les navigateurs se dirigent vers le port par le moyen des étoiles, ainsi les chrétiens sont guidés vers le paradis par le moyen de la Bienheureuse Vierge. Stella maris quia, sicut per stellam maris navigantes diriguntur ad portum, ita christiani diriguntur per Mariam ad paradisum.7'

Un de ces saints appelle Marie " l'ancre de notre salut." Quel est, dit-il, l'office de l'ancre ? Au milieu de la tempête, le pilote craignant que la violence des vents et des flots irrités ne le pousse contre des écueils, commande aussitôt de jeter l'ancre, et cette ancre lui fait trouver la consistance parmi les flots et comme un port assuré parmi les orages. Notre nature déchue connaît, à certaines heures, des tempêtes près desquelles celles qui bouleversent les mers ne sont rien. La barque qui la porte est fortement menacée ; mais si nous nous appuyons sur la Vierge Marie, rien ne pourra nous submerger. Les ondes pourront faire flotter ce vaisseau fragile, mais elles ne l'emporteront pas bien loin, parce qu'il sera appuyé sur cette ancre de l'espérance.

Quelques Pères de l'Eglise appellent Marie : "la ravisseuse des cœurs, raptrix cordium." On peut donc dire sans crainte :

" Elle prodigue ses faveurs A tous ses servireurs fidèles; Elle sait enlever les eœurs Par des douceurs toujours nouvelles. "

Saint Fulgence appelle Marie " l'échelle du ciel " parce que c'est par elle que Dieu est descendu du ciel sur la terre et que les hommes doivent obtenir de monter de la terre au ciel.

Et saint Anastase dit à Marie : " Vous avez été remplie de grâces afin que vous deveniez pour nous la voie du salut et la montée de la céleste patrie."

D'autres saints rappellent " le réservoir de tous les biens, promptuarium omnium bonorum." Marie, d'après eux, est le canal qui fait arriver les eaux fécondes du salut jusqu'à nous ; elle n'est pas la source, car elle-même a reçu tout de son divin Fils, mais il faut passer par elle pour aller à la source ; elle ne produit pas elle-même la grâce, puisque la grâce est une participation de Dieu, mais elle est la distributrice des grâces ; les flots divins du vaste Océan, qui est le Christ, suivent, pour venir jusqu'à nous, le fleuve virginal qui est Marie. De là cette parole si célèbre de saint Bernard : •' nulla gratia vernit de cœlo ad terrain nisi transeat per manus Mariœ, aucune grâce ne vient du ciel sur la terre sans avoir passé par les mains de Marie."

Lorsque Marie, dit saint Pierre Damien, va solliciter pour nous quelque grâce auprès de Jésus-Christ, cet aimable Fils a tant d'égards pour les prières de sa Mère et désire si vivement faire ce qui lui est agréable, qu'elle semble plutôt commander que prier et qu'elle a plus l'air d'être Reine que sujette."

Saint Antonin assure que non seulement elle ne peut être rebutée par le Seigneur, mais encore qu'il ne lui fait pas de grâce en exauçant ses prières, puisqu'il ne fait que s'acquitter d'un devoir indispensable. " Comment, ajoute-t-il, pourra s'opposer à votre puissance, la puissance de Celui qui est sorti de votre sein ?"

Aussi, dit saint Bernardin, tous les dons, toutes les vertus, toutes les grâces sont dispensées par les mains de Marie à qui elle veut, quand elle veut et comme elle veut.

Ecoutons comment saint Antonin fait parler Marie : "Je suis auprès de mon Fils afin que, quand Dieu, irrité par les péchés des hommes, menace de bouleverser le monde par un déluge de maux, je puisse me présenter devant Lui comme l'arc en ciel, lui rappeler sa promesse, le rendre propice à tous et l'empêcher de détruire la terre."

Quelle confiance alors ne devons-nous pas mettre en Marie. Aussi saint Germain, reconnaissant en Marie la source de tout bien et la délivrance de tout mal, la priait en ces termes: " O ma Souveraine, je trouve en vous seule la consolation que Dieu m'envoie, l'étoile qui me dirige dans mon pèlerinage, ma force dans la faiblesse, ma richesse dans l'indigence, mon remède dans les blessures, mon soulagement dans les douleurs, ma délivrance dans les chaînes, l'espérance de mon salut. Exaucez mes prières, je vous en conjure, ayez compassion de mes soupirs, vous qm êtes mon refuge, ma vie, mon secours, mon espérance, ma force."

Et le pieux Louis de Blois avait raison de s'écrier : " O Marie, vous qui êtes si aimable et si généreuse envers ceux qui vous aiment, quel sera l'insensé, le malheureux qui ne vous aimera point ? Vous éclairez l'esprit de ceux qui recourent à vous dans leurs doutes et leurs embarras ; vous consolez dans leurs afflictions ceux qui se confient en vous ; vous secourez ceux qui vous invoquent dans le péril ; vous êtes auprès de votre divin Fils le salut assuré de vos serviteurs fidèles. Je vous salue donc, ô espérance des désespérés, secours des abandonnés ! O Mère de Dieu, vous êtes toute puissante, puisque votre Fils veut vous honorer en faisant à l'instant tout ce que vous désirez."

Ecoutons donc, dit saint Alphonse de Liguori, la voix de notre Mère qui nous engage à devenir comme de petits enfants, à toujours nous tenir près d'elle et à l'invoquer dans tous nos besoins. Si quis est parvulus, veniat ad me. (Prov., tx, 4.) Les petits enfants ont sans cesse à la bouche le nom de leur mère ; dans tous les dangers qui les menacent, à la moindre crainte qui les saisit, on les entend s'écrier, ma mère, ma mère ! Ah ! douce Marie, tendre Mère, c'est là précisément ce que vous désirez de nous ; vous désirez que, comme vos enfants, nous vous appelions à notre secours dans tous les périls, parce que vous voulez nous protéger et nous sauver, comme vous l'avez toujours fait quand vos enfants ont eu recoure à vous."

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