AU PAUVRE LÉLIAN
Ame iiiè prisée.
Tu myoïiiicrus ; lui lin Elysée Tu rejh' Il rirai.
Paul Viiui.MXE.
O pauvre Lclian, mon merveilleux ami, Toi dont je garderai tendrement la mémoire, Toi le malheur et toi la honte, toi la gloire, Te voilà donc, mon frère, à jamais endormi.
Je t'ai vu, l'autre jour, dans la chambrette blanche Où, si tranquille et doux, tu semblais reposer; Tu n'as plus maintenant la crainte du baiser ; Tu n'es plus désormais l'oiselet sur la branche.
Q.UC la horde cruelle et folle des amours Tourbillonne et piaille au verger des mensonges, Qu'un rais de volupté trouble nos pâles songes, Que t'importe aujourd'hui ! tu dors, et pour toujours.
Tu n'étais qu'un enfant qui chantait sur la lande, Les cheveux dans le vent, dés le soleil levé ; Un besoin d'infini t'a soudain soulevé, Et tu t'es embarqué, chétif, sur la mer grande.
Tu n'étais qu'un enfant qui chantait sur la mer. Sans crainte de l'embrun ni souci de l'orage ; Aux pierres des récifs ta barque a fait naufrage. Et ton cœur devint douloureux, jamais amer.
La tempête grondait sous tes paupières closes. Un feu te dévorait qu'attisait le démon, Mais tu flottais sur l'eau comme le goémon. Tu souriais encore à la fraîcheur des roses.
Oh, l'hallali, les chiens et la bête aux abois ! Tu gardais cependant quelque chose de tendre. Et quelle joie au crépuscule que d'entendre Le violon divin qui pleurait sous tes doigts.
AU PAUVRE LÉLIAX I39
Aux valets du bourreau tu servis de risée Ils ont en blasphémant partagé ton manteau, Mais celle qui dormait s'éveillera bientôt, Elle va rayonner au loin, la méprisée.
Libre aux pharisiens, engoncés dans l'argent. De cracher leur insulte à la face qui rêve. Au ciel resplendissant ton étoile se lève ; Tu peux les flageller de ton rire indulgent.
Le Dieu juste et clément qu'adora ton enfance.
Toute miséricorde et toute pureté.
Ce Dieu qui de son sang t'a déjà racheté
A vu qu'il t'avait fait une âme sans défense.
Ce Dieu vers qui l'amour mauvais t'a ramené. Ce Dieu qui t'avait fait une âme de folie, A bien lu dans ton cœur, noir de mélancolie ; Dés longtemps, j'en suis sûr, il t'avait pardonné.
Il accueille le pauvre et lui montre du geste La bonne hôtellerie où l'on ne soufl're plus ; Il t'aura fait asseoir à deux pas des élus. Il t'aura mis aux mains la viole céleste.
O pauvre Lélian, mon merveilleux ami, Chante encor, dans la mort, par delà l'étendue. Mêle la chanson triste à la plainte éperdue, Secoue, en sa torpeur, ce vieux monde endonni.