‹ Aa pays des ajoncsChapitre 17 sur 37 · LE NOËL DU VAGABOND · texte numérisé non relu

LE NOËL DU VAGABOND

Il gèle, et le soir tombe, un soir lugubre, un soir Plein de values sani^lots et de voix désolées. En plein bois, sous un chêne aux branches mutilées Le vagabond, déjà fourbu, s'est laissé choir.

Las d'avoir tant marché vers un but qu'il ignore, Il écoute, stupide, au loin souffler le vent. Il regarde, mort à demi, comme en rêvant, Au jardin de la nuit les étoiles éclore.

Vont-elles se pencher vers le déshérité Et lui rendre, un instant, Tespérance perdue ? Non, leurs froides lueurs sillonnent l'étendue Sans qu'en ses mornes yeux s'allume une clarté.

Il songe et, lamentable en ses loques infâmes, Sa vie errante et louche a surgi devant lui, Cette vie effrayante où jamais n'aura lui Un rayon du soleil qui réchauffe les âmes.

Avait-il des parents ? 11 ne s'en souvient plus. A-t-il eu seulement une heure de tendresse ? L'oubli, s'il l'a trouvé, ce n'est que dans l'ivresse, Et la vieillesse arrive avec ses doigts perclus.

En vain le prisonnier s'est enfui de la geôle, Sa chaîne tous les jours s'allonge d'un anneau, Il se traîne à jamais, sinistre chemineau, Par les routes sans fin, la besace à l'épaule.

Le froid redouble, et c'est nuit pleine maintenant.

Sous la rage du vent, toute la forêt crie.

Tout à coup une grêle et claire sonnerie

De quelque vieux clocher s'envole en frissonnant.

Au travers des fourrés, tremblotent des lumières.

Des pas lourds... Qu'est-ce donc, et n'a-t-on pas chanté?

Dans le noir se devine un villao:e en oraieté ;

On pourrait voir du feu dans toutes les chaumières.

« Noël ! Ah ! c'est Noël, gronde le vagabond, La messe de minuit î Le réveillon est proche.

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Pour faire honneur au cidre, il est temps qu'on décroche Le lard friand qui sèche aux poutres du plafond.

Heureux ceux qui vont boire en cassant une croûte î Moi, j'ai faim, toujours faim, toujours soif, et pourquoi ? Qu'ai-je fait ? La misère est collée après moi. Je mourrai comme un chien, quelque part, sur la route.

Noël a-t-il jamais rien mis dans mon sabot ? Il ne fait de cadeaux qu'aux riches. Dieu me damne ! Pourtant la Vierge et son moutard, le bœuf et l'âne !... La messe de minuit, c'était rudement beau ! »

Soudain le vent s'est apaisé ; la neige tombe. Une lune falote illumine le bois.

La neige, lentement, couvre l'homme aux abois ; Elle lui fait un lit aussi doux que la tombe.

Il ne s'aperçoit pas que son bras s'est raidi. Est-ce le bon sommeil ou l'éternelle veille ? Une torpeur le prend, et voici qu'ô merveille! Devant ses yeux fermés une ville a grandi.

C'est bien loin, tout au fond d'une étrange campagne. Telle que d'ordinaire on n'en voit qu'en dormant. Ses outils sur l'épaule, habillé pauvrement. Un homme, déjà mûr, marche avec sa compagne.

Oh ! qu'elle est délicate en son vêtement bleu !

Et candide ! A la voir on dirait une Vierge.

Tous deux sont bien joyeux, dès qu'apparaît l'auberge.

L'homme frappe à la porte, à la grâce de Dieu.

« Voici qu'il se fait tard. Ouvrez-nous, je vous prie ! Nous sommes gens de peu, mais d'honnête métier. Je me nomme Joseph et je suis charpentier. Celle-ci, c'est ma femme ; on l'appelle Marie.

Regardez sa pâleur. Elle est prés d'accoucher. » Une voix du dedans grommelle : « Truandaille ! Croyez-vous qu'on reçoive ici les rien-qui-vaille ? Allez, vous ferez mieux, gredins, de vous cacher. »

A la seconde auberge : « Acceptez-nous, bon maître ! Nous venons de si loin que nos pieds sont en sang. Voyez : ma femme est grosse et le cas est pressant. Notre petit enfant. Monsieur, demande à naître. »

Quelqu'un s'est mis à rire : « Ah ! ah ! ah ! mes amis, Pourriez-vous par hasard suffire à la dépense ? Il faut du bel argent pour s'arrondir la panse. On n'héberge céans que les clients bien mis. »

Pour la troisième auberge, oh ! qu'elle a l'air bourrue ! Joseph a joliment salué l'hôtelier.

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Mais, lui grogne ; son ton n'est guère hospitalier : « Au large, fainéants, vous encombrez la rue ! »

Les pauvres campagnards sont de plus en plus las. On s'attroupe : « Ah ! ça, mais que fait donc la police ? C'est un filou, dit-on, et l'autre est sa complice. A VHôtel de la Cloche^ ils ont volé des plats. »

Trente dogues aboient contre eux. Gare aux morsures ! Un gamin les assaille à grands coups de bâton. D'une fenêtre basse un affreux marmiton Leur verse sur la tête un panier d'épluchures.

Par bonheur, un bon vieux les a pris en pitié :

« Suivez-moi, pauvres gens ! Votre sort me fait peine.

Il n'est pas élégant, l'hôtel où je vous mène.

Ce que j'offre, du moins, c'est de grande amitié. »

Les voilà maintenant sur le foin d'une étable. Le vagabond les voit, les touche, les entend. Ils se tiennent la main sans se plaindre, .et pourtant L'abri qu'ils ont trouvé n'est pas trop confortable.

Par la lucarne ouverte, ils écoutent la nuit.

Le froid vient de partout. Ils n'y prennent pas garde.

Un petit âne gris, dans un coin, les regarde ;

Un bœuf est à côté, qui renifle à grand bruit.

Enfin, elle a fleuri, la douce marjolaine ! 11 est enfin venu, l'enfant prédestiné ! L'âne amuse de ses hi-hans le nouveau-né ; Le bœuf le réconforte avec sa chaude haleine.

Celui qui vient de naître est le Roi tout-puissant. Hélas ! pour l'accueillir, on n'avait pas de langes. Il est nu. Mais déjà la musique des anges Eclate, triompliale, au ciel resplendissant.

O miracle d'amour ! O glorieux mystère ! Voici l'aube divine et le jour sans pareil ! Peuples, éveillez-vous de votre lourd sommeil ! Fleuris-toi d'allégresse, ô face de la terre !

Un soleil inconnu surgit à l'horizon. L'esprit de sacrifice a vaincu la souffrance. Esclaves, levez-vous : voici la délivrance ! Ecoutez s'écrouler les murs de la prison !

Et l'Etoile a paru qui précède les mages ; Les bergers, dans les champs, se sont mis à genoux. Ils se disent entre eux : « Compagnons, hâtons-nous ! La Vierge et son poupon attendent nos hommages. »

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