‹ Aa pays des ajoncsChapitre 21 sur 37 · LA N'UIT · texte numérisé non relu

LA N'UIT

Toujours la jambe en l'air et la folie aux 3TUX, La nuit jeune et dansante et qui fait peur aux vieux. Elle allume un flambeau sur la nappe rougie, Et crie, en se tenant à peine : « A moi l'orgie ! » Aussitôt tout chancelle et tout semble crouler, L'oisea!u blanc du mystère est prêt à s'envoler, Mais de ses yeux hagards la folle me regarde, Et, tout épouvanté, je lui dis : « Ah ! prends garde. Toi, toi, la nuit ! tu mens ; honte à qui te poursuit. Bleu comme l'azur même est le cœur de la nuit. »

C'est la nuit horrifique, et la nuit maléfique

Où l'enfer s'est ouvert, où le diable trafique,

La nuit qui dans les fleurs nous verse le poison,

La nuit qui nous endort à jamais la raison.

C'est la nuit qui rit faux, c'est la nuit qui nous leurre.

C'est la nuit où l'on chante en attendant qu'on pleure.

C'est la nuit des remords et la nuit des sanglots.

Celle où Mary-Morgane apparaît sur les flots,

Celle où le désespoir est au fond de la joie,

La goule qui vous prend, la goule qui vous noie.

Arrière l'innocence et la pâle vertu !

Sur la plaine maudite un vent s'est abattu

Qui vous fait, malgré vous, frissonner jusqu'aux moelles.

Et dans l'azur honteux pâlissent les étoiles, Au château de la mort quel hôte est attendu ? Qui de nous va tomber dans le piège tendu ? La fille se prélasse et le voleur se cache, L'assassin sur la pierre aiguise encor sa hache, Et pourtant tout là-haut une flamme qui luit ! Oh ! qui dira jamais les crimes de la nuit ?

Et c'est la nuit sincère et la nuit véritable, La nuit où l'Enfant-Dieu naquit dans une étable, La nuit qui de très haut voit les hontes d'en bas, La nuit qui juge en paix, la nuit qui ne ment pas. Sous son regard tranquille ont passé tant de choses. Tant de rosiers sur l'onde ont eff'euillé leurs roses, Tant de chênes, hélas ! se sont découronnés. Tant d'amours éternels et de longtemps fanés ! Le poète qui rêve et l'amant qui soupire. Le bon et le mauvais, le meilleur et le pire N'éveillent en ses yeux ni pitié ni dégoût : De son manteau mystique elle recouvre tout.

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