‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 25 sur 66 · I.KTTKK 1»'hKI.OÏSF · texte numérisé non relu

I.KTTKK 1»'hKI.OÏSF

« Or CO n Otait pas soulement pour des moines qu’il parlait ainsi , mais pour tous ceux qui habitent les villes. En etfet, un homme du siècle n’a de plus qu’un moine (|iie la liberté de vivre avec un»! femme. La loi Kli en donne 1.» permission sans le dispenser des autres d(ivoirs ; et sa vie est soumise dans tout le reste aux obligations de l’élat monastique. Car les béatitudes qui sont annoncées par le Christ n’ont pas été annonctVs pour les moines seulement; autrement, Jésus-Christ aurait borné la vertu aux limites du cloître, et condamné le reste du monde à périr. Alors, comment pourrait-on considérer le mariage comme un état honorable, puisqu’il nous priverait de l’espérance du salut?»

Ces paroles prouvent assez clairement que c»*lui qui ajoutera la continence aux préce[>tes de l'hAangile égalera la perf«x‘tion monastique. Et plût à Dieu que notre profession nous obligeât seulement à suivre la perfection évangélique sans vouloir nous forcer à paraître plus que chrétiennes !

C’est assurément, si je ne me trompe, ce qui a engagé les saints Pères à ne pas »;tablir pour nous, comme ils l’ont fait pour les hommes, une règle générale; ils ont craint de nous imposer une loi nouvelle et des vœux trop lourds pour notre faiblesse, suivant le passage de l’Apôtre : « La loi produit la colère; en eflet, où il n’y a point de loi, il n’y a point aussi de prévarication. » Et ailleurs : « La loi est survenue pour donner lieu à l’abondance du péché. »

Ce grand prédicateur de la continence, persuadé de notre faiblesse, oblige pour ainsi dire les jeunes veuves à de secondes noces : « Je veux, dit-il, que les jeunes veuves se remarient , qu’elles aient des enfants , qu’elles gouvernent leur ménage et qu’elles ne donnent aucune occasion à l’entiemi de notre religion de nous faire des reproches, a

A AOAII.ARD. 17.1

Saint Jén^me, persuadé de l’exeellence de ces paroles, met (‘Il garde Eiistochiiim contre les vœux inconsidérés des femmes : « Si celles, dit-il, qui sont demeurées vierges ne sont pourtant pas complètement justifiées à cause de leurs autres fautes, que fera-t-on à celles qui ont prostitué les membres du Christ, et qui ont changé le temple de l’Esprit saint en un lieu de déhauelie ? Il eût été plus convenable qu’elles se fussent mariées , qu’elles se fussent contentées de marcher terre à terre, plutôt que d'avoir voulu s’élever trop haut , pour être précipitées dans le fond de l’enfer. »

C’est aussi pour prévenir ces vœux téméraires que saint Augustin, dans son livre de la Continence des veuves, écrit à Julien : « Que celle qui n’a pas encore embrassé l’état réfléchisse, que celle qui l’a choisi persévère, afin que nulle occasion ne soit donnée à l’ennemi, et que nulle oblation ne soit dérobé'e au Seigneur. » Les conciles même ont décidé, en faveur de notre faiblesse, de ne pas ordonner les diaconesses avant l’âge de quarante ans , et si ce n’est après les plus grandes épreuves ; tandis que les hommes peuvent être ordonnés diacres à vingt ans.

11 est des maisons désignées sous le nom de chanoines n'-guliers de saint Augustin, qui prétendent avoir une règle particulière, et ne se croient inférieurs en rien aux moines, quoiqu’ils fassent publiquement usage de linge et de viande. Si notre faiblesse pouvait égaler seulement la vertu do ces religieux, ne serait-ce pas beaucoup de notre part?

On pourrait sans danger nous laisser plus de lilxirté sur notre nourriture, car la nature prévoyante a doué notre .sexe d’une plus grande vertu de sobriété. Il est reconnu que les femmes vivent de très-peu de chose, et qu’elles n’ont pas besoin, comme les hommes, d’une alimentation substantielle : la physique nous enseigne aussi qu’elles s’enivrent plus difficilement.

Lettre n’iiÊutïsE

Voici lin passiigo de Tliéodosc Macrolx', dans le seplièmc livre des Safnrnales : « Aristote dit que les femmes s’enivrent rarement, les vieillaitls souvent. La femme a le eoijis très-lininide, comme l’annoncent le poli et l'éclat de sa peau, et cette purgation périodique qui la débarrasse d’une Inimenr siipea-flne. Le vin qu’elle lioit rencontre donc dans l’estomac une si grande humidité, qu’il perd sa force et ne peut pins envoyer ses vapeurs an cerveau. » El ailleurs : « Le corps de la femme s’i'pnre par de fréquentes purgations, il est semblable à un crible. De nonibrenx canaux viennent s’épanouir à la surface et fournir des ouvertures et des issues à tonte celle abondance d’iiiimeiirs qu’elle doit rejeter. La dilatation des pores permet aux vapeurs du vin de se dissipi r en un instant. Le corps des vieillards, an contraire, est sec; aussi ont-ils la luaii extrêmement terne et rude an tonclier. »

Vous jugerez, d’après cela, qu’il n’y a point d'inconvénient il nous accorder tonte liberté sur le boire et le manger, et que celte faveur est due à notre faiblessi', puisqu'il nous est difficile d’appesantir nos cœurs par l’inlempérance on par l’ivresse. Notre frugalité naturelle nous préserve du premier cx(!ès, notre constitution inêine nous garantit du second. Ce serait donc ojilenir de notre faiblesse line vertu snflisanle, et iiiêine une grande vertu, si, vivant dans la continence, sans aucune propriété mondaine, et seulement occupées du service divin, nous pouvions égaler dans notre manière de vivre les chefs de l’Église, les religieux la'iqnes eiix-niéines, on enfin ceux qui s’appellent chanoines réguliers, et qui se flattent surtout de suivre l’exemple des apêdres.

Enfin il me semble que c’est un trait de sagesse cl de prudence, dans les pei’sonnes qui se i onsacreiit à Dieu, de faire des vœux moins étendus, afin de |)ouvoir exécuter

A AnviLAiir.

plus qu’ils iront promis, et de joindre des (envies suréroyatoires aux obligations de leur piété. LeVerlie de vérib; a dit lui-même : « Lorsque vous aurez accompli tout ce qui est ordonné, dites : Nops sommes des serviteurs inutiles, sans mérite et sans valeur ; ce que nous avons fait, nous étions obligés de le faire. » C’est comme s’il disait : Vous êtes des gens inutiles, sans mérite et sans valeur, puisque, contents seulement d’acquittc-r ce que vous devez, vous n’ajoutez rien de votre propre mouvement.

Ailleurs encore, parlant eu parabole, le Scignenr fait allusion à ces surérogations volontaires, lorsqu’il dit : « Si vous mettez quelque chose du vôtre, lorsfiuc je reviendrai, je vous le rendrai. »

Si beaucoup de ces téméraires éponsours de la vie monastique faisaient plus d'attention à l’état qu’ils vont embrasser, et qu’ils examinassent plus scrupuleusement la ri'gle à laquelle ils vont se soumettre, ils l’enfreindraient moins par ignorance, et pécheraient inpins par négligence. Mais aujourd’hui qu’une foule de gens courent presque aussi aveuglément les uns que les autres se jeter dans les cloilres, ils y vivent comme ils y sont entrés, c’est-à-dire sans .ordre et sans ri'gle; facilement ils qnt accepté une règle inconnue, facilement ils la bravent, et ne reconnais»sent pou? loi que les usages qui leur plaisent. Les femmes doivent donc bien prendre garde de se charger d’un fardeau sous lequel on voit faiblir et nu'mc succoniber presque tous les hommes. Déjà, nous nous en apercevons, Ip monde a vieilli, les hommes et les autres créatures ont perdu l’ancienne vigueur naturelle ; et suivant lésus-Christ, c’est moins la charité d'un grand nombre que colle de tous les fidèlos qui s’est refroidie. Puisque |es hommes ont dégénéré, il faut donc absolument changer ou adoucir en leur faveur des règles établies pour eux.

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