‹ Aa pays des ajoncsChapitre 28 sur 37 · SAINTE APOLLINE · texte numérisé non relu

SAINTE APOLLINE

JÉSUS, !^oiis lu fi^iifc d'un vieux iiiniilitiiil

Musique de Charles d: Sivry

ORATORIETTO

Saillie Apolline

On m'appelle Sainte Apolline, Je viens tout droit du Paradis ; Parmi les pauvres, les maudits, Je viens m'asseoir sur la colline.

Là-haut, au pays des élus, L'immense amour vous désaltère,

l8o AVANT LE SOIR

Mais comme on pleure sur la terre !

Le Paradis, n'en parlons plus.

Sainte Barbe

Je suis Barbe la Sybilline', Je viens du ciel resplendissant ; Parmi les hommes de mon sang, Je viens m'asseoir sur la colline.

Là-haut, dans l'or et dans le bleu.

Tout resplendit et tout flamboie.

Mais la terre a si peu de joie !

Au Paradis j'ai dit adieu.

Sainte Apolline Ma sœur !

Sainte Barbe

Que faites-vous ici ?

Sainte Apolline Quoi ? Sainte Barbe, vous aussi ?

Sainte Barbe Pourquoi venir sur la colline ?

Sainte Apolline

La harpe a beau soupirer.

Au ciel, sa plainte amoureuse,

LA RÉVOLTE DKS SAINTES l8l

Comment pourrais-je être heureuse Alors que j'entends pleurer ?

Ecoutez là-bas, là-bas, Cette plainte qui s'envole.

Pauvre enfant ! la voilà folle, Elle aimait, il n'aimait pas !

Saillie Barbe

Ecoutez le vent d'orage Qui s'élève sur la mer.

Ah ! ce cliquetis de fer !

Ces cris de haine et de rage !

En guerre ! sus au païen !

A mort, à mort ! tue, assomme !

Et pourquoi tuer ? Pauvre homme, A coup sûr tu n'en sais rien !

Saillie ylpoUiiie

Ma sœur, voyez, voyez. Mon cœur se serre. Ah ! mon Dieu ! que d'iniquité !

La vertu sous l'affront, le génie insulté ! Toujours l'éternelle misère ?

Sainte Barbe

Toujours le soufflet sur la joue

Du juste qu'on bafoue, Les lys, les lys blancs dans la boue !!!

Saillie Apolline

Au château du Paradis

L'ar52:ent ruisselle ; Tout chante, tout étincelle Au jardin du Paradis.

Sainte Barbe

Au château du Paradis

La joie éclate.

Les grands lys sont d'écarlate

Au jardin du Paradis.

Ensemble

Au château du Paradis L'amour demeure.

Restons au monde où Ton pleure ; Oublions le Paradis.

(Ici apparaU Jésus, sous la figure tVun uffrcux lucndiaiit, absolument exténué).

Jésus

Pardon, Mesdames, Je vous dérange.

Enseml>le

Oh ! nullement.

Jésus

Laissez-moi m'asseoir un moment, A vos cotés, jeunes femmes.

Sainte Apolline

Mon pauvre homme, vous semblcz las ; Vous venez de bien loin sans doute.

Jésus Oui, j'ai fait une longue route.

Sainte BarJje Asseyez-vous. Ne tremblez pas.

Jésus

A voir ces vêtements d'une toile si fine. Ces auréoles d'or, cette grâce divine,

Aiscmcnt on devine Que vous non plus vous n'êtes pas d'ici.

Sainte Apolline Soit, bon vieillard, n'en prenez pas souci.

Jésus

En vos yeux apparait comme une ombre adorable Du Paradis délicieux, Que faites-vous, créatures des cieux.

Sur cette terre ?

Sainte Barbe

Elle est si misérable !

Sainte Apolline Vous souffrez durement, vous-même, je le vois.

Jésus

Lorsque j'écoute votre voix

Toujours si tendre,

Je crois entendre Chanter les oiseaux des bois.

Dames de l'Aurore, Parlez encore.

Sainte Apolline

Ah! pauvre honnête créature, Je t'aime de grande amitié.

Ta misère me fait pitié ; Pourquoi donc est-elle si dure?

Sainte Barbe

Nous voudrions te secourir, Que ta vieille âme fût ravie.

Mais souffrir, hélas, c'est la vie !

Qu'y peut-on faire ?

Jésus

On peut mourir !

Sainte Apolline

La \'ierge même Au fond du ciel radieux, La \'ierge aux doux yeux, La Merge qu'on aime,

Sainte Barbe

Sainte Marie, Chaste lys immaculé,

l86 AVANT LE SOIR

Doux lys envolé Sur la mer fleurie,

Ensemble

La \'ierge même Oh ! lamentable chrétien, Crois-moi, n'y peut rien.

Non, rien.

Jésus Arrêtez ! duel blasphème !

Qci le mêiidiaiit se transfigure, Jésus apparaît dans son immortelle beauté).

Les deux Saintes ensemble Le Maître ! Ciel !

Sainte Apolline

Pardonnez-nous.

Sainte Barbe Nous voici, père, à vos genoux.

Jésus

Comme la joie, enfants, la douleur a ses charmes ; Par ce feu bienfaisant le cœur est épuré.

L'âme se sent meilleure après qu'elle a pleuré; Il n'est si doux trésor que le trésor des larmes.

Sainte Apolline

Jamais, ô divin Maître, . Nous n'avons réfléchi beaucoup !

Sainte Barbe

Comme l'agneau qui vient de naître Nous vous aimons et voilà tout !

Jésns

Allez tranquillement, allez, mes bien-aimées, Dans la verte forêt où croît le rameau d'or; Rentrez au Paradis, vous entendrez encor Les violes d'amour qui vous ont tant charmées.

Ensemble

LESSAINTES JÉSUS

L'aube se lève sous les branches, L'aube se lève sous les branches,

Cher pasteur, guiJcz vos brebis ! Rentrez, rentrez, chères brebis,

Nous reverrons les roses blanches Vous reverrez les roses blanches

Q.ui fleurissent en Paradis. Q.ai fleurissent en Paradis.

Au doux bercail de notre Père Au doux bercail de votre Père

Rentrons avec tranquillité. Rentrez avec tranquillité,

Gloire à Jésus en qui j'espère, Pour vivre il faut bien qu'on espère !

Gloire à la Sainte-Trinité ! Gloriliez la Trinité.

Page 1