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PRISE D'HABIT

i'RJSH D'HABIT

La chapelle était sombre en ce matin charmant, Et tout y défaillait de langueur amoureuse. Or et rubis, la châsse de la Bienheureuse Au pied du grand autel scintillait vaguement.

En ce matin d'été la chapelle était sombre, Sombre comme la mort et l'éternel amour ! Des Christs agonisants se levaient tour à lour, Montraient leur cœur saignant et retombaient dans

[l'ombre.

Il8 AVANT I.E SOIR

Des feux rouges partout trouaient Tobscurité ; Partout des feux errants et de petites flammes, Et c'était, semblait-il, comme une fuite d'âmes Encore à mi-chemin du royaume enchanté.

Un blanc rais de soleil au coin d'une verrière Apparut un instant et puis s'évanouit.

Ainsi qu'une bourrasque au milieu de la nuit Il s'éleva soudain un grand vent de prière.

Et le prêtre parla, parla très doucement ; Ses paroles avaient le charme d'un cantique. Il dit le tendre éclat de la rose mystique Et l'infini bonheur de souffrir en aimant.

O la bonne nouvelle et le divin message Qu'apportait à la terre un envové des cieux ! O miracle ! Au-devant de l'époux radieux On voyait, lampe en main, courir la vierge sage.

Voici qu'a disparu l'univers abhorré.

Plus haut, toujours plus haut, vers l'azur et le rêve, Plus haut sur la montagne où le soleil se lève. Où croissent les lys blancs dans le matin doré !

Et comme soupiré par des voix très lointaines, Un air tendre et plaintif s'éleva du saint lieu.

PRISE d' HABIT 119

Chœur céleste ! Cétaient les servantes de Dieu Qui cclcbraient l'Amour autour des sept fontaines.

L'instant irréparable approche. Il a passé Comme un souffle inconnu venu d'un autre monde. C'est le vent des hauteurs qui bat la mer profonde. Silence ! Le mystère a déjà commencé.

Lentement, lentement, la grille s'est ouverte. Pareil au jardin clos que garde un Séraphin, Le Sanctuaire unique apparait à la fin. J'ai vu le sacrifice et la brebis offerte.

Dans les chants et les fleurs, parmi l'or et Tencens, On amène la vierge au roi qui la désire. Aux portes du triomphe elle hésite et soupire : Son âme tremble toute en ses yeux innocents.

Une voix l'appela dès sa première enfance, Une voix d'au delà qui pariait d'infini. Un trait d'or la frappa qu'elle a toujours béni. Son cœur silencieux se trouva sans défense.

Elle fuyait au bois comme un chevreuil blessé. Le meilleur de sa joie était fait d'épouvante;

Elle disait : « Seigneur, voyez votre servante. Quel cœur chétif, ô Dieu, vous avez ramassé !

Je suis venue à vous quand vous m'avez fait signe. Hélas ! je ne suis rien ; je ne puis qu'adorer. Laissez-moi seulement vous aimer et pleurer Au seuil du Paradis dont je ne suis pas digne. »

Alors le Roi des rois, le Maître triomphant, Se penchait doucement sur la vierge ravie, Et, pour mieux l'aguerrir aux combats de la vie, La prenait par la main comme un petit enfant.

Maintenant, c'en est fait des dernières batailles. L'amour a triomphé, Tamour terrible et doux. L'enfant élue avance au-devant de l'époux, Elle porte à son doigt l'anneau des fiançailles.

Mais avant de toucher aux degrés du palais Où s'épanouira son âme de tendresse, Il lui faut dépouiller cette chair pécheresse Et mourir un instant pour revivre à jamais.

Sous le morne drap noir je l'ai vue étendue, Tremblante comme ceux qu'attend le jugement. J'ai compris l'abandon de ce cœur trop aimant. J'ai surpris le secret de cette âme éperdue.

PRISE d'habit 121

Autour psalmodiait, lugubre, un choeur voilé ;

Les cierges vacillaient sur le drap d'agonie.

Les sœurs priaient. Leurs chants, d'une angoisse infinie,

Semblaient le dernier cri de l'amour exilé.

Morte? Oh! n'en croyez rien. Car dés la première heure Les messagers d'en haut se sont mis en chemin, Et dans l'or et l'azur, pour lui tendre la main. L'époux vient au-devant de l'épouse qui pleure.

Morte ? Non. Car ce cœur, ce cœur anéanti Sait bien qu'il va renaître à la pure lumière. Nul hiver n'a froissé cette rose trémiére. Elle s'ouvre à Celui qui n'a jamais menti.

Morte ? non. Mais vivante et frissonnante encore. La nuit n'a pas éteint le mystique flambeau. L'Orient s'illumine au delà du tombeau, Et j'ai senti passer les brises de l'aurore !

O compagne de mon enfance, ô tendre sœur. Vous avez bien choisi. Votre part est la bonne.

Poursuives sans regret, aux pieds de la madone, Votre rêve éternel d'amour et de douceur.

Vous aviez vu combien notre joie était brève, Que tout bonheur se fane après qu'on l'a saisi. O ma sœur, ô ma sœur, vous avez bien choisi, Vous nous laissez la vie et vous prenez le rêve !

Vos regards s'en allaient vers un autre soleil. Vos pieds n'étaient pas faits pour toucher notre fange. Vous entendiez encor les paroles de l'ange Enchanter doucement votre premier sommeil.

Aucune volupté ne vous prit à ses charmes ; Vous pleuriez votre exil en regardant les cieux. Vos vœux sont accomplis en ce jour merveilleux. Voici la maison close et le jardin des larmes.

Croissez, rose timide, en ce jardin fermé Où viennent expirer tous les bruits de ce monde. Abreuvez votre soif à la source profonde ; Ecoutez, dans la nuit, les pas du Bien-Aimé.

Il sait votre humble amour et votre vigilance Et que vous l'attendez comme un maître jaloux. Préparez votre cœur pour qu'il habite en vous. Il vous répondra mieux dans ce divin silence.

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