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volonté que Jésus-Clirist a souffert pour vous; et par ses souffrances il retrempe votre âme aux sources d’une nouvelle vie, et vous délivre de tous les troubles du cœur. Portez donc vers lui, et non vers moi, je vous en conjure, toute votre dévotion, toute votre compassion, toute votre componction. Pleurez ce forfait d’injustice et d’abominable cruauté exercée sur la tète de l’innocent; et cessez de vous apitoyer sur la juste vengeance qu’on a tirée de moi, car c’est plutôt une faveur dont nous devons remercier le ciel.
Vous êtes injuste, si vous n’aimez pas la justice ; et trèsinjuste, si vous vous opposez sciemment à la volonté divine et même aux bienfaits de la Grâce. Pieurez votre libérateur et non votre ravisseur; celui qui vous a rachetée et non celui qui vous a perdue; le Seigneur mort pour vous, et non l’esclave qui vit encore, et qui vient d’étre véritabfement délivré de la mort éternelle.
Prenez garde, Héloïse, de mériter la honte de ce reproche par lequel Pomp^ie arrêta les plaintes de Cornélie ;
« Pompée vit encore après la bataille, mais sa fortune a péri; vous pleurez ce que vous aimiez'. »
Faites-y attention, je vous prie. Quelle honte, si votre cœur pouvait encore se complaire dans le souvenir de nos anciens égarements !
Recevez donc, ma chère sœur, recevez, je vous prie, patiemment les épreuves qui nous ont été envoyées selon la miséricorde. C’est la verge d’un père et non l’épée d’un persécuteur. Le père frappe pour corriger, de peur que l’ennemi ne frappe pour tuer. 11 blesse pour prévenir la mort et non pour la donner. 11 enfonce le fer pour amputer le mal. 11 blesse le corps et guérit l’ame. Il devait
< Lucain, Pliarsate, chant vm.
A HÉLOÏSE. 161
liier, il vivifie. Il arrête la gangrène et me laisse un corps sain. Il punit une fois, pour ne pas punir éternellement. Par la blessure dont un seul a souffert, il en sauve déux de la mort. Deux pour la faute, un seul dans le châtiment !
Cette indulgence du Seigneur à votre égard (>st un effet fie sa pitié pour la faiblesse de votre sexe, mais en quelque sorte elle vous était due. .Vvec une coinplexion plus délicate et plus faible, vous avez montré plus de continence et de vertu : vous étiez donc moins coupable. Je rends grâces au Seigneur qui vous a fait remise de la punition pour vous réserver la couronne. Tons les tumultes impurs dont mon âme était autrefois agitée sont maintenant enchaînés, et les orages de la concupiscence ne soulèvent plus mon sein refroidi : Dieu m’a fait de marbre pour me préserver de faillir. Mais, au contraire, en vous laissant l’écueil de votre jeunesse, et de ses rêves brûlants, et de ses constantes attaques, il vous a évidemment réservé la couronne du martyre. Quoique vous vous refusiez à l’entendre, et que vous me défendiez de le dire, c’est cependant une vérité manifeste. La couronne est la récompense de celui qui combat toujours, et il n’y aura de couronné que celui qui aura combattu jusqu’au bout.
Je n’ai donc point de couronne à prétendre, puisque je n’ai plus à combattre. Une fois l’aiguillon de la chair détruit, il n’y a plus de tentations à surmonter. Toutefois, si nulle couronne ne m’est réservée, j’estime encore que c’est un grand bien pour moi de n’encourir aucune peine, et d’échapper par une douleur momentanée à des douleurs étemelles. Car les hommes qui s’abandonnent aux passions de cette malheureuse vie sont comparés aux animaux ; « Les l)êtes de somme ont pourri sur leur fumier. »
Je me console aussi de voir mon mérite diminuer par la
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