‹ Abailard et HéloïseChapitre 10 sur 80 · SIR ARAU.ARU ET IIKI.OISE · texte numérisé non relu

SIR ARAU.ARU ET IIKI.OISE

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quelque mérite. Mais Foulques n’écrivait que sur des ouï-dire, exagérés encore sans doute par une pieuse indignation. Quant à la pauvreté d’Abailard, il est facile de concevoir que, peu habile à se conduire, assez vain pour être magnifique, riche de la conscience de sa force, en droit de compter sur l’avenir, et absorbé dans les soins de son amour, il n’eût pas encore songé à se ménager des ressources dont il ne prévoyait pas le besoin.

La lettre de Foulques produisit sans doute son effet; du moins on ne voit pas qu’Abailard ait tenté de réaliser ses projets de vengeance. Peut-être aussi compritil bientôt qu’il devait iieu compter sur l’appui de son monastère. L’abbaye de Saint-Denis était une de celles oïl n’avait pas pénétré la réforme; ses richesses, le voisinage de Paris et de la cour, y entretenaient les relâchements de la vie mondaine; et, si l’on en croit Abailard, l’abbé, comme premier en dignité, surpassait encore en honteux désordres tout le reste de sa communauté.

Le nouveau religieux n’avait pas contracté, avec le devoir de la soumission, la patiente bumilité de la charité. Le malheur donnait peut-être plus d’âpreti' a sa raison, et il n’avait pas accoutumé sa supériorité à se contraindre. Abailard ne dissimula pas son indignation des scandales qui frappaient journellement ses regards ; il s’en expliqua tant en public qu’en particulier, et, de son aveu, il se rendit insupportable à ses confrères. Fn prétexte honorable se présenta pour l’éloigner, et ils saisirent l’occasion de se délivrer d’un censeur si incommode. A peine avait -il été guéri, que ses disciples étaient accourus autour de lui, le suppliant de recommencer a les insiruire. Ce qu’il avait donné.

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(lisaifiiit-ils, a l’ainoiir (h^ la oti du gain, il le devait

maintenant à l’amour du Seigneur, (|ni ne manquerait pas de lui demander eom|)te avec usure du talent remis à sa disposition. Dieu évidemment avait voulu que, libre des attraits de la volupté, loin des tumultueux embarras du siècle, il pût va([iier à l’étude, et substituer au ])bilosopbe mondain le philosophe religieux. Ils renouvelaient sans relâche leurs sollicitalions, tant auprès de lui (ju’auprès de son ahhé, et celui-ci, ainsi que les moines, d’autant plus dis])Osés à les accueillir que la présence cl’Abailard leur devenait plus à charge, le déterminèrent à se rendre aux vœux ([u’on lui exprimait. Il se retira à la campagne, dans une maison dépendante du monastère, et là il se remit à enseigner, non-seulement la théologie, ainsi que l’exigeaient les convenances tle son état actuel, mais aussi les lettres profanes « dont, à la manière d’Origène, dit-il, ce premier des philosophes chrétiens, il se faisait un appât pour attirer les esprits, par une odeur philosoplhciue, au goût de la véritable philosophie. »

Les amis de la science accoururent comme de coutume à ses leçons : « les logements, dit-il, ne suflisaient pas pour les contenir, le ])aysi)onr les nourrir. » Les autres écoles devenaient désertes, et la haine ranimée trouxo, dans les nouvelles obligations aux(iuelles Abailard s’était soumis, de nouveaux moyens d’attaqne. On lui reprocha en même tem])s, comme moine, renseignement profane, et renseignement théologi((ue comme s’y étant immiscé de lui-même, sans l’attache on l’autorisation d’un docteur en théologie, formalité, à ce qu’il parait, nécessaire alors.

Guillaume de (’.himi[)eaux et Anscdnag l’écolâtre d(' Laon, étaient morts; mais .Mhéric et Lotulphe, disciples

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de 1 ’écülàlre et anciens rivaux d’Abailard, prétendaient dominer les écoles comme l’avaient fait ces deux maîtres. Le temps ne leur était plus favorable; ils s’adressèrent au clergé et tâchèrent d’éveiller sa sollicitude sur des méthodes et des doctrines dont le public commençait à se faire juge, indépendamment des autorités officiellement chargées de diriger ses opinions. Ce petit public dont s’entourait Abailard n’élait pas jdus que lui disposé au scepticisme ; pleins de foi, au contraire, dans la religion et dans la raison, le maître et les disciples croyaient fermement pouvoir arriver, par la force de l’intelligence, à la démonstration de A^érités qu’ils n’imaginaient pas qu’on pût révoquer en doute. Animés de cette double confiance, les élèves d’Abailard avaient désiré, nous dit-il, « des arguments philosophiques et jiropres à satisfaire la raison, le suppliant de les instruire, non à répéter ce qu’il leur apprenait, mais à le comprendre; car, ajoutaient-ils, nul ne saurait croire sans avoir compris, et il est ridicule d’aller prêcher aux autres des choses que ne peuvent entendre, ni celui qui professe, ni ceux qu’il enseigne, a Soit qu’il vînt du maître ou des disciples, ce langage était sincère : « Quel pouvait être le hut de l’étude de la philosophie, sinon de conduire a l’étude de Dieu, auquel tout se doit rapl)orter? Dans quelles vues permettait-on aux fidèles la lecture des écrits traitant des choses du siècle et celle des livres des Gentils, sinon pour les former à l’intelligence des vérités de la sainte Écriture, et à l’hahileté nécessaire pour les défendre"? » Gomment enfin la dialectique, le |)lus haut exercice des facultés humaines, n’eût-elle pas conduit naturellement à l’étude de la théologie, regardée comme leur plus haut emploi? Ainsi ([u’il le dit lui-méme, Abailard, dialecticien ilès

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le berceau, pouvait difticileiiieiit concevoir une science qui n’eùt pour base celle dont il -avait fait l’étude de sa vie. Très-disposé à se rendre aux vœux de ses disciples, il composa alors, pour leur usage et comme sujet de ses leçons, son Introduclion à la théologie, où il se propose, dit-il, de défendre la Trinité et ITmité de Dieu contre les arguments philosopliiques. » C’est dans ce but surtout qu’il lui paraît nécessaire de « s’aider de toutes les forces de la raison, afin d’empêcher que, sur des ([uestions aussi difficiles et aussi compliquées que celles qui font l’objet de la foi chrétienne, les suhtilités de ceux de ses ennemis qui font profession de philosophie ne [larviennent trop aisément à altérer la sinqilicité de notre foi. » Ainsi, renonçant dans cet ouvrage à ta voie de l’autorité, il se réduit aux simples secours du raisonnement, tire ses arguments et ses citations des poètes et des philosophes aussi bien que des Pères ou des livres saints, et emploie alternativement la force et la subtilité de son esprit à surmonter la plus haute difficulté peut-être que se puisse imposer un esprit ami de la vérité, celle de prouver par le raisonnement ce qu’il croit en vertu d’une autorité autre que celle de la raison.

Le succès de Y Introduclion à la théologie détermina l’orage qui grondait autour d’Abailard. Albéric et Lotulphe triomphèrent d’avoir enfin, contre l’ancien objet de leur haine, quehiue chose de plus positif que des discours imparfaitement recueillis et transmis de bouche. Ils ne savaient pas bien encore (piel motif d’accusation leur fournirait l’écrit d’Abailard; mais ils étaient sûrs d’en trouver un. L’infaillible instinct de la médiocrité jalouse leur faisait reconnaître, dans la supériorifé seule, une sorte de crime contre leipiel il n’est

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pas difficile d’animer la foule, parce qu’elle croit y voir un danger. A quoi bon, disait-on, écrire de nouveau sur ce qui a déjà été suffisamment expliqué ou ne saurait l’être, et par quelle inconvenance s’aider, dans un sujet sacré , des arguments ou de l’autorité des écrivains païens? Une partie du second livre de VIntroduction à la théologie est destinée à repousser ces attaques. Abailard traite ailleurs avec un grand mépris les hommes qui anatliématisent sa dialectique comme un art sophistique ettrompeur, et illescompare au renard de la fable qui essaie de grimper à un cerisier pour en manger les cerises, et qui, retombé sans les pouvoir atteindre, dit en colère : « Je ne me soucie pas de cerises, cela est détestable. »

Des arguments et des moqueries ne suffisaient pas pour déconcerter les ennemis auxquels Abailard avait affaire. Puissants à Rheims, oii ils dirigeaient les écoles, ils attirèrent dans leur [larti l’archevêque Raoul dit le Vert, et en obtinrent la convocation d’un concile provincial à Soissons, pour juger les doctrines d’Abailard sur la Trinité. Ce concile se tint en 1 P21 , en présence de Conon, évêque de Preneste, et alors légat du pape en France. Abailard fut invité à y apporter son livre ; et la veille de son arrivée, le peuple, à qui l’on avait persuadé qu’il enseignait trois dieux, poursuivit à coups de pierres deux de ses disciples. Il n’en vint pas moins rempli de confiance. Abailard avait souffert de la violence, mais il ne connaissait pas encore l’injustice légale et n’était pas arrivé à douter de la puissance de la vérité. 11 ouvrit en arrivant un cours public, où chaque jour, avant la séance du concile, il exposait au public ses o]tinions sur les mystères de la foi. L’occasion sans doute échauffait son éloquence. On l’admirait; le

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peuple el le clergé revenaient des préventions qu’on leur avait inspirées contre lui, et se disaient : « Le voila qui parle en public, et personne ne lui répond; ce concile, assemblé, assurait-on, i»rincipalenient contre lui, avance sans (jne l’on ait encore prononcé son nom ; aurait-on découvert que c’est lui ([ui a raison, et non [>as ceux (jui l’accusent? »

En ettet, le concile tirait à sa lin, et personne n’avait osé porter les premiers coups a ce redoutable adversaire. Abailard, en reconnaissant aux trois [)ersonnes divines une seule et même essence, les avait distinguées l)ar certains attributs plus particulièrement projtres à chacune : an Père la puissance, au Fils la sapience, au Saint-Esprit l’amour. C’était sur cette distinction ([ue I on avait voulu d’abord fonder l’accusation de tritbéisrne. Il paraît qn’on l’avait abandonnée, et ses ennemis, peu subtils sans doute, s’épuisaient en \ain a eu ti-ouver d’autres. L’embarras croissait cbatiue jour; il fallait en venir enfin au fait, et tous les jours avec plus de défaveur. Albéric se rendit cliez Abailard, accompagné de quelques-uns de ses disci|)les, et après quehpies discours de politesse, il lui dit qu’il s’étonnait de cette proposition contenue dans son livre : «Lorsqu’on dit que Dieu a engendré Dieu, n’était que Dieu est un, je nierais que Dieu ait pu s’engendrer lui-même. » Abailaid offrit de lui donner les raisons de son opinion.

« En de telles matières, répondit Albéric, nous ne faisons aucun cas de la raison humaine et de notre jiropre sens; nous ne nous attachons qu’aux paroles des autorités.— Ouvrez donc le livre, dit Abailard, et vous trouverez mes autorités. « En (‘ffet, prenant son ouvrage des mains d’.Mbéric (|ui l’avait apporté, cl l’oinrant jiar fiasard a l’endroit (pi’il ebeirliait, il lui innnlra, (■il('es

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à l’appui (le son u|)iiiiüu, ces [taroles de saint Augustin : « QuicoïKfue tient (pie Dieu par sa puissance ait pu s’engendrer lui-inènie tombe dans une telle erreur, tpu' non-seulement ce n’est jilusDieu cpi’il conçoit; ce n’est pas même une créature soit spirituelle ou cor|)orelle, car il n’existe rien qui s’engendre soi-même. » Albéric, enqiressé et ravi de trouver un mauvais sens, n’avait pas remarqué la citation. Ses disciples rougirent; ipiant à lui, il prétendit (jue le passage demandait explication. Abailard fit observer que cette opinion n’était pas nouvelle; (pi’au reste cela importait peu, puisque Albéric tenait non au sens, mais aux paroles; ajoutant cependant (pie pour peu qu’il prît quelque plaisir cà entendre des raisons, il était jirêt à lui démontrer ({ue, d’après ses propres jniroles, c’était lui qui était tombé dans l’hérésie de ceux (pii prétendent que le Père est à lui-même son propre lîls. A ces paroles, Albéric furieux lui dit ipie ni ses raisons ni ses autorités ne lui serviraient de rien dans cette affaire, et sortit en proférant de violentes menaces.

Le dernier jour du concile était arrivé. Avant l’oiiverture de la séance, le légat, l’archevêque de Rlieims, l’évêque de Chartres, Albéric, Lotulphe et quebpies autres se réunirent en particulier pour délibérer enfin sur ce ({u’il y avait à faire d’Abailard et de son livre. L’impossibilité de trouver la matière d’une accusation avait adouci les préventions des uns, forcé la haine des autres à ipielques ménagements, et parmi les hommes considérables du concile, Abailard avait aussi quelques amis. Au nombre de ceux-là était Geoffroi , évêque de Chartres, prélat éclairé et respectable. Profilant de ce moment d’hésitation, il rei)résenta à ses collègues le danger d’agir violemment coiiire un homme tel (pu'

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Ahailard, la iiiulUtude de t^es partisans qui ne inaiKjueraient [las, si on le jugeait sans l’entendre, connue quel(|ues-uns paraissaient le conseiller, d’attribuer cette conduite cà l’envie, ce (jui pourrait mettre bientôt le public de son côté : « Si vous voulez, dit-il, procéder canoniquement contre lui , ipie sa doctrine soit exjiosée en filein concile ; ([u’interrogé , liait la liberté de répondre, et qu’ainsi , lorsipie vous l’aurez convaincu et forcé d’avouer son erreur, il se trouve réduit au silence. »

A cette proposition, les ennemis d’Abailard ne purent dissimuler leur effroi. « Belle idée , s’écrièrent-ils, d’aller nous mettre en butte à la loquacité de cet homme et combattre avec lui d’arguments, (|uand nous savons que personne ne peut tenir contre ses sopbismes! » L’évêque vit à quel point cette crainte agissait sur les assistants, et désespérant de la vaincre , il chercba une autre voie de salut : « Le concile était, dit-il . trop peu nombreux pour juger une semblable cause ; son avis était que l’abbé de Saint-Denis, qui avait amené Abailard, le reconduisît à son abbaye, et que là il fut convoqué une assemblée des hommes les plus doctes, chargés de statuer, après un mûr examen, sur ce ([u’il pourrait y avoir à faire.» Ce conseil plut à la jilnpart de ceux (jui étaient présents , et le légal , se levant pour aller dire la messe avant d’entrer en séance, lit a\ertir Abailard de se tenir jirêt à partir.

Albéric et Lotulphe comiirireiit ([u’il ne leur restait plus d’esiiérance si l’affaire était portée hors ilu diocèse de Kheims. Ils représeutèrcnl à rarchevêipie combien il lui était injurieux ipie cette cause sortît ainsi de ses mains, et lui tirent craindre ipi’Abailard ne parvint di' cette manière a leur échaiiper eiitièrciiieiit .

Tous trois se rendirent aussitôt auprès du légat pour l’engager à en finir sur-le— champ, et, sans autre forme de procès, à faire brûler le livre en condamnant Abailard à la réclusion jierpétuelle dans un monastère. « Il suffisait, disaient-ils, pour mériter ce traitement, qu’Abailard se fût permis de faire des lectures publiques de son livre et d’en laisser prendre des copies sans 1 autorisation du pape ou de l’Église.» Cette raison, la plus propre de toutes à faire elîet sur le légat, n’empècbait cependant pas (.ju’il ne répugnât à la mesure qui lui était demandée.

Rome , occupée de ses démêlés avec les empereurs , mettait peu d’intérêt à ces subtilités théologiques encore sans infiuence sur les affaires de ce monde. Le légat en son particulier ne s’était jamais fatigué d’études, et son bon sens italien s’étonnait de tant de passion apportée en de si futiles discussions. Mais entre puissants les intérêts du faible sont rarement une cause de discorde , et lorsqu’il ne s’agissait que de prononcer sur le sort d’un homme , sans aucun préjudice pour les prérogatives de la cour de Rome , un légat n’avait rien à refuser à un archevêque de Rheims. Celui d’Abailard fut bientôt décidé au gré de ses persécuteurs. L’évêque de Chartres, qui en fut averti , l’alla prévenir, l’engageant à se soumettre avec d’autant plus de douceur que la conduite envers lui devait paraître plus violente. Des marques de haine si odieuses et si manifestes devaient nécessairement lui tourner bientôt cà profit; et quant à la réclusion, l’évêque l’assura ciu’il ne devait s’en inquiéter en aucune manière, certain ([ue le légat, qui avait agi malgré lui, comptait l’en délivrer dans très-peu de jours.

C’étaient là les conseils ipie devait donner un évêque, et Abailard n’a\ait ni hors de lui, ni probablement en

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lui-mènie assez d’appui pour y résister. Abattu et eonsteriié, il se laissa conduire devant le concile. Là, sans aucune espèce de discussion , on lui ordonna de brûler son livre de sa i)ropre main'. Cependant j)Our (ju’il ne fût pas dit qu’on avait prononcé sans aucun motif de condamnation, un des accusateurs murmura timidement ({U on axait découvert dans le livre cette {)roposition (jne Dieu le Père est le seid tout-puissant. Le légat, l’ayant entendu, s’écria : « Cela n’est pas jtossible; un enfant ne tomberait pas en pareille erreur ; tout le monde sait et professe qu il y a trois tout-puissants. » A quoi se prenant à rire, un docteur nommé Terrières répondit par ces paroles de saint Athanase : « Et pourtant il n’x a ]»as trois tout-i)uissants, mais un seul tout-puissant. » Son évêque, aussi indigné (]u’effrayé, voulut réprimer tant d’audace; mais Terrières , se levant, s’écria dans le langage de Daniel : « .le vous le déclare, enfants d'Israël; sans juger et sans conuaîtn' la vérité, x'ous avez condamné un lils d Israël : retournez ’pour le Juger de nouveau, et jugez le juge (jui , institué poiu’ redresser les erreurs, vient de se condamner de sa propre boucbe. » L’archevêque , se levant à son tour pour réparer la bévue du légat : « Certes, messire, reprit-il , le Père est tout-puissant, le lils tout-puissant, le Saint-Es})rit tout-puissant.» Il demanda ensuite ({u’Abailard fît sa profession de foi; mais, comme celui-ci se levait pour s’ex])li(pier, ses accusateurs, redoutant les premières [)aroles (pii allaient sortir de* sa bouche, se luitèrent de

’ .M)ailar(i lut l'Oiidaiiuié sans être cnU'iidn, lant (jii craij^nail les t'Il'els |inissaiils de sa iogi(|in*. On lier dans Uervaise le détail des inlrignes(]ni eurent lien dans ce l•^lnl•ilc, cl i|ni ne fniit |ias grand lionnenrs an\ jiiélats du vir siècle

SI K ABAIl.AIÎI) ET llÉl.OÏSE.

(lire (|u’il suflisait de lui faire réciter le symbole de saint Athanase; et, comme s’il eût été incapable de le dire de mémoire , ils le lui présentèrent par écrit. A ce deriner affront, Abailard perdit ce (pi’il lui restait de force ; ses larmes , ses sanglots éclatèrent et accompagnèrent la lecture du symbole, (jui termina cette séance d’humiliation. Il tnt ensuite conduit prisonnier à l’abbaye de Saint-Médard de Soissons-

Il y arriva dans un état de désespoir difficile a exprimer, facile à comprendre. L^’abbé et les moines de Saint-Médard, fiers de posséder un tel homme et esjjérant le garder parmi eux , le reçurent avec honneur et n’oublièrent rien })Our le consoler. Mais la prédiction de révê(]ue de Chartres ne tarda pas à s’accomplir; le cri {)ublic s’éleva avec une telle force contre les auteurs d’un [)areil scandale (pie tous, cherchant à s’en excuser, commencèrent à se rejeter la faute tes uns sur les autres, et, peu de jours aiirès, le légat, détestant publi- (piement l’animosilé (pi’avait montrée en cette occasion le clergé français, relâcha Ahailard de sa jirison de Saint-iMédard et le fit reconduire <à Saint-Denis.

Il n’y devait pas Ironver un long repos, et peut-être le repos lui était-il difficile. Ce couvent lenait à grand honneur d’avoir eu, disait-on, pour fondateur, Denis l’aréopagite, converti par saint Paul, et nommé par lui premier éxûqued’Al lûmes. Selon Rède cependant, Denis l’aréopagite avait été évè(pie, non d’Athènes, mais de Corinthe, et autre jiar consiapienl (pie le fondateur de Saint-Denis. Ahailard découvrit un jour cette contradiction entre le fait affirmé par Rède et la prétention des moines de Saint-Denis. 11 ne maïupia pas de faire part en riant de cet h' découvi'i te à ses confrèn's. Sérieusement offensés, ils opposi'renl a\(“c coli're a l’autorité de

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Bùcle celle d'Hilduin, comme infiniment préférable. Un érudit ne pouvait adhérer sur ce point. La dis|)ute s’échauffa; on courut avertir l’ahhé d’un crime (pii tendait à déshonorer le couvent, à ternir même la irloire de la France qui a reconnu saint Denis ])Ourson patron. En vain Âbailard fit observer (pi’il lui paraissait assi'z indifférent que le saint Denis fondateur du monastère eût été l’aréopagite ou un autre, puisque Dieu leur avait également accordé à tous deux la couronne du martyre; en vain même écrivit-il à l’abbé une lettre (pii a été recueillie dans ses œuvres, et oii il tâche de concilier les opinions en admettant deux saints Denis évêques de Corinthe, l’un desipiels aurait été d’abord évêque d’Athènes, puis de Corinthe, puis enfin martyrisé en France. La blessure était troj* profonde ; trop d’anciennes haines se joignaient à ce nouvel affront. Le chapitre assemblé, il fut décidé qu’on irait immédiatement dénoncer au roi le moine séditieux cpii osait attenter à l’honneur de la couronne. Ahailard. remis en attendant sous bonne garde, était dégoûté de se tier a la justice des hommes. Aidé de quelques moines touchés de son sort, et par les secours de plusieurs de ses disciplqs, il parvint à s’échapper durant la nuit et se réfugia à Provins, sur les terres de Thibaut, comte de Champagne, dans le monastère de Saint-Ayoul, dont le prieur était de ses amis. 11 y vivait trampiille sous la protection du comte, qui avait pris intérêt à ses malheurs, lorsque l’abbé de Sainl-Denis vint visiter celui-t'i pour quelque affaire ; Abailard pria Thibaut d’obtenir pour lui la permission de demeurer a Saint-Ayoul. L’abbé refusa d’y consentir. Abailard persécnté ne cessait pas d’appartenir à Saint-Denis; laissé libre, il allait transporter a une aulre abbaye l'houucui' de celte pré-

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