‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 37 sur 66 · LETTRE DE BERENGER · texte numérisé non relu

LETTRE DE BERENGER

KVÊQÜË DE POITIERS,

A L’ÉYÊOL'E DE MENDE.

En ce lieu barbare, mon corps est sain et sauf au milieu des brigands ; mais chez vous, dans un lieu de religion, mon esprit est en danger. Ainsi, à la face du monde entier, je vous présente le bftton de ma défense, afin que la dent des saints n’ose point mordre celui qui peut vivre encore sous l’éclair menaçant des poignards. Soyez donc l’ülysse de ma cause, afin que Circé, quoique fille du Soleil, n’ose point, par ses imprécations magiques, métamorphoser mon droit; afin que l’astre de ma conscience ne puisse être obscurci par l’envie. Certes, je me croirais moins à plaindre si le gosier des loups s’abreuvait de mon sang, que de me voir déchiré en lambeaux par la dent des brebis. Corrigez donc, excellent pasteur, corrigez ces brebis qui sont les vôtres. Qu’elles ne bêlent plus contre moi : je ne suis pas le loup ravisseur, mais le chien qui veille au troupeau. Fort de votre bienveillance, je lancerai enfin ma parole, toutes voiles dehors, et au milieu de ces Scyllas aboyantes, la main ferme de la raison dirigera mon gouvernail.

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