SAINT BERNARD
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SI U AHAILARl» ET HÉLOÏSE.
rnif (le leurs maris et de leurs entants. Partout son zèle iiillexilde, son infatigable persévéranee allaient clierclier des prosélytes; partout ses prédications portaient l’elfroi dans bis consciences, n le trouble dans les lamilles; les tennnes, dit-on, cachaient leurs maris, les mères leurs fils. » Mais rien n’échappait à saint Bernard de ce ([u’il avait résolu d’atteindre; et des colonies de n'clns sortaient de Clairvanx, comme Clairvanx était sorti de Cîbamx, pour aller élever de tons côbïs de nonvelb^s retraites, fondi'es de même dans llinmilité, pour
arriver bient(')tïi la puissance. Il semblait (pi’nne nouvelle (!!■(> religieuse se i)ré[Kufit pour le monde. L’ébranlement donné par Grégoire \ II, du haut de la chaire pontificale, pénétrait partout dans la société, et s’y manifestait avec un redoublement d’énergie, sous la main d’nn dominateur aussi puissant et plus sûr peut-être de son pouvoir, car ce poiwoir résidait en lui seul.
(Irégoire VII avait voulu être à la fois le réformateur (d le maître de la chrétienté : réformer et maîtriser étaieid également le but de saint B('rnard, et, en suivant cette double tendance , saint Bernard, de même (jue Gnïgoire , obéissait aux nécessités de son temps aidant (pi’à celles de son caractère. Il est pour les dominations une épü({ue de jeunesse oïi le ciel leur sourit, on les hommes leur ap[)laudissent , empressés à se ranger sous un jong tutélaire, ardents à proclamer les droits d’nn iioiivoir aiipelé par les besoins de la société. Tout paraît alors permis à la 'puissance , car tout ce (pi’idle entre[)rend semblait depuis longtemps nécessaire. Pres({nc tous ses actes se [larcnt aux yeux des peuples d’une sorte de légitimité; et la pensée usurpatrice (jui préside au bien même opéré [lar nn pouvoir sans coidiûle ni' se révèle i[U(‘ lorsipie, di'vi'im incapable
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(le iaire le bien, le pouvoir se eroit encore le droit de rc'gner. La force de (fn'îKoirc Vil avait résidé dans l’harmonie de sa volonté avec le vœu et l’esprit de son b'inps. Lass(;s de servir de jouet a tous les peines d( licmice , insultés dans leurs droits par la capricieuse tyrannie des honuni's puissants et dans leur foi par les désordres des lioinmes d’éplise, les pcujiles réclamaient a prands cris une justice contre les insolences du pouvoir et l’impunité du scandale. Au nom de la seule justice ([iii puisse peser sur tous , (Irepoire imposa ses lois à ceux ([ui ne reconnaissaient pas d* rcples, contraip'uit le clerpé à la riMorme, les souverains a l’obeissance, et la société connut avec joie (lue ses oppresseurs avaient un maître. Elle n’en demandait i»as alors davantape. Nul ne rechercha la source d’un pouvoir dont l’emploi était consacré par l’assentiment universel, et la iilupart s’inclinèrent avec un respect rehpieiix (levant des violences révérées comme les foudres du ciel, parce (pi’elles tombaient à la fois sur les vices et
sur les puissants de la terre.
Mais Rome avait trop entrepris pour être en état de tout poursuivre. .Idée bienhM, dans les voies, les chances et les intérêts de la politiipie luirement humaine , elle laissa languir l’iruvre de régénération (jiii avait honoré son despotisme, et ne retint guère , des travaux de Grégoire VII, (pie ses essais d’envahissement. Cependant la rélorme restait à accomplir. Commencée et réclamée, elle avançait , mais leuti'inent, faute d’un guide. Saint Bernard naipiit pour prendre ce grand riMe. 11 continua l’entreprise de Grégoire VII , dans le nuhne esprit, ipioupie avec une importante dilVérencedans les moyens, iTsiiltat de la (limM-eiu'e des silualioiis. llepourvu de imissaiiiv lemiiorelle, saint Bernard exerça un pouvoir moral jdiis
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pur et i»lus actif, mais dirigé vers le même but. Ueeruter partout des soldats à l’Église, multiplier les foyers de dévotion, sanctifier, instruire, agrandir le clergé, mettre entre ses mains le dépôt de la doctrine, exciter sa vigilance à le maintenir intact , placer les mœurs civiles sous la surveillance de la censure ecclésiastique, établir enfin en ce monde le règne du Seigneur sur le pouvoir de ses prêtres, telle fut la constante pensée de saint Bernard, et son temps vit comme lui, dans le pouvoir tliéocratique (ju il s efiorçait de fonder, le légitime gouvernement de Dieu, le seul aiapiel le genre humain se soumît par son choix et ponr son pro])re avantage. Ainsi le sentiment des droits de l’homme devenait l’une des hases du pouvoir absolu de l’Église.
On ne saurait dono» douter que les ])remiers fauteurs et partisans de la réforme ne fussent du nombre de ces esprits hardis et impatients de perfectionnement, plus importunés des vieux abus qu’effrayés, de semer de nouvelles chances dans l’avenir. Ils avaient à combattre tout ce qui trouve son profit ou son repos dans le sommeil de la société, les esprits grossiers (pii ne savent rien concevoir au-delà de ce qu’ils voient, les esi.rits indolents qui se refusent à la peine de prévoir et de juger, l’inertie des habitudes, l’ancienne possession du pouvoir. On s’indigna plus d’une fois de voir troubler de paisibles simoniaques et inquiéter des marchés (|ui fai- .saient la sûreté des fortunes particulières , on allégua les
droitsdes familles depuislongtemps en jouissancedubieu
des pauvres ; on demanda pourquoi tant de nouveautés et ce qui reviendrait au monde de ces études, de ces austérités imposées aux moines, au lieu d’une vie commode et joyeuse. 11 fallut appeler toute l’activité de l’inteltigeuce à l’aide du progrès commencé ; et tonte la raison.
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foutes les lumières du temps travaillèrent dans le sens du parti théocratique.
Cependatd le principe d’opposition (pii avait présidé cà sa naissance devait bientôt se manifester dans son sein, et révéler ce (pi’il y avait de contradictoire entre les moyens des réformateurs et leur projets, entre leur sitnation et les principes qu’ils y voulaient applicpier. Dans la disposition des esprits, tant d(! ceux ipi’il fallait conduire (pie de ceux ([ni avaient droit a ^ouveiin i, l’idée d’une théocratie semblait naturelle , jurande , applicable. Mais la seule base qu’on ])ût alors lui donner, le christianisme, répugne par sa nature au gouvernement tbéocrati([ne, et devait bientôt le tronblei par son action. La théocratie est un moyen de civilisation cpii convient aux temps de barbarie, a ces époipie^ de profonde ignorance oii les idées du petit nombre s’imposent sans résistance et sans moditication .à des populations avides de croire et incapables de juger. Ni l’ignorance ni la criklnlité ne maïupiaient aux populations du douzième siècle ; mais le christianisme n avait |)as été tait pour elles. Né an sein d’une civilisation déjà avancée, issu d’un grand dévelop[)ement de sentiments et d’idées, il avait eu pour premier objet de briser chez les .Inifs le joug tliéocratûpie, de détruire le règne des Lharisiens, de soustraire les es[)rits à la tyrannie des formes, pour les rendre à l’empire de la vérité siqu’cme, sentie et acceptée par la conscience individuelle. Uépandu ensuite au dehors de la .ludée, chez les [>eu|des les [dns éclairés de la terre, élaboré [tendant onze siècles [tar de puissants et subtils es[)rils, ex[di([né, étendu en tons sens autant ([ue le pouvait [termettre la foi, le christianisme offrait, dans les seuls écrits avoués et révélés (!(> l’Église, une multitude d’autoritt'S et d’argu-
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iiienls, armes de diseussion plutôt (lu’iiisti umciits de jioiivoir, et il ne [louvait devenir l’olijet (ruiie attention sérieuse et d’n ne étude réfléchie sans laisser bien tôt éclater les pennes d’activité et de liberté renfermés dans son sein. Pendant (juebiue temps, cette étude, cette attention ne devaient être, comme on l’a dit, le partape (jue d’un petit nombre d’hommes qui en rece- \ aient un (lévelojipement précoce, sans rapport avec l’état de la société. Ceiiendant, comme leur intluence, active ([uoiiiue peu étendue, s’exercait dans une sphère assez élevée, et firoduisait déjà iiuelques dissentiments parmi les hommes chargés de l’enseipnement des doctrines, la pnerre avait promptement éclaté entre les premiers et les seconds novateurs; et au temps d’Ahailard et de saint Bernard, le jiarli réformateur s’était divisé en deux factions bien distinctes, dont rime voulait retenir entre ses mains te mouvement jiropressif imprimé au monde, tandis (pie l’autre cherchait à l’accélérer en appelant au concours toutes les forces de l’intelligence. La première, jirocédant de l’extérieur à l’intérieur, prescrivait mie règle à chaque action, une direction à chaipie iiensée, jilaçait la vertu de riiomme sous la garde des autorités préposées à sa conduite, et le faisait marcher à la perfection chargé des liens de l’obéissance. L’autre, fondant les devoirsde rhomme sur sa liberté, ne lui donnait pour maître (|ue sa conscience, et pour règle ([ue sa conviction. C’est ainsi (pi’Ahailard veut faire de la raison la hase de la foi, et jilacc dans l’intention seule le mérite ou le démérite de l’action. Tel est le principe fondamental du traité de morale connu sous le nom d’Eihira, ou Scilo le ipsum, (pi’il composa, selon toute apparence, |tour Lusape de son (Toli^ du Baracli'L- Cet oiixrapi' est le plus remanpiahle
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(le ceiF\ (|iii nous reslenl de lui. Idus à l’aise appareiuuieut (|ue dans les discussions tli(3ol.o^i([ues, Abailard y a {)Ouss(3 beaucoup j)lus loin les cousécpieiices de ses principes, (ju’oii retrouve d’ailleurs fortenieut empreintes dans toute sa pbilosopbie et dans les opinions ipi Héloïse avait sans doide reçuesde lui. Cependantees conscjcpiences étaient telles (|u’elles touchaient de toutes l)arts aux doctrines tliéologi(jnes. Ainsi Abailard, non plus que (|uel(jues {(ères de l’Église, ne met |)oint en doute le salut des vertueux |)aiens. Il établit (ju’on ne {(eut inquiter à crime l’erreur ado{(tée de bonne ldi, bien ({ue, {(our se mettre d’accord avec ({uelques {(assages des apôtres, il suppose que Itieii les châtie de {(fines tem{(oraires. Entin, et surtout, il s’élève contre cette rigueur ascéti({ne qui place le {(('“ché dans le plaisir même que nous procurent les objets de nos sens, indé- ((endaniment de l’usage ({u’on en fait. Il tient l’usage des biens et des facultés que Dieu nous a donnés {(Our légitime lors({u’on en use suivant ses intentions. Cette o{(inion, soutenue avec une assez grande liberté {)ar un bomme sincèrement soumis aux devoirs et même à l’es{)rit de son état, constitue la diüérence profonde qui séparait Abailard des théologiens de son tem{)S. Entre eux et lui se déhattaient la cause de la liberté et celle de larègle. L’union de ces deux {(uissances n’a{(partienl ({u’à ces tem{(s éclairés <{ui sont comme l’âge viril des nations. 11 est, {(Our les ((cuples comme {(Our les individus, un état d’enfance ofi la raison des hommes, loin d’être en état de les conduire, {(eut à {(fine suffire à les soumettre. La liberté ne se {(r((duit alors (jiie {(aides désordres ({ui contribuent, sans doute, aux {(rogrès du dévelo|(|(ement social, mais (jue peuvent à bon droit red((uter les généi'aliinis aux dép(!us de (pii se fait le