‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 42 sur 66 · I.KTI KK I) IIKI.OÏSt · texte numérisé non relu

I.KTI KK I) IIKI.OÏSt

son esprit méditatif, ne s’accommodaient point d’une foi aveugle dans rinfaillibilité de mes jugements; elle contrôlait l’autorité par le raisonnement, elle examinait l’ensemble et les détails; et je sentais que j’avais moins une élève qu’un juge. »

Elle avait fait dans cette étude de si grands progrès, que Jérôme la proposait pour modèle à toutes les femmes qui se sentaient animées <lu même désir de s’instruire dans la religion. Écrivant à la vierge Principia, entre autres conseils, il ajoute : « Vous avez, où vous êtes, pour l’étude des Écritures et la sanctification du corps et de l’ànie, deux modèles accomplis : Marcelle et Asella; l’une, par les prairies verdoyantes et les fleurs variées des saints livres, vous mènera vers celui qui dit dans le Cantique : « Je suis la fleur deschan»ps et le lis des vallées »; l’autre, elle-même fleur du S<‘igneur, mérite avec vous qu’on lui dise : a Comme un lis au milieu des épines, telle est, parmi les filles des hommes, celle qui repose à mes côtés. » Où tendent ces paroles, maître que tout le monde aime ici? (Mais qui pourrait vous aimer comme moi !) Ce ne sont pas là de vains récits, mais des avertissements. Je veux vous faire souvenir de ce que vous devez à vos filles, afin que vous ne mettiez aucun retard à vous acquitter envers elles. Vous avez rassemblé dans votre Oratoire les servantes du Seigneur, vous en avez fait vos filles spirituelles, et vous les avez inféodées au service divin ; vous nous avez toujours exhortées à nous appliquer avec ardeur à la méditation des divines paroles du Sauveur, à nous pénétrer sans cesse des saintes lectures. Maintes fois vous nous avez recommandé l’étude approfondie des Écritures sacrées, et vous avez insisté sur cette recommandation, disant qu’elles étaient pour l’âme un miroir qui reflète facilement sa beauté ou sa laideur. Nulle épouse du Christ, disiez-vous.

A ABAII.AUD.

ne doit être privée de ce miroir, si elle veut plaire à celui auquel elle s’est dévouée. Vous ajoutiez encore, pour stimuler notre zèle, que le texte sacré lorsqu’il n’est pas compris, est comme un miroir devant les yeux d’un aveugle. Vos conseils n’ont été perdus ni pour mes sœurs, ni pour moi ; nous avons voulu vous obéir en cela comme en toutes choses, de toutes nos forces, et nous nous sommes livrées à cette étude avec cette religieuse ferveur pour les Écritures dont le saint docteur Jérôme dit en quelques endroits : « Aimez la science des Écritures, et vous n’aimerez point les vices de la chair. » Mais plusieurs passages nous embarrassent, et notre lecture en souflre : nous avons nécessairement moins d’amour pour des vérités qui nous échappent, quand nous sentons l’inutilité de nos efforts. Aussi vos disciples ont recours à leur professeur, vos filles à leur père : nous \ous adressons quelques petites questions ; nous vous supplions et nous vous prions, nous vous prions et nous vous supplions de ne point dédaigner de nous les éclaircir, puisque c’est par vos conseils, et même par votre ordre que nous avons spécialement entrepris cette étude. Dans ces questions nous ne suivons nullement l’ordre de l’Écriture, mais nous les posons indistintement au fur et à mesure qu’elles se présentent, et nous vous les envoyons pour les résoudre.

RUIVKNT LES QUESTIONS ü’ilÉLOÏSE, AU NOMBRE DE QUARANTE-hEUX» ET LES SOLUTIONS d'aOAILARD.

LETTRE

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