‹ Abailard et HéloïseChapitre 31 sur 80 · I.KTTliE d’aUAII.AKI · texte numérisé non relu

I.KTTliE d’aUAII.AKI

une somme de devoirs dont la pliii)art ne ja-uvent en aucune manière être remplis par des femmes^, (ju’elles soient an rang de supérieures ou de subordonnées. Presque partout l’ordre naturel est renversé, et nous voyons les abbesses et les nonnes dominer le clergé lui-même, auquel le peuple à son tour est soumis , avec une facilité d’autant plus déplorable à induire le clergé en de mauvais désirs , ((n’elles sont investies d’une puissance plus étendue, et qu’elles exercent sur lui une autorité plus despotique.

Le poète satirique avait en vue cet inconvénient lorsqu’il dit :

Rien n’est pins insupportiible qn’nne femme opulente

Après de longues réflexions sur ce point, j’avais résolu de prendre soin de mes sœurs du Paraclet autant qu’il me serait possible, et d’étendre ma prévoyance à tous leurs besoins; pour augmenter encore leur sonmission et leur respect, je voulais aussi les surveiller par ma présence corporelle. Persécuté présentement })ar mes fils avec pins de rage et de violence (jne je ne l’avais été autrefois palmes frères, j’irais, loin des agitations de cette tourmente, me. réfugier auprès d’elles comme dans un port de tranquillité , pour y respirer un peu. Puisque la parole divine ne pouvait rien sur les moines, là du moins je trouverais des canirs oii elle frnctilierait , et l’exécution de mon dessein contribuerait sans doute à mon saint, pnisqu’elli' apporterait un secours nécessaire à leur faiblesse.

Mais Satan a tellement semé les obstacles autour de moi, que je ne trouve ancnn abri pour me reposer, ni seulement pour vivre. Errant et fugitif, il semble que je traîne partout la malédiction de- Eaïn. .!(> le répèti', an dehors les

I Jiivémil, Sal. vi.

LE MUINE EMPOISONNE. P.

A UN AMI

coinbals, au dedans les craintes, éternisent mon agonie. Une dis-je? Au dedans comme au dehors, c’est un enfer de craintes sans cesse renaissantes, de craintes et de combats tout à la fois. La persécution de mes fils contre moi est cent fois plus infatigable et plus terrible que celle de mes ennemis. Car mes fds sont toujours là, face à face avec moi, et je suis rivé à mon tourment. Au moins je vois venir l’attaque de mes ennemis et l’arme qui en veut à ma vie, si je sors du cloître; mais lorsque je suis renfermé avec mes fils, c’est-à-dire avec les moines qui me sont confiés comme à un père en ma qualité d’abbé, il me faut lutter tout ensemble contre la ruse et la violence de leurs complots. Combien de fois n’ont-ils pas essayé de m’empoisonner, comme on fit à l’égard de saint Benoît ! La même cause qui le força d’abandonner son troupeau pervers pouvait m’autoriser à suivre l’exemple d’un si grand pasteur: car s’exposer à un péril certain, c’est peut-être tenter témérairement le ciel plutôt que l’aimer; c’est peutêtre un véritable suicide. Toutefois je me contentai d’employer toute la vigilance dont j’étais capable à me préserver des pièges de cette nature qu’ils me tendaient chaque jour, .le ne m’en liais plus qu’à moi-même dans le choix de ma nourriture et de ma boisson. Alors ils tentèrent de se défaire de moi à Tautel môme, pendant le saint sacrifice, en jetant du poison dans le calice. Un autre jour, que j’étais venu à Nantes visiter le comte dans samaladie,et que j’étais logé chez un de mes frères selon la chair, ils voulurent m’empoisonner par la main d’un serviteur de ma suite, persuadés que dans la maison de mon frère je serais moins en garde contre une pareille trahison. Mais le ciel voulut que je ne touchasse point aux aliments qui m’avaient été préparés, et un moine que j’avais amené avec moi de l’abbaye en ayant mangé par hasard, mourut sur-le-champ.

Page 1