EN FAVEUR DE PIERRE ABAILARO
Au «oiivorain Poniife, noire Père spécial, noire seigneur Pape Imnocf.nt, son humble frère Pierri-:, abbé de r.liiny, obéissance ei amour.
Pierre Aliailard, le Maître, bien connu, je pense, à votre sagesse, revenait dernièrement de P>ance, et passa par Cliiny. Nous lui demandAnies le but de son voyage : il répondit que, persécuté par la haine de ses ennemis, et chargé du nom d’hérétique, dont il avait horreur, il en avait appelé à la majesté apostolique, et qu’il voulait se réfugier sous sa protection. Nous avons approuvé son dessein, et nous l’avons engagé à s’adresser au refuge toujours ouvert. Nous lui avons dit que Injustice apostolique, qui n’a jamais manqué ni à l’étranger ni au pèlerin, ne lui manquerait pas non plus. Nous lui avons promis que la Miséricorde elle-même, s’il le fallait, viendrait au-devant
(J(“ lui. Pendant son séjour au couvent, inons<'ignour Tahhe de Cîteaux arriva, et tous trois enst'inble nous traitAmes de sa réeoneiliatioii avec monseigneur l’aida' de Clairvaux, du jugement duquel .\bailard avait appelé. Nous tloniiAmes nos soins à opérer cette réconciliation ; nous l'exhortAmes à aller trouver Bernard, accompagné de l’abbé de Citeaux. Nous avons ajouté à nos avertissements, que s’il avait écrit ou énoncé quelque chose qui pût choquer les oreilles catholiques, il cédât aux exhortations de l’abbé et à celles des autres p<.‘rsonnes sages et fidèles, en écartant de son discours de pareilles .sentences et en les ■ ayant de ses livres. Et les cho.ses se pass^'rent ainsi. Il alla, il revint, et nous apprit à son retour qu’il avait vu rab!)é de Clairvaux, et qu’avec la médiation de l'abbé de Citeaux, ils avaient as.soupi leurs anciennes querelles, et fait la paix. Nos conseils, et l’inspiration du ciel, plus puissante que nos conseils, le déterminèrent encore à renoncer aux agitations de l’école et de l’enseignement, et à faire choix de votre abbaye deCluny pour son séjour perpétuel. Son grand Age, sa faiblesse, sa religion profonde, justifiant à nos yeux sa résolution, et l’étendue de sa .science, que vous ne pouvez entièrement ignorer, non.'» paraissant devoir être trèsprofiUible à la multitude de nos frères, nous nous rendîmes à sa volonté ; et, sauf le bon jdaisir de votre Bienveillance, nous lui avons accordé, dans la pieuse pitié et dans la joie de notre âme, de rester av('c nous, qui sommes vos serviteurs en foutes choses, comme vous le savez. Ainsi, très-saint Père, je vous supplie, moi le plus humble de vos serviteurs, votre serviteur cc])endant, fout le monastère de Cluny, qui vous est si entièrement dévoué, vous supplie, Abailard lui-même vous supplie, par lui-méme, par nous, par les porteurs des présentes, vos fils, par celte lettre mémo qu’il m’a prié de vous écrire, qu’il vous plaise
Al l'Al’K l.N.NOCE.M II.
oitloijiier qu’il coule en paix dans votre abbaye de Cluny le reste des jours de sa vie et de sa vieillesse : ces jours peut-être ne sont pas nombreux. Puisque le passereau a trouvé une maison, puisque le ramier a trouvé un nid, que nulle violence au moins ne puisse désormais l’en arracher, ni troubler son repos; il réclame de cette paternelle bonté dont vous étendez les elfets à tous les cœurs purs, et de cet amour dont vous l’avez honoré lui-même, la grâce d’être protégé par \ ous, avec le bouclier de la défense apostolique.
LETTRE