L ALOUETTE
C'est Toiscau, gai, fier et libre, Qui ne connait rien de laid.
Oh ! Dieu, combien je t'envie, Alouette, douce à voir, Et qui ne veux rien savoir Des hontes de notre vie !
Belle amoureuse du bleu, Ne regarde plus la terre, Enfuis-toi dans le mystère, Alouette, monte à Dieu !
BATTEMENTS DE CŒUR
"BATTEMENTS DE CŒUR
Minuit. — Hormis la conscience Du voleur et de l'assassin, Tout dort. Mon cœur en défaillance Commence à sonner le tocsin.
Comme un fossoyeur à sa tâche, Courbe sur le pâle gazon, Je l'entends qui bat sans relâche ' Le mur de sa frêle prison.
Pan, pan, pan, pan ! — Ni paix ni trêve. Un coup de bêche, un autre coup.
Voici la fosse qui s'achève.
Ça ne tardera plus beaucoup.
AVANT LE soi:
— « Ah ! cœur piteux et sans courage, Cœur affolé de voluptés, Va toujours, tempête, fais rage ; Tes emportements sont comptés.
Toi qui courais aux belles filles.
Comme après un morceau de pain Court un misérable en guenilles, Qu'as-tu fait de ta grande faim ?
Tu chantais si gaiement victoire Et te croyais si grand seigneur !
Qu'as tu fait de tes airs de gloire ? Où sont tes rêves de bonheur ?
Plus de fanfares triomphales.
Le temps est passé, pauvre gueux.
Des cavalcades matinales Dans la rosée, aux pays bleus.
Le temps est loin des farandoles, Par les soirs flambo3^ants d'été !
Rages d'amour, caresses folles.
Le mistral a tout emporté !
Va toujours, ton heure est prochaine.
Mais non Pourquoi te presser tant ?
BATTEMENTS DE CŒUR 217
Arrête un peu, reprends haleine, Fais que je respire un instant.
Je suis comme un mort que la vie Fouette encore au fond du tombeau, Et les vivants me font envie, Et le vaste monde est si beau ! » —
Mais l'enragé, sans rien comprendre.
Court son galop désespéré.
— « Ne veux-tu donc jamais m'entendre Et n'ai-je pas assez pleuré ?
Une minute, une seconde.
Rien qu'une seconde, ô mon Dieu ! — »
Non, la machine furibonde
Ne s'arrête pas pour si peu.
Et la voilà qui s'époumonne Plus atrocement que jamais.
Et je crie à l'aide, et personne N'est plus là de ceux que j'aimais.
Oh ! les heures sempiternelles Qui se traînent clopin dopant.
Et ces affreuses ritournelles Qui me déchirent le tympan !
2l8 AVANT LE SOIR
Oh ! dans la nuit ensorcelée, Avec son cliquetis de fer, Cette mécanique endiablée Qui va toujours son train d'enfer !
A quoi bon pleurer, crier grâce, Faire le pleutre ou le savant ?
Un coup de sifflet : le train passe.
Autant en emporte le vent.
Vrai, la vie est par trop mauvaise.
Ce n'est que misère et tourment.
Un jour vient où l'on est tout aise D'en sortir, n'importe comment.
Et j'aspire ardemment à l'heure Où mon cœur enfin se taira, , Je pense à la chaude demeure Que mon corps brisé se fera.
Sous les mousses du cimetière De quelque village perdu.
Dans une étroite, étroite bière Eternellement étendu.