‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 22 sur 66 · I.ETTRE «‘aDAILARO · texte numérisé non relu

I.ETTRE «‘aDAILARO

certitude où je suis que le vôtre s’augpiente. Le mariage a fait de nous deux une seule chair, une seule personne en Jésus-Llirist; Tout ce qui est à vous ne peiit m’être étranger- Or Jésus-Christ est à vous, car vous êtes devenue son épouse. Et moi, que vous reconnaissiez autrefois pour votre maître, je suis devenu votre serviteur, mais un serviteur qui s’attache plutôt à vous par amour spirituel, qu’il ne se soumet par crainte. C’est de votre protection auprès de lui que s’accroît ma confiance, et que j’espère obtenir par vos prières ce que je demanderais en vain ; à présent surtout que rimniiiience quotidienne de mes périls et les troubles qui m’assiègent ne me laissent ni vivre ni prier on repos, ni suivre l’exemple de rintendant de la reine Candace, ce vertueux Éthiopien qui vint de si loin à Jérusalem adorer Dieu dans son tempje ! .\ussi l’aiige lui envoya-t-il à son retour l’apêttre Philippe pour le convertir à la foi dont il s’était rendu digne par la prière et par la lecture assidue des livres saints. Connne il eii était toujours occupé pendant son voyage, la grâce divine, malgré l’anathème porté contre les riches et les Gentils, permit qu’il tombât sur un passage qui fournit à l'aiKiIre le moyen le plus favorable ))our opérer sa conversion.

.\fin d’assurer l'accueil que vous ferez à ma dcinamle, et pour que rien n’en retarde raccomplissemcnt, je nie hâte de vous envoyer h) prière que j’ai composée pour nos besoins mutuels, et que vpus récitere? humblement avec vos religieuses.

Vrièrr.

U Dieu, qui, dès le preinier moinent de la création da l’homme, avez tiré |a feinme de la côte d’Adam, et sanotioniié le respectahlp saçrenieitt de l’union conjugale; qui

A HÉLOÏSE

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l’avez relevé si haut et par un honneur si éclatant, soit en vous inearnant dans le sein d’une vierpie, soit en aeeoniplissant des miracles, et qui avez daigiu- accorder ce remède à ma fragilité, ou, si vous le voulez, à mon incontinence ; ne repoussez point les supplications de votre hundde servante, et les prières que je verse en présence de votre divine majesté pour effacer mes fautes et celles de l'époux qui m’est cher. Pardonnez, ô Dieu de bonté! ô la bonté même! pardonnez à nos longues offenses, et que la multitude de nos fautes se perde dans l'immensité de votre iiiefl'ahle miséricorde. Punissez les coupables dans le prt;sent, je vous en supplie, afin qu’ils ne soient point réservés à votrfr vengeance future. Punissez-lcs à cette heure, pour que vous ne les punissiez jKiint dansl’i-ternité. Prenez contre vos sen iteurs la verge de la correction, non le glaive de la fureur. Frappez leur r hair, pour conserver leurs Ames. Venez eu purificateur, non en vengeur, avec Ixrnlé ])lutôt qu’avec justice, en père miséricordieux plutôt qu’eu maître sévère.

« Éprouvez-nous, Seigneur, et tentez-nous, ainsi que le Prophète le demande pour lui-même, comme s’il disait, en termes ouverts : Examinez d’alrord mes forces et proportionnez à leur mesure le fardeau des tentations. C’est ce que saint Paul promet à vos fidèles en disant : « Dieu est puissant, et ne souffrira pas que vous soyez éprouvés audelà de vos forces; mais dans l’épreuve même il rclrempern votre ca-ur pour que vous puissiez la supporter. »

« Vous nous avez unis, S*>igncur, et vous nous avez séparés au moment et do la manière qu’il vous a plu. Maintenant, Seigneur, ce que vous avez commencé dans votre miséricorde, daignez comblei’ votre miséri<!ordc pour l’achever. Et ceux que vous avez s«?parés une fois dans ce monde, réunissez-les à vous pour l’éternité dans le ciel, ô

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notre esp<;raiKe, tiolre parlafte, notre attente, notre consolation, Seigneur, qni êtes béni dans tous les sitrles! Ainsi soit-il. »

.Salut en Jésus-Christ, épouse du Christ, salut en Jesus- Christ. et vivez pour lui. Ainsi soit-il.

fj;iTRE

D’HÉLOiSE A ABAILARl)

\ son maître, sa servanle.

Il ne sera pas dit que vous pourrez une fois m’accuser (le désobéissance ; ma parole sera modérée, sinon ma douleur, et votre défense lui servira de frein. Je veux prendre sur moi de supprimer, du moins en vous écrivant, ces faiblesses contre lesquelles il est si difficile ou plutôt impossible de se prémunir dans un entretien. Rien n’est moins en notre pouvoir que les mouvements de notre cœur, et nous en sommes plus souvent les esclaves que les maîtres. Lorsque ses impressions nous agitent, personne ne. peut en repousser les soudains entraînements ; il faut qu’elles se fassent jour, qu’elles éclatent, qu’elles se traduisent au deliors par le langage, ce miroir de l’âme émue, selon qu’il est écrit : « L’abondance du cœur fait parler la bouche. » J’empêcherai donc ma main d’écrire, si je ne puis empêcher ma langue de parler. Plût à Dieu que mon cœur iiiuiade fût aussi disposé que ma plume à m’obéir !

LETTHE ü’ilÉI-OÏSE

Vous pouvez toutefois apporter quelque soulagement à ma douleur, s’il ne vous est pas possible de la guérir toutiVfait. Comme un clou chasse l’autre, une nouvelle pensée fait oublier l’ancienue; et l'esprit, occupé ailleui’s, est forcé d’abandonner s«>s souvenirs ou de les suspendre. L'ne pcns<;e a d’autant plus de force i>our s'emparer de notre esprit et le distraire de tout autre soin, (|ue son objet est plus lionnètt! et nous parait plus essentiel.

Nous supplions donc, nous toutes, servantes de Jésus- Christ, et vos tilles aussi en Jésus-Christ, nous supplions votre bonté’ paternelle de nous accorder deux choses qui nous paraissent absolument nécessaires ; la première, de nous a|)prendre l’origine de l’ordre des religieuses, le rang et l’autorité de notre profession; l'autre, d’établir vou.s-mème et de nous envoyer une règle, approprié’O à notre se.xe, qui fixera d’une manière complète et détaillée nos usages et nos habits, ce dont les saints Pères ne se sont jamais octupi’s. C'i’St il dé’fautd'instittttibtls spéciah s que les religieux et les religieust’S sont sOtllhIs il la même règh’, et qu’on inipiise aux deux sexeS le tlièitie jolig, qlifliqu’ils aient un degré de force bien dilltTent. Jusfin'ii prési’iit dans l’Kglise latine les hommes t*t IcS femlni’S ont suivi également la règle de saint Beitolt ; cepeildailt, [toiir ]H’U qu’on la i onsidère et dans les obligaiiOtis des sliiii^ rieurs et diins celles des subOtdrtiihés, il est facile de ri’conmiitre qu’elle n'a pU être écrite que pour des hqinineS, et que des liorinneS seuls peuvent l'Obàérver. Saiiâ ni’arréter à tdus les capitulaires de cette réglé, les feinmes ont-elles besoin dé capuchons, de hauts-de-chailsàës et de .seaptilaires ? Enfin penvént-ellés â'accbminbtler de ces tuniques et de ces chemises de laittb pof’tces Siir la chair, tandis que le flux périddique rend impossible pour elles l'usage de semblables vêtements? U>ié leur importe la loi

A ABAILARD

qui ordonne à l’abbé de lire lui-inèine l’Évanf'ile, et de romineneer riiynine après eetle lecllire? celle qui lui .‘issif'lie une plac(* sr'qmire des inoiiies à la table des bêles et des pèlerins? Celte alternative est-elle bien dans l'esprit de notre étal, s’il faut, on ne jamais donner l'iiospilalité à des lioinnu‘s, on que l'aldiesse nian^i* avec <'eiix (pi’elle aurait aeeneillis? Ob! (jiie la mine des Ames est facile jjour des bonnnes et des feinines ainsi mêlés! snrlont à table, oii iè"nenl rintemjjérance et l ivresse, oii la liixnre descend dans la coupe avec le vin !

Saint Jêrême votdail prévt nir ce daiif;er, lorscpie, ilans la lettre qu'il adresse à la mère et à la tille, il le sigliab? ])ar ces paroles : « Il est difficile de conserver la cbaslelé dans les festins. » Ovide Ini-même, ce professeur de ib'*baucbe et de Inxnre, U’onblie pas dans son Art d’aimer de représenter les banquets comme une occasion de Cbnie pour l’innocence, et comme le tombeau de la pudeur :

« Lorsque l’.Vmour est mouilb* par les libations de Baccbils, il ferme ses ailes ap|M-sanlies et reste immobile. Alors viennent les ris; alors le pauvre se couronne dn diadème. La donlenr et les .soucis s’enfuient ; les fronts se dérident. C’est là que les jeunes filles ont sonvelll ravi le

(unir des adolescents. Vénus boni dans leurs veines

dn feu dans dn feu ! »

Et, quand les religieuses n’admettraient à leur table que les femmes auxquelles l’Iiospitalité serait accordée, celle piï'ranlion même ne laisserait-elle subsister aucun danger? Certainement, jXHir |)erdre une femme, il n’est pas d’arme plus sûre que les cajoleries féminiiuîs. El la corruption itunpe jusqu’à son conir sous des carcs.ses plus insinuantes. C’est {KUirquoi saint Jércêine exborte les femmes de profession religieuse à n’avoir aucun commerce avec celles qui vivent dans le inonde.

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