LES PÉCHEURS ET MARIE
Mais nos péchés no sont-ils pas de nature à diminuer notre confiance en Marie ? " Nullement, répond saint Alphonse, car elle est la Mère de miséricorde ; or la miséricorde ne peut s'exercer que là où se trouvent des misères à soulager. Si la vue de nos péchés nous épouvante et nous décourage, souvenonsnous que Marie a été établie Reine de miséricorde pour sauver, par sa protection, les pécheurs les plus coupables qui recourent à elle."
Les pécheurs ne doivent donc pas perdre confiance. Saint Basile dit que Notre-Seigneur nous a donné Marie comme un hôpital public où peuvent être reçus tous les malades qui sont pauvres et dénués de toute autre ressource. Aperuit nobis Deus pubUcum valetudinarium.
" Or, dit saint Alphonse, dans les hôpitaux destinés spécialement pour les pauvres, je le demande, quels sont ceux qui ont le plus droit à être admis, si ce n'est ceux qui sont plus pauvres et plus malades ? Par conséquent plus on se trouve misérable, parce qu'on est plus dépourvu de mérites et plus accablé sous le poids des maux de l'âme, qui sont les péchés, plus on est en droit de dire à Marie : Auguste Dame ! vous êtes l'asile des pauvres malades ; ne me rejetez donc pas, puisque, plus pauvre et plus malade que les autres, je n'ai que plus droit à être reçu de vous. "
De même saint Ephrem dit à la Bienheureuse Vierge : " Vous êtes Tunique avocate des pécheurs et de ceux qui sont privés de tout secours. Ave, peccatorum refugium et hospitium. Je vous salue, ô refuge des pécheurs ; c'est bien en vous seule qu'ils peuvent trouver un asile."
Les pécheurs peuvent donc lui dire avec saint Thomas de Villeneuve : "O Marie, nous autres, pauvres pécheurs, nous ne connaissons pas d'autre refuge que vous ; vous êtes l'unique
espérance sur laquelle nous comptons dans l'affaire de notre salut ; vous êtes auprès de Jésus-Christ Tunique avocate vers laquelle nous pouvons tourner nos regards."
Saint Guillaume est allé même jusqu'à dire à ce sujet : " Souvenez-vous, ô Marie, que vous n'avez été élevée à la dignité de Mère de Dieu que pour sauver les pécheurs. Souvenez-vous que c'est aux pécheurs que vous devez et votre gloire et l'abondance des grâces dont vous jouissez. Sans nous, misérables coupables, vous ne seriez pas ce que vous êtes. Vous nous devez donc de prier pour nous et de ne pas nous laisser loin du bon Dieu. Non, ce n'est pas sans une grave raison que l'Eglise vous appelle, l'avocate, le refuge, le secours perpétuel des pécheurs et qu'elle nous dit avec tant d'insistance : Allez à Marie, priez Marie, attendez tout de Marie."
" Cette bonne Mère, dit le Bienheureux Grignon de Montfort dépêcherait des bataillons de millions d'anges pour secourir un de ses enfants, plutôt qu'il ne fût jamais dit qu'un serviteur de Marie qui s'est confié en elle succombât à la malice, au nombre et à la force de ses ennemis."
" Je sais bien, dit un autre saint, que Dieu ne pardonne qu'au repentir, mais ce repentir, c'est vous, ô Marie, qui le faites naître dans l'âme coupable. Emue de pitié, vous multipliez autour de cette âme tout ce qui peut la ramener à Dieu : c'est le remords que vous éveillez en elle et qui la torture ; c'est la peur de Dieu qui est sur le point de la punir ; ce sont les souvenirs d'une enfance pieuse, d'une mère aimée ou d'une amitié sainte que vous lui rappelez ; ce sont des promesses de joie et de paix que vous faites espérer. Ah î que vous êtes ingénieuse, ô Marie, pour attirer le pécheur à Dieu ! "
Il est certain que Marie ne mettra pas au ciel des pécheurs qui en sont indignes ; mais elle leur obtiendra toutes les grâces nécessaires pour les en rendre dignes. Nous pouvons faire le bien ou faire le mal, c'est vrai ; mais la foi nous apprend que Dieu, sans nous enlever notre liberté qu'il respecte, peut cependant, par sa grâce, la diriger, en obtenir tous les actes de
vertu qu'il désire ; car les cœurs et les volontés sont dans sa main toute puissante.
Dépositaire de toutes les grâces de Dieu, Marie dont la tendre sollicitude veille continuellement sur ses serviteurs, peut, sans leur enlever la liberté, les soutenir dans la vertu, les éloigner du vice ; et si elle n'écarte pas de leur tête tous les périls, si même elle n'empêche pas toutes les chutes, elle les préserve de la chute éternelle ; de sorte que, au moment de paraître au tribunal du Souverain Juge, les serviteurs de Marie sont en état de recevoir une sentence favorable.
Et si, avant de mourir, ils se trouvaient en mauvais état, elle est assez puissante pour leur obtenir le repentir de leurs fautes, une sincère conversion et même, au besoin, la prolongation de leur vie pour faire pénitence.
Marie a dit à sainte Brigitte, et l'Eglise nous autorise à accepter cette parole: " Il n'est pas une âme si maudite qu'elle soit à qui ma miséricorde fasse défaut si elle a recours à moi ; il n'est pas un coupable qui, en m'invoquant, ne puisse revenir à Dieu et obtenir son pardon. Malheur, ajoute la Sainte Vierge, à celui qui, le pouvant avec tant de facilité, n'a pas recours à ma miséricorde."
Comme elles sont consolantes ces paroles de saint Alphonse de Liguori ! " Quand un pécheur qui a un désir sincère de s'amender reste fidèle à invoquer la Mère de Dieu, je soutiens qu'il est moralement impossible qu'il se damne. "
Et le saint de continuer : " Comment se pourrait-il donc qu'un serviteur de Marie vînt à se perdre ? C'est un pécheur, dira-t-on. Eh bien ! qu'il continue à implorer cette bonne Mère et qu'il ait en même temps la volonté de se convertir, Marie prendra à cœur de lui obtenir la lumière nécessaire pour sortir de son misérable état, la douleur de ses péchés, la persévérance dans le bien et finalement une bonne mort. Oh ! que de pécheurs obstinés nous voyons chaque jour ramenés à Dieu par Marie, cet aimant des cœurs, comme elle s'appelle elle-même quand elle dit à sainte Brigitte : de même que l'aimant attire le fer,
ainsi j'attire à moi les cœurs les plus endurcis pour les réconcilier avec Dieu."
Aussi saint Hilaire affirme à son tour que le pécheur, quelque grand qu'il soit, ne peut périr s'il reste dévot à la Sainte Vierge Quantum cum que quis fuerit peccator, si Mariœ dévolus extiterit, numquam peribit.
Et saint Anselme de s'écrier : " O Marie, comblée de bénédictions, comme il est impossible que celui-là se sauve qui se tient loin de vous et dont vous détournez les yeux, ainsi est-il impossible que celui-là se perde qui recourt à vous et sur lequel vous abaissez le regard."
Tous les Saints qui ont écrit sur la Sainte Vierge enseignent la même vérité.
" Saint Ephrem appelle la dévotion à Marie un sauf-conduit qui nous garantit de l'enfer. O pécheur, dit-il, ne te désespère pas, ne cesse jamais dans ta misère de recourir à Marie ; appelle-la à ton secours ; toujours tu la trouveras disposée à te venir en aide ; car telle est la volonté de Dieu que nous recevions de Marie appui et protection en toute circonstance."
" Si le Seigneur, s'écrie saint Bonaventure, est irrité contre un pécheur que Marie prend sous sa protection, elle retient le bras de son Fils, afin qu'il ne le châtie pas. Aucune créature, ajoute le saint, ne pourrait mieux que Marie s'avancer jusqu'à mettre la main sur le glaive de la justice divine pour l'empêcher de frapper les coupables ... Il y a une neuvième béatitude à ajouter aux huit proclamées par Jésus-Christ, c'est celle-ci : heureux ceux qui se sont confiés en Marie ; leur nom est inscrit au livre de vie."
Saint Germain tient ce langage qui doit encourager les pécheurs à se recommander à cette puissante Avocate : " O Marie, comme vous avez l'autorité d'une mère auprès de Dieu, vous obtenez le pardon aux plus grands pécheurs ; car le Seigneur vous reconnaissant toujours pour sa vénérable Mère, ne peut s'empêcher de vous accorder tout ce que vous lui demandez."
C'est cette pensée qu'exprime ce vers bien connu dans lequel il est dit que Marie peut par ses prières tout ce que Dieu peut par sa volonté :
" Quod Deus imperio, tu prece, Vif go, potes '' " Dieu peut tout, s'il commande, et vous, si vous priez."
Lisez aussi ces paroles d'encouragement dites par saint Basile : " Ne perds pas confiance, ô pécheur, mais en toute circonstance recours à Marie et invoque-la. Tu la trouveras toujours prête à te recevoir ; car c'est la volonté de Dieu qu'elle nous aide dans tous les besoins. Cette Mère de miséricorde a un tel désir de sauver les pécheurs les plus désespérés qu'elle va les chercher elle-même pour les secourir et s'ils implorent son assistance, elle sait bien trouver le moyen de les rendre agréables à Dieu."
" Nous concevons parfois, dit le cardinal Pie, de terribles anxiétés concernant la grande affaire de notre salut, de notre prédestination. Qui peut dire : Je suis au nombre des élus, des prédestinés ? Voilà, au jugement de saint Bernard, le sujet de notre grande, de notre douloureuse perplexité sur la terre. Toute la tradition des Pères et des Docteurs vous répond : la dévotion à Marie est la marque la plus certaine du salut et la théologie, par ses oracles les plus autorisés, donne des raisons profondes.
" Voulez-vous savoir si vous êtes inscrits au livre de vie ? Je vais vous l'apprendre, autant qu'il est permis ici-bas. Allons chercher votre nom . Où donc ? Dans l'entendement du Père ? Non ; ce livre est inaccessible ; il est fermé. Mais peut-être saurons-nous lire dans le cœur de Marie. Tous ceux dont le nom est inscrit là sont des prédestinés, tous ceux qui appartiennent à Marie appartiennent à Jésus. Et comment lirai-je dans le cœur de Marie ? Comment ? En lisant dans le vôtre. Oui, si vous aimez Marie, elle vous aime ; si son nom est gravé au fond de votre cœur, le vôtre est également gravé au fond du sien. Or le cœur de Marie est la copie authentique du livre
de vie. Voilà pourquoi PJEglise est unanime à proclamer que la dévotion à Marie est le signe le plus assuré de prédestination."
Quiconque aime cette bonne Mère et se met sous sa protection, peut donc se dire avec saint Bonaventure : " O mon âme, que crains-tu ? La cause de ton salut éternel ne peut se perdre, puisque la sentence est laissée à la décision de Jésus qui est ton Frère et de Marie qui est ta Mère. Avec quelle certitude ne dois-je pas espérer, quand je vois l'affaire de mon salut entre les mains d'un Frère si bon et d'une Mère si compatissante!
Et le même saint affirme que lorsque ceux qui ont aimé Marie sont sur le point de mourir, elle envoie à son secours saint Michel et tous les anges dont il est le chef. Elle leur ordonne d'aller les défendre contre les tentations du démon et de recevoir les âmes de tous ceux qui n'ont pas cessé de se recommander d'une manière spéciale à sa protection. Même saint Jérôme affirme que Marie non contente de secourir ses serviteurs au moment de la mort, vient elle-même au devant d'eux, lorsqu'ils passent à l'autre vie, pour les encourager et les accompagner au tribunal suprême. Cette Reine pleine de tendresse, les présente elle-même à leur Juge qui est son Fils. En leur donnant ainsi son appui, elle leur obtient infailliblement la grâce du salut.
Un grand serviteur de Marie, lui qui avait tant prêché cette doctrine consolante, lui qui se disait disposé à faire l'échange de toute sa science contre le mérite d'un seul Ave Maria, ressentait sur son lit de mort une telle allégresse qu'il s'écriait : " Je ne pensais pas qu'il fût si doux de mourir." Jamais il ne se serait imaginé, et il avait besoin de l'apprendre par expérience, qu'on pût mourir avec tant de bonheur.
La consolation que nous donne cet enseignement des Saints, nous la trouvons exprimée dans ces belles strophes d'une hymne composée par le Bienheureux Hermann :
Ecce ad Te c&nfugio, Virgo, nostra salvabio, Fons salutis et veniœ, Mater misericordiœ.
Nullus enim confundelur Sicut reor, nec perdetur Qui se tibi commendabit Qui te pure invocabit.
llle potest desperare Qui Te non vult invocare ; Tota enim nostra salus A Te sola progrediiur.
Nonquam possum desperare Si Te volo invocare ; Fer Te enim me salvari Per Te credo reparari.