HISTOIRE DE BRETAGNE, UV. I, CHAP. XI
Xtl* SIECLE.
Qu&nt àux lettres et cognoissance des disciplines et sciences, il ne se peut dire un plus lettré homme, ny plus versé és disciplines, qu’estoit Pierre Aliaelard, natif du bourg de Pallais, au diocèse de Nantes, yssu de noble mai-
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son, vivant au temps du roy Loiiys dit le Jeune, fils de lx)uys le Gros, en l'an 1 1 U, du temps de Conan le Gros, lequel fut si bien institué en toutes lettres, qu’on l’appela L’niverscl, comme ayant compris tous les arts : il est vrai que la grande confiance de son esprit, et l’entière cognoissance et pratique qu’il eut de la dialectique pour toutes démonstrations, le rendit si admirable, et lui engendra aussi une telle asseurance de parler, qu’il tomba trop hardiment en erreurs absurdes, pour vouloir sousmettre à la raison de la démonstration humaine ce qui est de foy et de croyance, et n’est subject ny compréhensible à la ratiocination de l’homme, pour advisé et bon juge qu’il soit ; il le faut atteindre par la foy. 11 se mesla d’entrer si avant aux hauts secrets, qu’il y perdit le fonds, et pour occasion de ce furent faictes contre sa doctrine assemblées et conciles de l’Église, et rencontra cest homme en teste, sainct Bernard, abbé de Clervaux, depuis canonizé entre les saincts hommes de grande doctrine et saincteté de vie, et Anselme, Geoffroy d’Auxerre, et Pierre Maurice, abbé de Clugny, tous hommes de religion et de grand nom en la théologie, lesquels contredirent vivement le dit Abaelard et sa doctrine, tellement qu’ils le contraignirent d’abjurer en plusieurs points, et outre plus bruslèrent ses livres, ayant usé d’une caution, qui fut de ne l’ouyr jamais parler de vive voix, teste à teste en dispute, ny en public, comme bien dit Othon de Frisingeii, faisant en cela fort advisement, car quelque bon corps qu’ils eussent tous, le dit Abaelard estoit si exercé et prestde sa démonstration dialectique, que depuis qu’on venoit à la dispute, il envelopoit son homme en ses syllogismes et colections, si bien que de pas en autre d’une assumption une fois confessée, il boit son contredisant, tellement qu’il ne pouvoit eschappt;r. G’est pourquoy il fallut qu’ils le condemnassent sur
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les livres et par examen de ses propositions, sans 1 ecoiiter de bouche à les défendre, pour ce qu’en dispulation contre les hérétiques on n’y profile jamais guère, car c’est sans cesse qu’on réplique.
Jean Rozelin, ou Raucelin, du mesme pays, en l’an 1 130, précepteur du susdit Abaelard, fut aussi un très grand philosophe, à qui l’on attribue l’invention de la nouvelle maniéré de disputer des matières philosophiques puisées de la doctrine d’Aristote, qui réduisoit toutes matières en questions disputables et argumentations, dont elle a esté dicte questionnaire, et laquelle a esté trouvée si agréable, que les théologiens, légistes, médecins et grammairiens, l’ont receüe. Othon de Frisingen dit que Rozelin fut le premier qui inventa la science des vocables et noms qu’on dict termes en la logique, autres disent, que ce fut le dit Abaelard qui l’accommoda à la théologie. Tant y a, que de là s’engendrèrent deux sortes de factions entre les philosophes, lesquelles ont duré par les universitez de l’Europe l’espace de trois cents ans, les uns se disant Réaux, qui eurent pour leurs défenseurs Albert le Grand, sainct Thomas d’Aquin, Jean Duns dit Scotus. Quant aux Nominaux, ils furent introduicts par Guillaume Ockam Anglois.