I.KTTKK U’.VB.VILARD
axiomes de pliilosophie. De ces vers, la plupart, comme vous le savez, sont devenus populaires et sont encoie <'liaiités dans la-aucoup de pays, surtout des personnes dont la vie était charmée par les memes sentiments à l’é- |KXjue où ils parurent.
Mais on p»-ut à peine st* faire une idée de la tristesse, des j'éniissements et des lamentations de mes disciples, lorsqu’ils s'aix‘i\urent de la préocrmpation, je dirai mieux, du désordre dt! mon esprit. Une passion aussi visible ne |)ouvait rester lonjftemps ignoixie. Personne peut-être ne s’y trompait, excepté celui dont l’honneur était particuliérement compromis, je veux dire l’oncle d’Héloïse. Vainement la chronique médisante l’avait plusieurs fois averti de nos intriftuas; il n’y jKJUvait ajouter fôi, car il avait IKJur su nièce une atléction sans bornes, et il connaissait, je l’ai déjà dit, la pureté de ma vie passée. Nous ne croyons pas facilement à la honte des personnes qui nous sont r hères, et dans une tendresse profonde la flétrissure du soupyon ne saurait trouver place. Aussi saint Jérôme dit-il, dans sa lettre à Sabinien :
« Nous sommes presque toujours les derniers à connaître « les plaies de notre maison, et nous ignorons les vices w de nos enfants et de nos épouses lorsque les voisins s’i-n « mo<|uent tout haut. Mais ce qu’on apprend après les U autres, on tinit toutefois par l’apprendre, et ce qui « frapiie les yeux de tous a-ste difficilement caché jmur un U seid. »
Plusieurs mois s’étaient déjà écoulés, lorsque CA-tte parole fut tristement confirmée à notre égard. Fulbert ajqa il tout.
üli ! qu’elle fut amère la douleur qu’il ressentit à cette déi'ouverte! qu’elle fut dtH-hiraute aussi la séparation des deux amants ! quelles furent ma rougeur et ma confusion !
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de quel coeiir brisé je gémissais sur l’afniction de cette chère enfant ! et quel orage de chagrin souleva dans son âme le déshonneur dont j’étais publiquement couvert ! Dans le coup terrible qui nous frappait, chacun de nous s'oubliait lui-même pour plaindre l’autre; chacun de nous déplorait une seule infortune, et ce n’était pas la sienne.
Mais la séparation des corps resserrait pour nous les étreintes de l’Ame. Notre amour , privé de ses jouissances, s'irritait comme la flamme. Le voile une fois levé, le scandale ne nous retenait plus, et nous ne ressentions guère les flagellations de la honte devant le charme irrésistible de la possession. Il nous arriva donc ce que la mytliologic raconte de Mars et de Vénus , quand ils furent surpris. Peu de ‘temps après , Héloïse sentit qu’elle était mère , et , dans le transjwrt de son allégresse , elle me l’écrivit sur-le-champ pour me consulter sur les mesures qu’il fallait prendre à ce sujet. Une nuit, pendant l’absence de Fulbert, ainsi que nous en étions convenus, je l’enlevai furtivement de la maison de son oncle, et je la fis passer sans délai en Bretagne, où elle resta chez ma sœur jusqu’au jour où elle donna naissance à un fils qu’elle nomma Astrolabe.
Mais Fulbert ! Après son retour, il faillit devenir fou. Personne ne peut savoir la tempête de fureur qui bouillonnait en lui. Pour exprimer son accablement et sa honte, il faudrait les avoir éprouvés soi-même. Mais que faire contre moi? quelles embûches me tendre?... Il l’ignorait. S’il me tuait, ou qu’il me blessât seulement dans quelque partie du corps, il craignait avant tout que sa nièce chérie ne fût victime de la vengeance des miens en Bretagne. Faire main basse sur moi et me réduire en chartre privée, c’était chose impraticable, car je me tenais soigneusement en garde contre toute surprise, convaincu
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c|ii(‘ 1(' clianoinc «'*(ail liommo à tout entreprendre s’il était i<‘ plus fort ou s'il <'i‘oyail l’ètre. Enfin, touché de compassion par l’excès de sa douleur, et m’accusant nioiinêine du vol que lui avait fait mon amour comme de la dernière des trahisons, j’allai trouver Fulbert. Je le suppliai, je lui promis toutes les réparations q<i’il exigerait. J'affirmai que ma conduite ne surprendrait personne de tous ceux (jui avaient éprouvé la puissance de l’amour, ou fjui se rappelleraient avec quelle chute immense les plus grands hommes avaient été renversés par les femmes dès le commencement du monde. Et, pour mieux l’apaiser encore, je lui otfiis une satisfaction qui dépassait toutes ses espérances, en lui proposant d’épouser celle que j’avais .séduite, pourvu toutefois que mon mariage fût tenu secret, afin de ne pas nuire à ma réputation. Il y consentit ; il m’engagea sa foi et la foi de ses amis, et scella de ses Iwisers la réconciliation que je sollicitais; mais c’était pour mieux me trahir.
J’allai aussitôt en Bretagne, pour ramener mon amante et en faire ma femme. Mais loin de goûter mon projet, elle le repoussa eutièrement, et fit valoir, pour m’en dissuafler, deux raisons principales, le péril et le déshonneur auxquels j’allais m’exposer. Elle jurait que son oncle n'a- Aait jjoint pardonnt; et ne pardonnerait jamais : elle avait raison, la suite le prouva. Elle me demandait comment elle pourrait être glorieuse de notre mariage, en ruinant ma gloire et en nous dégradant l’un et l’autre ? (JucHf expiation le monde ne serait-il pas en droit d’exiger d'elle si elle lui ravissait son plus brillant flambeau ? Elle mettait sous mes yeux les lUidédictions dont on saluerait ee mariage, le préjudice qu’il devait causer à l’Église, les lannes qu’il coûterait à la philosophie. Combien ne seraitil pas inconvenant et déplorable de voir un homme que
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la nature avait créé pour le monde entier, asser\i à une .yaile femme et eourbé sous ce joug infamant? Elle repoussait avec une aversion insurmontable cette union qui aurait pour dot la perte de ma renommée et la ruine de mon avenir. Elle me représentait à la fois et l’avilissement et les difficultés qui suivraient notre mariage , difficultés que l’Apôtre nous exhorte à éviter quand il dit :
« Es-tu délivré de femme ? ne cherche point de femme. « Si tu te maries, tu n’as point péché; si la vierge se « marie, elle ne péchera point; cependant ils seront sou- <1 mis aux tribulations de la chair ; mais je veux vous « épargner. »
Et plus bas ;
« Je veux que vous soyez sans inquiétude. »
Que si je ne me rendais ni au conseil de l’Apôtre, ni aux exhortations des saints, qui considèrent le mariage comme un joug accablant, au moins, disait-elle, je devais consulter les philosophes, et prendre en considération ce qui avait été écrit sur cette matière, soit par eux, soità leur sujet; méthode à laquelle les saints eux-mêmes recourent fréquemment pour notre réprimande. Témoin ce passage de saint Jérôme, livre !«'■ contre Jovinien, où il rappelle que Théophraste, après avoir retracé dans le plus grand détail les ennuis insupportables de l’état conjugal, et ses continuelles inquiétudes, prouva, par les raisons de la plus haute évidence, que le sage ne doit point se marier; puis il termine lui-même les conseils de la philosophie par cette conclusion : « Quel est le chrétien qui ne serait pas confondu de trouver une semblable dissertation dans Tliéophraste ? » Dans le même ouvrage, le saint cite encore l’exemple de Cicéron, qui, se voyant sollicité par Hircius d’épouser sa sœur après la répudiation de Térentia, s’y refusa formellement, disant qu’il lui était impos-
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sibic de donner également scs soins à une femme et à la philosophie. Il nc^ dit pas donner ses soins, il ajoute également, ne voulant rien faire qui pût balancer l’étude de la philosophie.
Oublions un moment les entraves qu’une femme appor-' ferait à vos études de philosophie ; mais consultez la situation où vous place une alliance légitime. Quel rapport, dites-moi, peut-il y avoir entre les écoles et le tracas des domestiques ? entre les pupitres et les berceaux, les livres ou tablettes et les quenouilles, les stylets ou plumes et les fuseaux ? Est-il un homme enfin qui, livré aux méditations philosophiques ou religieuses, puisse supporter les vagissements de l’enfance, les chansons des nourrices qui la consolent, l’agitation tumultueuse des valets et des suivantes qui composent la maison ? Pourrait-il jamais souflVir la malpropreté continuelle des enfants en bas Age Y Les riches le peuvent, direz-vous. Oui, sans doute, car ils ont dans leurs palais ou dans leurs vastes demeures des appartements réservés ; l’argent ne coûte rien à leur opulence, et ils ne sont pas en proie à des soucis journaliers. Mais la condition des philosophes n’est pas la même que celle des riches ; et ceux qui cherchent la fortune, ou dont la vie est mêlée aux affaires mondaines, n’étudient guère la religion ni la philosophie. Aussi voyons-nous les philosophes célèbres d’autrefois, pleins de mépris pour le monde et fuyant le siècle plutôt qu’ils ne le quittaient, s’interdire tous les plaisirs et se reposer dans les seuls embrassements de la philosophie.
L’un d’eux , et le plus grand , Sénèque , dit dans ses instructions à Lucilius : a La philosophie demande autre chose que des loisirs. Il faut tout négliger pour une étude à laquelle notre temps tout entier ne suffira jamais. C’est presque une même chose de renoncer à la philosophie ou
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de lui imposer des temps d’arrêt. Interrompez-la, elle vous abandonne. Soyez en garde contre les affaires : il ne s’agit pas de les débrouiller, mais de les éloigner de vous. »
Ce que les moines véritablement dignes de porter ce nom acceptent chez nous en vue de l’amour de Dieu, les philosophes qui ont laissé une glorieuse mémoire chez les Gentils l’ont pratiqué par amour pour la philosophie. En effet, chez tous les peuples du monde. Gentils, Juifs ou Chrétiens, quelques hommes se sont toujours rencontrés, s’élevant au-dessus du vulgaire, par la foi ou la gravité des mœurs, et se séparant de la foule par une continence ou une austérité particulière.
Tels furent, dans la plus haute antiquité, chez les Juifs, les Nazaréens, qui se consacraient au service du Seigneur, conformément à la loi, et les fils des prophètes, et les sectateurs d’Hélie et d’Hélisée, que l’Ancien-Testament, d’accord avec le témoignage de saint Jérôme, nous représente comme des moines; — Plus tard, ces trois sectes de philosophes que Josèphe, dans son livre XVIll des Antiquité$, distinguo par les dénominations de Pharisiens, Sadducéens, Esséens ; — Chez nous les moines, qui vivent en commun à l’imitation des Apôtres, ou qui pi'ennent pour modèle la vie primitive et solitaire de saint Jean;— Enfin, chez les Gentils, ceux qu’ils ont appelés philosophes : car ils rapportaient moins encore le nom de sagesse ou de philosophie à la perception de la science qu’à la sainteté de la vie, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre par l’étymologie de ce mot et le témoignage même des saints. Tel est, entre, autres, celui de saint Augustin dans son livre 111 de la Cité de Dieu, où il établit la distinction des sectes philosophiques : « L’école Italique, dit-il, eut pour fondateur Pythagorc de Samos, à qui l’on attribue encore le nom même de la pliilosophie. Avant lui on qualifiait de sages les
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hommes qui «‘mblaient l’emporter sur les autres par un genre de vie digne d’éloges ; mais, interrogé un jour sur sa profession, il ré|xuidit qu’il était philosophe, c’est-à-dire désireux ou ami de la sagesse, trouvant qu’on ne pouvait sans orgueil faire profession d’étre sage. »
Dans ce passage, comme il est dit « ceux qui semblaient l’emporter sur les autres par un genre de viedigned’éloges», il reste clairement démontré que les sages des Nations, c’est-à-dire les philosophes, étaient ainsi nommés à cause d’une vie honorable pluU*>t qu’en vertu d’une science profonde. Quant à leur continence et à la sobriété de leur vie, je ne chercherai pas à en rassembler ici les preuves; j’aurais l’air d’enseigner Miner\e elle-même. .Mais si les laïcs et les Gentils ont ainsi vécu, bien qu’ils fussent libres de toute espf'cc de vœux religieux, vous, qui êtes clerc et revêtu du canonicat, oseriez-vous préférer des voluptés honteuses à votre ministère sacré, vous précipiter dans »-ette Gliarybde dévorante, et, bravant toute honte, vous noyer à tout jamais dans l’abîme des impuretés 1 Si vous faites peu de cas des privilèges du clerc, maintenez du moins la dignité du philosophe. Si les scrupules religieux sont tout-à-fait méprisés, que le sentiment de la décence serve de frein à l’impudeur. Rapp<!lez-vous que Socrate a été marié, et par quel oiitrageux accident il expia d’al)ord cette tache imprimée à la philosophie, afin que son exemple servît à rendre les hommes plus prudents à l’avenir. Ce trait n’a point échappé à saint Jérôme dans son livre contre Jovinien, où il parle de Socrate : « Un jour ayant voulu tenir ferme sous l’interminable kyrielle d’injures que Xantippe défilait sur lui d’un étage supérieur, il se sentit arrosé d’une eau fétide. Pour toute réponst', il dit en s’essuyant la tête : « Je savais bien que ce tonnerre amènerait de la pluie. »
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Enfin parlant en son nom, elle me représentait combien il serait dangereux pour moi de la ramener à Paris, ajoutant que le titre d’amante serait à la fois infiniment plus précieux {K)ur elle et plus honorable pour moi que celui d’épouse ; elle voulait me conserver seulement par une faveur de ma tendresse, et non pas me tenir enchaîné par le lien conjugal. D’ailleurs nos séparations momentanées répandraient sur nos rapprochements d’autant plus de charme, qu’ils seraient plus rares. Puis, voyant que fous ses efforts pour me convaincre et me faire changer de résolution venaient se briser contre ma sottise, et ne pouvant se résoudre à heurter de front ma volonté, elle termina ainsi dans les soupirs et dans les larmes : « C’est la seule chose qui nous reste à faire, dit-elle, pour nous perdre tous deux et nous préparer des chagrins aussi grands que l’amour qui les aura précédés ! » En cette circonstance, comme tout le monde l’a reconnu, l’esprit de prophétie ne lui manqua pas.
Nous recommandons à ma sœur notre jeune fils, et nous revenons secrètement à Paris. Quelques jours plus tard, après avoir passé une nuit à célébrer vigiles dans une église, à l’aube du matin, nous reçûmes la bénédiction nuptiale en présence de l’oncle d’Héloïse et de plusieurs de ses amis et des nôtres. Ensuite nous nous retirâmes séparément et avec le même mystère, et nous ne nous vîmes plus désormais que rarement et en cachette, pour dissimuler le mieux possible ce qui s’était passé.
Mais l’oncle d’Héloïse et les personnes de sa famille, cherchant à laver l’affront qu’ils avaient reçu, se mirent à divulguer le mariage et à violei- envers moi la foi jurée. Héloïse, au contraire, protestait hautement contre ces allégations, et jurait que rien n’était si faux. Exaspéré
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par cotfe ronduito, Fiilliert accablait sa nicco de mauvais traitements : ce qui me décida, loi'sciue j’en fus informe, il l'envoyer à l’abbaye des nonnes d’Arf'enteiiil , près Paris, oii elle avait été élevé-e et instruite dans sa première jeunesse. Je lui fis prendre aussi, à l’exception du voile, les habits de religion qui étaient en harmonie avec l’état monastique.
A cette nouvelle, son oncle <‘t ses parents ou alliés pens**rentque je les avais pris pour dupes, et que je mettais Héloïse au couvent pour m’en débarrasser. Outrés d’indignation, ils conspin'Tcnt contre moi et résolurent de me punir. La nuit, un de mes sen iteurs, corrompu à prix d’or, les fit pénétrer dans une chambre retin'*e de ma maison, où je reposais, et me livra pendant mon sommeil à leur vengeance; vengeance si barbare et si avilissante, et dont le monde accueillit la nouvelle avei^ un profond étonnement : le fer sépara de moi le.s parties de mon corps par lesquelles j’avais commis la faute dont ils se plaignaient. Mes bourreaux prirent la fuite ; deux d’entre eux, qu’on réussit à arrêter, furent privés des yeux et des organes de la génération. L’un d’eux était ce même serviteur attaché à ma personne, et que l’avarice avait poussé à la trahison.
Le matin venu, toute la ville était rassemblée autour de ma demeure. 11 me serait difficile ou plutôt impossible de rendre l’étonnement et la stupeur générale, le deuil mené autour de moi, les cris et les doléances dont on me torturait, enfin tous les signes de désespoir qui jetaient le trouble et l’ébranlement dans mon esprit. Les clercs surtout, et spécialement mes disciples, me martyrisaient par leurs gémissements et leurs sanglots insupportables, en sorte que leur compassion était infiniment plus cruelle pour moi que ma blessure : sanglant et mutilé, je ne sentais que ma confusion, et je souflrais bien plus de ma honte que
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de ma douleur. Mon esprit se repaissait de tristes images : de quelle gloire je Jouissais encore tout à l’heure, et avec quelle facilité un seuil moment l’avait flétrie et à jamais détruite ! Le jugement de Dieu était juste, et j’étais puni dans la partie de mon corps (jui avait péché. Les représailles de, Fulhert étaient légitimes, il m’avait rendu trahison pour traliison. Quel triomphe pour mes ennemis, et comme ils vanteraient cette balance parfaite entre la faute et le châtiment ! quelle inconsolable douleur le coup qui me frappait allait jeter dans l’âme de mes parents et de mes amis ! .Mon accident, publié partout, allait occuper le monde entier de la honte d'un seul homme. Oit passer maintenant? quelle figure faire en public ? J’allais être montré au doigt par tout le monde, déchiré par toutes les langues, et devenir pour tous les regards un monstrueux spectacle.
Une chose contribuait encore à m’attérer : selon la lettre meurtrière de la loi, les eunuques sont en telle abomination devant Dieu , que les hommes réduits à cet état par l’amputation ou le froissement des parties viriles sont repoussés du seuil de l’Église comme fétides et immondes, et que les animaux eux-mêmes, lorsqu’ils sont ainsi mutilés, sont rejetés du sacrifice.
« Tout animal impuissant ne sera point offert au Seigneur *. w
« L’eunuque n’entrera point dans l’assemblée de l’Éternel *. »
Confus et honteux de moi-même, ce fut, je l’avoue, le sentiment de ma pitoyable disgrâce, plutôt qu’une vocation sincère, qui me fit chercher l’ombre du cloître, après toutefois qu’Héloïse eut obéi à mes ordres avec une entière abné*
' Léuilique, cbap. xxii.
t beutéronome, cbap. xxiii.