I.XXVI
HSS.VI IIISTOltiyrE
olaiotit encore honorés el respectés, quelque suspect qu’eu parût l’emploi. Saint Bernard surtout, qui, dans sa visite au Paraclet, avait été naguère si frappé de la supériorité d’Héloïse, fiortait a Abailard, niênie en le condamnant, une admiration mêlée d’intérêt. Abailard fit bientôt, de celte noble dis[)Osition de ses plus illustres adversaires, une éclatante épreuve. A peine arrivé à Lyon , il apprit que le pape avait non-seulement conbrme le jugement du concile tle Sens, mais condamné ses écrits au feu, excommunié l’auteur, et prescrit ([u’il passât le reste de ses jours enfermé dans un monastère. Abattu autant (pi’agité, ne sachant que résoudre, Abailard cherchait un conseil et un refuge. L’abbaye de Cluni était voisine. L’abbé Pierre-le-\ énérable, l’im des bommes les j.lus respectés du siècle, le recueillit le rassura, le soutint, et se chargea de le réconcilier avec saint Bernard et avec le pape. Abailard accepta tout; il succombait. Longtemps l’ardeur de sou esprit lui avait tenu beu de force d’ànie, et les joies de l’orgueil l’avaient ranimé au sein des revers; il ne sentait plus ni joie ni ardeur. Hésigné, ou plutôt é|)uisé, il cessa toute résistance, toute lutte, et ne parut plus songer qu’à remi.lir dans les murs de l’abbaye ses devoirs de moine soumis. 1 iei I e-le-Vénérable intervint partout en sa faveui. Il lit agir auprès de saint Bernard un de ses plus affidés disciples, Hainard, abbé de Cileaux. 11 écrivit lui-même au pajie, en l’informant du désir ijiie témoignait Abailard de rester à Cluni :
« Nous avons trouvé le dessein bien convenable a son âge, a sa faiblesse, à sa jiiété; et pensant (|ue sa science, qui ne vous est point inconnue, serait utile à nos frères
en si grand nombre, nous y avons consenti . Je vous
demande donc, moi |(>I (|uel , mais loul a vous, el il
Sl'K AHAILAUÜ ET HÉLOÏSE.
VOUS le (leiuamle lui-mènie, par lui- même, j)ar nous, par cette lettre (|u’il nous a supplié de vous écrire, par les porteurs qui vous la remettront, de permettre qu’il |)asse dans votre maison de Cluni le reste des jours, ])eu nombreux peut-être, de sa vie et de sa vieillesse; en sorte que |)ersonne ne le })uisse expulser de cette demeure, ((u’il se réjouit, comme un passereau, d’avoir trouvée, de ce nid oïi il est heureux, comme un touitei’eau , de s’être abrité. »
Le succès couronna i)artout ces charitables effoids. Saint Bernard fit la paix de bonne grâce ; le pape leva rexcommunication. L’autorité du pieux abbé de Cluni dissipa au dehors les l'estes de l’orage qui avait accablé le [)hilosophe, tandis qu’au dedans sa bonté s’appliquait cà le relever de son abattement. Mais la bonté des hommes ai’j'ive presque toujours trop tard. Abailard était brisé de corps et d’âme. Au milieu des austérités (ju’il s’infligeait, il fut atteint d’une maladie douloureuse. En pi'oie à une fièvre constante, il dé|)érissait a vue d’œil. L’abbé de Cluni s’inquiéta, et l’envoya au prieuré de Saint-Marcel, à Châlons-sur-Saône, dans l’espoir que le déplacement, un air nouveau, lui seraient salutaires. Les premiers moments parurent favorables ; mais au bout de quelques jours le mal empira rapidement, et le brillant professeur, le théologien téméraire (jui avait fait tant de bruit dans le monde, mourut en humble moine, au fond d’une abbaye obscure, le 21 avril 1 142, âgé de soixante-trois ans.
Dès ([u’il en fut informé, Pierre-le-Vénérable envoya au Paraclet un exprès chargé d’annoncer à Héloïse l’amère nouvelle : « A des yeux clairvoyants, lui écrivait-il, saint Cermain n’a })as été plus humble, saint Martin plus pauvre. Son âme ne méditait, sa langue ne