I.ETTIIE D’ABAII.ARD
iim* (‘(Inration savanlf avant de lt>s formfr au mâlior des armes ; rèfjle dont il ne sVearla point. J’étais l’aîné de s»‘s enfants, et les soins qu'il donna à mon instriietion furent projX)rtionnés à la tendresse extrême (pi’il avait jX)ur moi. De mon eûté, plus j’avançais avee rapidité dans l’étude, plus je m’y attachais avec ardeur. Enlin, elle eut [)Our moi tant de charme, qu’abdiquant la pomp<‘ de la tçlüire militaire et abandonnant à mes frères l’héritage paternel et mon droit d’aînesst^ je renonçai à la cour de Mars j)our grandir dans le sein de Minerv(>. Préférant la dialectique et son arsenal à toutes les autres l)ranehes de la philosophie, j’échangeai les armes de la guerre contre celles de la logique, et les trophées des batailles contre les assauts de la discussion. Je me mis à parcourir les provinces, toujours disputant ; et partout où j’apprenais que eet art était cultivé, j’y courais, entraîné par une émulation toute péripatéticienne.
J’arrivai enlin à Paris, oit la scholastique était déjà llorissante, et je suivis quelque temps les leçons de Guillaume de Chani|X’aiix, qui était justement considéré comme le maître le plus habile dans ce genre d’enseignement. Je fus d’abord le bienvenu ; mais je ne tardai pas à lui devenir fort ineomniode, car je m’attachais à réfuter plusieurs de ses idées, j’argumentais contre lui à outramee, et, revenant toujours à la charge, j’avais quelquefois le tort de rester maître du champ de bataille. Celte audace excitait, parmi ceux même de mes condisciples qui étaient regardés comme les plus distingués , une indignation d’aiulanl plus grande, que je paraissais plus loin d’eux et par ma jeunesse et par la date récente de mes éludes. Là eommencèrent des mallieurs qui iu( sont iMiint encore finis ; mai répulalion grandissait, l’envie s’alluma. Enlin, prt'-sumant de mon esprit auHlelà des forces de mon alge, enfant
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enoore, j’osais aspirer à devenir inoi-mème chef d’école, et déjà je marquais des yeux l’endroit où je dresserais une chaire rivale. C’était Melun, ville importante alors, et résidence royale. Guillaume soupçonna mon dessein, et, voulant reléguer mon écoh* plus loin de la sienne, mit sourdement en usage tous les moyens qu’il avait en son pouvoir pour m’enlever à la fois, avant que je l’eusse quitté, mon école et le lieu que j’avais choisi. Mais, comme il avait des jaloux parmi les puissants du pays, je parvins avec leur secours au comble de mes désirs, et son en\ ie manifeste me conquit un assentiment presque général. Dès mes premières leçons, ma réputation comme dialecticien prit des proportions si envahissantes, que la renommée; de mes anciens condisciples et celle de; Champetiux lui-même en fut bientôt étouffée. Ce succès augmentant encore mon assurance, je me rapprochai de; Paris au plus vite, et je; transportai mon école à Corbeil pour avoir l’ennemi sous ma main et lui elonner de> plus rudes assauts. Mais, peu ele temps après, l’excès du tieivail me fit tomber dans une maladie' de; langueur; il fallut respirer l’air élu pays natal. .Séque'stré, pour ainsi elire, de la France, pe;ndant quelques années, j’étais vivement re;gretté de tous ceux qui se sentaient attirés vers la science de la dialectique.
Peu d’années s’étaient écoulées, et j’étais de\jà remis ele ma faibk'ssc depuis longtemps , lorsque mon maître , Guillaume , archidiacre de Paris, changeant son aneâen Imbit, entra dans l’ordre; eles clercs réguliers, avec l’espoir, disuil-on, d’obtenir, à la faveur de ce-s grandes apparences de piété, un avancement rapide dans la carrière; des dignités ecclésiastiques; ce qui ne tarda pas d’arrivei-, car on lui donna l’évêché de Châlons.
Sa nouvelle; prise el’habit ne; lui fit point abandonner le séjour de Paris ni le goi’d qu’il avait jeour la pliilejsopliie.
-{î I.EïTRE n’ABAll.ARn
f'I dans lo mnnasU'Te nii'inc où il sVtait rctirô par esprit de religion, il rouvrit aussitôt un cours publie d’enseigneincnt.
Je n^vins alors auprès de lui pour apprendre la rhétorique. Entre autres loties de controverses que nous eûmes à .soutenir, je. réfutai d’une manière si victorieuse son argumenüition sur les Universaux, que je le forçai d’amender son système et même d’y renoncer. Dans la première plias*' de son enseignement , les Universaux sont ress*;nce même des individus du mêmi' genre, de .sorte que ces individus ne diffèrent aucunement dans leur essence, mais seulement dans leurs éléments accidentels; — Dans la seconde phase, les Universaux se présentent non plus comme constituant l’essence des individus d’un mi’iine genre, mais comme formant leur idt'iitité, parce que dans tous ces individus, différents d’ailleurs, ils se retrouvent sans différence. Comme cette question touchant les Universaux est une des plus importantes de la dialectique, et que Porphyre lui-même, écrivant, dans s« s Préliminaires, sur les Universaux, n’osa prendre sur lui de la résoudre, disant : ceci est très-grave'; Champeaux, qui avait été obligé de modifier d’abord sa pensée, puis dc' la rétracter, vit son cours tomber dans un tel discrédit, qu’on lui permettait à peine de faire sa leçon de dialectique, comme si cette science tout entière consistait dans la question des Universaux.
I Voici la phrase de Porphyre :
« Je ne chercherai point si les genres et h's espi'ces existent par eux-mêmes ou seulement dans l’intelligence, ni, dans le cas oit ils existeraient par enx-mêmes, s'ils sont corporels ou incor|»orels, ni s’ils existent séparés des objets sensibles ou dans ces objets et en eti