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(Ml sctM-(!t (le saj^es averlissemeiits , et a^it envers lui avee tant (-le raison et de modestie (jne celui-ci, toucln; de coni|)onction , promit de s’en remettre sur tons les [loints à son jugement et de se corriger. Mais ce même Pierre n’eut pas [ilus lot (juitté l’homme de Dieu, (jue, stimulé par de mauvais conseils , vain des forces de son esprit et se fiant mallienreusement en sa grande expérience dans l’art de disputer, il rétracta rengagement plus sage ([u’il avait pris. Sup[)liant en outre l’évêque de Sens, niétro[)olitain de la province, de réunir dans son (sglise un nombreux concile , il accuse l’abbé de (dairvaux d’attatiner ses livres en secret, ajoute cpi’il est prêt à les défendre à la face de tout le monde, et prie (pie, si ce susdit abbé a ipicbiue chose contre lui, il soit ajipelé à ce concile. Il est fait ainsi (pie Pierre le demande. Mais notre abbé refuse d’abord nettement de se rendre à l’invitation (pi’on lui adresse de venir à ce concile, disant ([ue cette atfaire n’est })as sienne. Cependant ensuite, cédant aux conseils d’bommes importants, et craignant ipie par l’eftét de son absence le scandale ne s’augmente parmi le peipile et ({ue les forces ue croissent à son adversaire, il consent enfin à se mettre en roub!. Mais ce n’est jias sans tristesse et sans larmes (pi’il fait cet effort sur lui-mcme , ainsi ({u’il le dit dans une lettre an pape Innocent, où il détaille pleinement et clairement toute cette affaire.
(( Le jour arrive enfin où , devant une nombreuse assemblée du clergé', le serviteur de Dieu présente les écrits de Pierre Abailard, et en désigne les passages erronés. En définitive , ou donne à celui-ci le choix, ou de nier (pie les ouvrages soient de lui , ou de reconnaître
I ('(ilicilc (i(' Si-iis, cil 1 1 iO.
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KSSAI IIISTOUlyi E
liunihlyiiieiit et de rectiliei" ses erreurs , ou de répondre, s il le peut, aux raisons et aux preuves tirées des saints Pères (ju ou lui opposera. Mais lui qui ne voulait pas se lepentir, et se sentait pourtant hors d’état de résister à l’esprit de sagesse qui parlait contre lui , en appelle, pour gagner du temps, au siège apostoIi(iue. Bernard, cet admirable défenseur de la foi catlioli(iue, lui dit alors (ju’il doit être bien certain (ju’on ne se portera à aucune rigueur contre sa personne, le conjure de répondre lil)rement et en toute sécurité, lui demande seulement d’entendre et de supporter avec patience tout ce qu on aura à lui objecter, et lui répète (|u’il ne sera frappé d’aucune sentence. Mais cela même , Abailard le refuse complètement. Aussi avoua-t-il dans la suite aux siens, comme eux-mêmes le disent, qn’à cette heure il sentit sa mémoire se troubler presque entièrement, sa raison s’obscurcir et son sens intérieur s’évanouit . Malgré cette obstination, le conseil renvoya cet homme libre, mais sévit contre son abominable erreur, et s abstint de toucher à sa personne, mais condamna ses dogmes pervers. »
L’apologiste d’Abailard ne présente pas le concile de Sens sous des couleurs si graves et si douces. « Après le repas, dit Bérenger de Poitiers, on apporta le livre de Pierre, et l’on ordonna cà l’nn des assistants de le lire a haute voix. Celui-ci, plein de haine pour Pierre , et fout inondé du suc de la vigne, non pas du suc de celui qui dit : « C est moi qui suis le vrai cep, » mais du suc de cette vigne qui étendit le patriarche nu dans son aire, se prit à lire plus bruyamment qu’on ne le lui avait demandé. Voilà que bientôt les pontifes sautent, frajipent du pied, rient, plaisantent; en sorte ipi'il était aisé de voir (pCils rendaient hommage , non pas a Christ, mais
Sin ABAlLARn ET IlELOISE.
a Bacchiis. Et puis, ils se saluent le verre en main, vantent leurs rasades, célèbrent les vins, s’en arrosent le gosier.... Et lorsque quelque passage subtil, divin et inaccontuiné pour eux résonnait à leurs oreilles pontificales, aussitôt ils frémissaient dans leur cœur, ils grinçaient des dents contre Pierre , et portant sur le philosophe leurs yeux de taupes: «Nous laisserions vivre «ce monstre-là ! » disaient-ils; et secouant la tête comme des Juifs : « Voilà celui qui détruit le temple de Dieu. » Ainsi des aveugles jugent des paroles de lumière... des ivrognes condamnent un homme sobre... des chiens déchirent un saint. . . des pourceaux rongent des perles. . . La chaleur du vin monta si bien au cerveau des prélats que la léthargie du sommeil se répandit sur leurs yeux. Pendant que le lecteur crie, l’auditeur ronfle. L’un s’appuie sur le coude pour fermer les yeux en liberté; l’autre s’étend mollement sur un coussin pour reposer ses paupières appesanties. Et lorsque le lecteur rencontrait dans les œuvres de Pierre cpielque chose d’épineux, il criait aux sourdes oreilles des pontifes : « Damnalis? « (condamnez-vous?) » Et quelques-uns, s’éveillant à peine à la dernière syllabe , répondaient la tête branlante et d’une voix endormie : « Damnamus (nouscon- « damnons) ; » et d’autres, éveillés en sursaut au bruit de peux (jui condamnaient ainsi , balbutiaient à leur tour en retranchant la première syllabe : « Namus (nous « nageons). » Oui vraiment, vous nagez; mais nager, pour vous , c’est exciter une tempête , c’est vous noyer.»
Étrange tableau ! étrange contradiction des deux tableaux ! Évidemment l’un et l’autre narrateur s’est livré à sa passion et à son patron avec un emportement et un aveuglement (jui étonnent notre temps, temps d’impartialité indihérenle ou hypocrite, qui ne sait plus