MÉMOIRE DE JULES TELLIER
A LA MÉMOIRE DE JULES TELLIER (i)
L'ami dont aujourd'hui, sous un ciel attristé, Nous saluons la noble et douloureuse image, L'écrivain sans reproche à qui va notre hommage N'aura pas moissonné les roses de l'été.
Il s'est évanoui dans le vent et la brume. Sur la face du monde il ne fut qu'un passant. Il est mort plein de jours, encore adolescent, Ayant goûté la vie avec son amertume.
Pliant sous le savoir qui bouillonnait en lui, Comme une eau frémissante en son étroite vasque.
(i) Pièce lue, au Havre, à l'inauguration du buslc de Jules Tellicr
De chaque illusion il soulevait le masque, Sans pouvoir dissiper son incurable ennui.
Il avait déchiré trop tôt les derniers voiles ; Trop fort était le vin qui l'avait abreuvé ; Pour vivre de sa vie il avait trop rêvé ; Il s'était trop perdu dans le bleu des étoiles !
Du jardin de sa race il se sentait banni. Une âme vagabonde errait en ses yeux tristes. Et, quand le soir divin semait ses améthystes. Par delà le mystère il cherchait l'infini.
O compagnon parti pour le dernier voyage, Cher ami disparu dans la brume et le vent, Nous entendrons encor, nous entendrons souvent Ta voix qui nous parlait comme la voix d'un sage.
Si pour avoir aimé, si pour avoir souffert. Si pour avoir brûlé de ce feu qui dévore. Tu n'a pas vu jaillir des hauteurs de l'Aurore La gloire, t'apportant son laurier toujours vert,
Si la palme t'échappe avec la récompense, Que méritait un cœur tant de fois éprouvé, En sa grâce dolente et son inachevé, Ton œuvre sera chère à tout homme qui pense.