LA MER
Le vent a redoublé de fureur, et les flots, Plus courroucés toujours, escaladent la dune. La douce Vierge ait en pitié les matelots !
O mer, ô mer, ô mer, coureuse de fortune. Chercheuse d'infini par de là les grands monts, Toi que le soleil brûle et que fleurit la lune ;
Belle au front couronné de sombres goémons.
Nous savons le secret de la tendresse brève.
Et tes 3'eux sont pareils à ceux que nous aimons.
Tes vagues doucement viennent baiser la grève, C'est toi la bonne hôtesse au souriant accueil, La princesse idéale et la dame du Rêve.
Mais le havre tranquille est voisin de l'écueil,
Et sitôt qu'a soufflé le vent de ta colère,
La terre s'inquiète et tremble et prend le deuil.
Courtisane d'amour qui ne songeais qu'à plaire, Quelle âme de douleur est en toi maintenant ? Quel brouillard a soudain voilé ta face claire ?
Toi qui riais, joyeuse et libre, à tout venant,
Tu sombres dans la nuit, tu t'embrumes de larmes.
Plus même une lumière à ton front rayonnant.
Apres rinstant béni, pourquoi ce vent d'alarmes ?
Je ne sais quel dégoût monte de ta beauté,
Un relent d'amertume est au fond de tes charmes.
Et notre cœur aussi, brusquement arrêté,
Se demande s'il rêve et quel fardeau l'oppresse ;
Notre rancœur se noie en ton immensité.
Puis tu deviens la sombre et terrible maîtresse Qui, pâle, se redresse, et gronde, et brise tout; Une flamme a jailli de ta morne détresse.
Pourquoi pleurer ? N'es-tu donc pas celle qui bout ? Le feu damné, le feu d'enfer ? Ta maie rage, • Cent meurtres consommés, n'est pas encore à bout.
Et tu grinces des dents comme sous un outrasse. C'est toi l'affreux récif droit en travers du port, C'est toi l'horrijjle voix qui hurle dans l'orage.
Tu bondis, et les rocs croulent sous ton efîbrt. Le monde tout entier tremble de la secousse ; La mort, la mort, la mort, à l'infini la mort !...
O mer, ô folle mer, tu redeviendras douce, Avant qu'il soit longtemps refleuriront tes yeux, Tes yeux d'amour candide et que rien ne courrouce.