‹ Aa pays des ajoncsChapitre 15 sur 37 · PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PRÉLUDE

O ma jeunesse à Vœil si vif, aux gestes prompts, Tu u\i pas oublié la peine qui fut nôtre.

Marguerites des prés et pervenches des bois Étoilaient à Venvi ta chevelure brune... Ah! dans ces longues nuits que fleurissait la lune, Quil a passé de pleurs entre tes petits doigts /

Le page qui, tremblant, tenait ta lourde traîne Ua bien su, mais jamais il n'en aurait rien dit. A voir ta bouche close il était interdit; Pour or ni pour argent il n'eût trahi sa reine.

Jeunesse, ma jeunesse, avons-nous bien lutté? Avons-nous bravement tenu tête à V orage ? Sourire en plein tourment, n est-ce pas du courage ? Quand nous agonisions, nul ne s'en est douté.

Le printemps, à sa cour, aimait a nous entendre; Vaube accueillait gaîment nos rires ingémis. Nous avons tant chanté quon nous a méconnus. Et beaucoup n'ont pas vu ce que j'avais de tendre.

Qu'importe ? En vérité, c était là le bon temps, Le temps de la bataille et le temps des verveines ; Un sancr vermeil et chaud nous courait dans les veines. Un beau songe de gloire enflait les combattants.

Maintenant, tout est morne et tout se décolore ; Les roses du parterre ont un parfum d'adieu, Et dans ce triste ciel, qui fut un jour si bleu. Pas un seul n^est resté des voiles de V Aurore.

Résigne-toi, mon cœur. Il ne faut plus aimer. Ne cherche pas à voir où le soleil se lève. Regarde: celle-là qui fut ton dernier rêve. Ses yeux délicieux sont prêts à se fermer.

La fleurette d'antan n'est plus à son corsage. Le bois ne s^ émeut plus de soit rire argentin. Fa. Sans même un murmure, accepte ton destin. Lorsque la nuit est proche, il convient d'être sage.

Page 1