‹ Abailard et HéloïseChapitre 33 sur 80 · A ABAILARD · texte numérisé non relu

A ABAILARD

avons besoin de le savoir. Il no vous reste que nous seules dans le monde ; laissez-nous notre part dans vos douleurs et dans vos joies. Les cœurs blessés trouvent quelques consolations dans la pitié qu’ils inspirent ; un fardeau soutenu par plusieurs est porté plus facilement et paraît plus léger. Si cette tempête vient à se calmer un peiq hâtez, hâtez vos lettres, nous ne saurions être trop tôt rassurées. Üuel qu’en soit le contenu, elles ne peuvent manquer de nous faire du bien, (iar elles nous prouveront du moins que vous conservez notre souvenir.

Qu’il est doux de recevoir une lettre d’un ami absent! Sénèque nous l’enseigne par son propre exemple lorsqu’il écrit à Lucilius : « Vous m’écrivez souvent, et je vous en remercie ; car vous vous montrez à moi de la seule manière qui vous est possible. Je ne reçois jamais une de vos lettres que nous ne soyons aussitôt ensemble. » Si les portraits de nos amis absents abusent doucement nos regards, et charment les regrets de l’absence par un vain fantôme de consolation, quelle joie plus vive ne devons-nous pas ressentir en recevant les lettres qui nous apportent l’empreinte véritable de l’ami absent !

Grâce au ciel, ce moyen vous reste encore de nous rendre votre présence; l’envie ne vous le défend point, aucune difticnlté ne s’y oppose ; que les délais, je vous en supplie, ne viennent point de votre négligence.

Vous avez écrit à votre ami une longue consolation, en vue de ses malheurs, il est vrai, mais touchant les vôtres. En les rappelant avec exactitude pour le consoler, vous avez grandement ajouté à notre désolation ; en voulani adoucir ses blessures, vous avez ouvert de nouvelles plaies dans notre douleur, et vous avez élargi les anciennes. Guérissez, de grâce, les maux que vous avez faits, puisque vous versez !(> baume sur ceux que d'autres ont causés.

loi;

Page 1