I.ETTUIÎ d'au VILAlil
pas été ainsi mieux préparé à raeeomplissemenl de lunl cv ([ui est lionnèle^ puisque le jouy accablaut de la eoiicupiseenee ue pèse plus sur moi '! Eu retraueliaul de mou corps CCS parties méprisables, qui sont appelées honteuses pour la boute (jui s’attache à leurs fouctious, et (jui ue peuvent supporter leur nom véritable, la Grâce divine ue m’eu a point privé, elle m’eu a purifié, elle n’a fait qu’éloigner de ma nouvelle robe d’innocence les impuretés et les vices.
Cette inaltérable tranquillité du corps, cette léthargie des sens, fut si vivement désirée de jilusieurs sages, qu’ils allèrent jusqu’à attenter sur leur personne pour s’assurer à jamais contre le retour de ces grossiers appétits et contre ces sollicitations de la chair, dont saint Paul prie vainement le Seigneur de l’alfranchir. Nous en trouvons un exempk' dans Origène, ce grand philosophe des chrétiens, qui, pour éteindre l’incendie dans son foyer, n’a pas craint d’attenter sur lui-même, assignant dans sa pensée le rang des bienheureux à ceux qui abdiquent leur virilité pour acquérir le royaume de Dieu, et persuadé qu’ils accomplissent véritablement le précepte du Seigneur qui nous engage à couper et à rejeter tous les membres qui seraient pour nous un sujet de scandale. 11 prit à la lettre, et non dans le sens du mystère , ces paroles du prophète Isaïe , par lesquelles le Seigneur témoigne la préférence qu’il accorde aux eunuques sur les autres fidèles : « Les eunuques (jui observeront mes jours de sabbat, et qui s’attacberont à ce (jui me |)laît, je leur donnerai une jdace dans ma maison et dans l’enceinte de mes mnrailles, et un nom (jni sera meilleui' jjoureux que des lîls et des filles, .le leur donnerai un nom éternel qui ne jiérira jamais. » Origène a cejK'iidant commis une grande faute en mutilant son cor|)s j)our en |»reveiiir les révoltes et les faiblesses.
l'Iein de zèle, sans doute, maisd'uu zèle mal edaire, il a
A HÉLOÏSE. 15;i
encouru rinculpation d’hoinicide en porlanl le ter contre lui-même. Une suggestion du démon ou quelque erreur profonde a égaré sa main fanatique ; quant à moi, la pitié du Seigneur nUa déchargé d’une semblable responsabilité. Ma chair est vaincue, et ma main n’est pas coupable. Je mérite la mort, et Dieu me donne la vie. Il m’appelle, et je résiste ; je persiste dans mon crime, et malgré moi il me traîne au pardon. Et cependant je vois l’Apôtre qui prie, et qui n’est point exaucé; qui insiste dans sa prière, et qui ne peut rien obtenir. Ah! véritablement le Seigneur s’inquiète de moi. J’irai donc et je publierai les grandes choses que le Seigneur a faites pour mon âme.
Venez vous joindre à moi, soyez ma compagne inséparable dans l’action de grâce , puisque vous avez partagé la faute et le pardon. Car le Seigneur n’a point oul)lié votre saint ; et, loin de vous oublier, il vous marquait déjà pour le ciel avec un divin présage, et dotait votre berceau d’une auréole de sa gloire, en vous appelant Héloïse, de son propre nom, qui est Élohim.
C’est, dis-je, un effet de sa clémence, d’avoir fait suffire un de nous an salut commun, quand le démon s’efforçait de consommer par un de nous notre perte commune. Peu de temps avant la catastrophe, l’indissoluble loi du sacrement nuptial nous avait enchaînés l’im à l’autre, et tandis que je ne songeais qu’à fixer pour toujours auprès de moi celle qui avait rempli mon cœur d’un amour inexprimable. Dieu préparait déjà la circonstance qui devait ramener nos pensées vers le ciel.
En effet , si nous n’eussions pas été mariés , ma retraite du monde, ou les conseils de vos parents, on l’attrait des voluptés vous auraient retenue dans le siècle. Voyez donc combien le Seigneur s’est inquiété de nous, comme s’il nous avait réservés à quelque grand et magnifi([ne usage,
LUTTKK l)’AltAII.AUI>
et qu'il se fùl indif(iié ou al'lligé ((ue ces Taleiilsdc la scieiicc et de i’esprit qu’il nous avait conliés à tous deux ne fussent pas exclusivement consacrés à riionneur de son nom ; ou enfin comme s’il avait redouté la faiblesse et la cliute de son serviteur, ainsi qu’il est écrit : « Les femmes font même apostasier les sages. » Le plus sage des mortels. Salomon, en est la preuve.
Tous les jours votre Talent, c’est-à-dire votre prudence, produit avec usure [)Our le Seigneur. Déjà vous lui avez engendré un grand nombre de filles spirituelles, et moi je reste stérile, et je travaille en vain parmi des enfants tle perdition. Ob ! quel affreux malheur ! Dutdle perte irréparable si, réduite aux impuretés des plaisirs cbarnels, vous enfantiez avec douleur un petit nombre d’enfants pour le monde, tandis que vous engendrez avec joie une famille nombreuse pour le ciel ! Vous ne seriez qu’une femme, vous (pai êtes maintenant supérieure aux bommes, et qui avez échangé la malédiction d’Ève pour la bénédiction de Marie. Quelle profanation si ces mains sacrées, qui interrogent chaque page des divines Ecritures, étaient condamnées aux soins vulgaires et avilissants qui sont le partage des femmes!
Dieu a lavé lui-méme toutes nos souillures, il nous a relevés de nos fangeux abaissements. Il a daigné nous attirer à lui par cette force toute-puissante qui renversa saint Daul quand il voulut le convertir. Peut-être aussi nous a-t-il destinés à rabattre par notre exemple l’orgueil des savants.
Ne vous affligez donc plus, ma chère sœur, je \ ous cai conjure ; cessez d’accuser un père (pii nous corrige si tendrement ; examiiHîz plutôt ce cpii est f'crit : « Le Seigneur châtie ceux qu’il aime ; il corrige ceux ([u’il r(‘(,-oil au nombre de ses enfants. » Et ailleurs : « Eelui ipii (‘pargnc la verge, hait son fils. » Eelle jK'ine est passagère cl non (‘(cruelle ; elle nous purifie, cl ne nuiis perd pas.
,V HÉLOÏSE
Prenez courage, écoutez le prophète : o Le Seigneur ne portera pas deux fois sou jugement, et sa vengeance ne s’élèvera pas deux fois contre la meme faute. » Écoutez cette parole souveraine et sortie delà bouche même de la Vérité : « [)ans votre patience vous posséderez vos âmes. » D’oii Salomon a dit : « L’homme patient vaut mieux que le courageux, et celui qui maîtrise son esprit, que celui qui force les villes. »
N’avez-vous point de larmes, point de douleur amèi’e pour le Fils unique de Dieu , saisi par des impies, traîné, flagellé, la face voilée, moqué, souflleté, couvert de crachats, courommé d’épines, attaché à une croix infâme entre deux voleurs, moid enfin dans cet horrible et exécrable supplice, pour vous sauver, vous et le monde ? C’est lui, ô ma sœur, qui est votre véritable Époux et celui de toute l’Église. Ayez-le toujours devant les yeux, portez-le dans votre cœur. Voyez-le marchant au supplice pour vous, et portant lui-même sa croix. Augmentez la foule, et soyez du nombre des femmes qui se frappaient la poitrine, et qui pleuraient, comme le dit saint-Luc : « Il était suivi d’une foule de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et le pleuraient. » Il se retourna vers elles avec bonté, il leur prédit la vengeance qui suivrait de près sa mort, et leur enseigna comment elles pourraient s’en garantir : «Filles de Jérusalem, leur dit-il, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ; car le jour s’approche où l’on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n’ont point conçu, et les mamelles qui n’ont point allaité ! Alors on dira aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous ! car si le bois vert est ainsi traité, que fera-t-on du bois sec ? »
Compatissez à celui qui a souffert volontairement pour voire rédemption, et associez-vons aux douleurs de cette
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croix qu’il porte pour vous; approchez-vous eu esprit de sou sépulcre, pleurez et attristez-vous avec les saintes femmes, desquelles il est écrit, comme je vous l’ai dit plus haut : « Les femmes assises près du sépulcre se lamentaient en pleurant le Seigneur. » l’réparez avec elles des parfums pour sa sépulture, mais qu’ils soient spirituels et non matériels; car ce sont ceux-là qu’il vous demande, puisqu’il n’a pu recevoir de vous les antres. Mettez donc à souffrir pour lui toute l’ardein- de votre zèle, toute la force de votre dévotion.
Le Seigneur lui-même, par la houche de Jérémie, exhorte les fidèles à prendre leur part de ses douleurs : « Vous tous qui passez par ce chemin, dit-il, considérez et voyez s’il est unedoulenr semhlable à la mienne! «C’est comme s’il disait: Y a-t-il une mort digne d’être pleurée en présence de celle que je souffre pour ex})ier le crime des autres, innocent moi-même? Or c’est lui seul qui est la voie par où les fidèles reviennent de l’exil et rentrent dans leur patrie.
Cette croix, en effet, du haut de laquelle il s’écrie, c’est l’échelle du salut, qu’il a dressée pour le genre humain; sur ce bois le Fils unique de Dieu est mort pour vous ; il a été offert en holocauste, parce qu’il l’a voulu. C’est sur lui seul qu’il faut gémir et se lamenter, se lamenter et gémir. Accomplissez ce que le prophète Zacharie a prédit sur les âmes dévotes : « Elles mèneront le deuil comme à la mort d’un fils unique, et elles le pleureront comme on a coutume de pleurer un premier-né. »
Voyez, ma sœur, quelle aflliction profonde témoignent les amis d’un roi pour la perte de son fils uniqué et i)remier-né. Envisagez la désolation de la famille et le deuil de la cour entière; et lorsque vous serez parvenue jus(|u’à l’épouse de ce fils unique, vous ne pourrez supporter les sanglots déchirants de sa douleur.
A IIÉI.OÏSE.
Telle soit voire iil'tliclion, ma sœur, tels soient vos sanj^^ots sur la mort de cet époux dont vous avez obtenu Thcureusc alliance. Il vous a achetée, non pas avec ses biens, mais avec lui-même. C’est avec son propre sang qu’il vous a achetée et rachetée. Examinez ses droits sur vous, et combien vous êtes précieuse à ses yeux.
Aussi l’Apôtre, comparant la valeur de son âme et l’inestimable prix de la victime qui s’était livrée elle-même pour son salut, rond hommage à la grandeur de ce bienfait et s’écrie : « Loin de moi l’idée de me gioritier, si ce n’est en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par lequel le monde a été crucifié pour moi, et moi pour le monde. » Vous ôtes plus que le ciel, vous êtes plus que la terre, puisque le Créateur du monde s’est donné lui-même pour votre rançon. Mais quel mystérieux trésor a-t-il donc découvert en vous, lui à qui rien n’est nécessaire, si pour vous posséder il a consenti à toutes les tortures de son agonie, à tous les opprobres de son supplice? Qu’a-t-il cherché en vous, si ce n’est vous-même? Voilà votre amant véritable, celui qui ne désire que vous, et non ce qui vous appartient. Voilà votre amant vérital)le, celui qui disait en mourant pour vous : « Personne ne peut pousser l’amour plus loin que de donner sa vie pour ses amis. » C’était lui qui vous aimait véritablement et non pas moi. Mon amour, qui nous traînait tous deux dans le péché, n’était que de la concupiscence : il ne mérite pas le nom d’amour. Le moyen d’assouvir ma malheureuse passion, voilà tout ce que j’aimais en vous. J’ai, dites-vous, soullért pour vous, cela peut être vrai ; mais j’ai plutôt souffert à votre occasion, et même contre ma volonté. Non pour l’amour de vous, mais par la violence dont on a usé contre moi ; non pour votre salut, mais pour votre déscs- ])oir. C’est pour votre salut, au contraire, c’est de sa pleine