I.|^ AVAN'T I.F. SOIR
La nuit de Mai, la nuit d'éternelle tendresse : On ne sait quoi s'éveille au milieu des roseaux; Sous les chênes trapus où dorment les oiseaux ; Une plainte idéale erre de branche en branche ; Une apparition surgit, oh ! toute blanche, Avec, autour du front, des feuilles et des fleurs. Et c'est l'amour en joie et c'est l'amour en pleurs. O belle ! Vois ma peine et combien elle est grande, Pourquoi me refuser ton cœur ? Je le demande.
C'est la nuit folle avec un loup sur la figure,
La nuit d'heureux présage et de joyeux augure,
La nuit où, sans témoins, on pourra s'embrasser,
La nuit qui ne demande après tout qu'à danser.
— Veux-tu mon cœur ? Voici le mien . — Et tout s'embrase.
Le trouble qui s'éveille est pareil à l'extase,
Le rire qui s'égrène est voisin du sanglot.
Et les barques d'amour glissent au fil de l'eau.
De craintives lueurs scintillent sous les saules
C'est la nuit aux cheveux flottant sur les épaules,
C'est la nuit qui se pâme en écoutant le cor.
C'est la nuit chaude et claire et folle, tout en or !
C'est la nuit sans pudeur qui boit trop et qui chante, La nuit voluptueuse et d'ailleurs pas méchante,