‹ Abailard et HéloïseChapitre 39 sur 80 · I.KTTItK D’iliaoïSh · texte numérisé non relu

I.KTTItK D’iliaoïSh

Enfin, si, ù rnxolnsion des lionnnes, nous n’accordüns riiüspilalité qu’aux feinnies, combien n’irriterons-nous pas contre nous les premiers, à qui la faiblesse de notre sexe nous force si souvent d’avoir recours, surtout si nous paraissons avoir moins de reconnaissance pour eux, de qui nous recevons davantaf^e, et même ne répondre à leurs bienfaits que par une ingratitude absolue?

Si nous ne pouvons remplir dans sa teneur la règle prescrite, je crains que les paroles de l’apôtre saint Jacques ne servent à notre condamnalion. « QuicoïKjue, ditil, ayant gardé tout le reste de ta loi, la viole en un seul point, est coupable comme l’ayant violée tout entière; » ce qui revient à dire : Celui qui accomplit plusieurs [)réceptes est coupable par cela même qu’il n’a pas tout accompli. Et pour un seul point violé, il devient transgresseur de la loi; car elle ne peut être accomplie que par l’observation de tous les commandements. L’apôtre saint Jacques, pour faire sentir cette vérité, ajoute : « Celui qui a dit : Vous ne commettrez pas d’adultère, a dit aussi ; Vous ne tuerez point, ülais, quoique vous ne commettiez point d’adultère, si vous avez tué, vous êtes transgresseur de la loi. » C’est comme s’il disait ; Une condamnation entière est donc rései'vée au transgresseur d’un seul commandement, parce que le Seigneur, qui défend une chose, défend aussi l’autre. Et la violation d’un précepte, quel qu’il soit, est un outrage au divin Législateur, qui n’a pas fait consister la loi dans un seul point, mais dans tous les commandements à la fois.

Mais, sans vous citer les dispositions de la règle dont l’observation est impossible ou au moins dangereuse pour nous, convient-il que des religieuses sortent de leur couvent pour aller aux moissons et travailler aux champs? Une année d(‘ noviciat peut-elle suftisammcnt pronv(‘r la vocation

V AllAILAUD.

IGf»

(rune femme? et la lecture de la règle ^ trois fois répétée selon l’ordonnance, peut-elle suffisamment l’instruire? Quoi de plus insensé d’ailleurs que de s’engager dans une route inconnue, et qui n’est pas même frayée? Uuoi de plus présomptueux que de se choisir un genre de vie dont on ignore, les difficultés , et que de faire des vœux qu’on ne saurait remplir ? Si la prudence est la mère de toutes les vertus, et la raison la médiatrice de tous les liiens, on ne peut regarder ni comme une vertu ni comme un bien ce qui s’éloigne de ces deux qualités. En ellét, selon saint Jérôme, les vertus qui dépassent la borne et la mesure doivent être mises au rang des vices. N’est-ce donc pas s’écarter de la prudence et de la raison que de ne pas consulter les forces de ceux à qui on impose des fardeaux, et de forcer la nature dans sa constitution ? Un âne peut-il porter la charge d’un éléphant? Un enfant, un vieillard, ont-ils la même vigueur qu’un homme ? Imposet-on les mêmes charges à la force et à la faiblesse ? les mêmes devoirs aux malades et aux gens qui se portent bien? Peut-on enfin exiger autant d’une femme que d’un homme, du sexe faible que du sexe fort ?

Ue pape saint Grégoire, dans le quatorzième chapitre de son Instruction pastorale, établit une distinction au sujet des avis et des commandements : « 11 faut, dit-il, avertir les hommes d’une manière, et les femmes d’une autre, parce qu’on doit enjoindre à ceux-là des choses plus difficiles qu’à celles-ci ; et, s’il faut de grandes épreuves pour exercer les premiers, il en faut de légères pour attirer doucement les autres à la religion ».

11 est certain que ceux cpii ont écrit des règles pour les moines n’ont point parlé des femmes. Et même, en rédigeant ces statuts, ils savaieut bien qu’ils ne pourraient jamais convenir aux femmes. Ils ont assez prouvé par là

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(|ii’il lie fallait pas imposer le iiièiiie joug au laureau et à la génisse, et eondaiimer aux mêmes travaux ceux que la nature avait créés si dittérents. Saint Benoit posséda cette jirudence : plein de l’esprit de tous les justes, il a égard aux individus et aux temps ; sa règle est sagement disposée en vue que toutes choses soient faites avec mesure. (Commençant d’abord par l’abbé, il lui recommande de veiller à ses moines de manière à se mettre ii la portée de chacun d’eux, de les ménager, chacun suivant ses qualités ou son intelligence, afin que le troupeau qui lui est confié ne dépérisse pas entre ses mains, mais qu’il ait la joie de le voir augmenter. 11 lui enjoint de se défier toujours de sa propre fragilité, et de se souvenir qu’il ne faut pas fouler aux pieds le roseau qui chancelle. Qu’il fasse acception des circonstances, et se rappelle la prudence du saint homme Jacob, disant : « Si je lasse mes troupeaux en les faisant mai’cher trop vite, ils mourront tous en un même jour ; » enfin, que les exemples et les témoignages de cette prudence, mère des vertus, toujours présents à son esprit, lui fassent apporter en toutes ses prescriptions un tel tempérament, que les faibles ne soient point découragés, et que les forts puissent désirer de faire quelque chose de plus.

C’est dans cet esprit de modération et de convenance distributive, qu’il favorise d’une dispense les enfants, les vieillards et les infirmes; qu’il ordonne de faire manger avant les autres le lecteur ou les semainiers et ceux qui sont employés au service de la cuisine , et qtte même à la table commune il a réglé la qualité et la quantité des aliments et des boissons suivant les Individus. 11 a traité avec beaucoup de soin chacun de ces objets.

Dans la (piestion des jeûnes il relâche aussi (pielquc chos(‘ de la rigueur des statuts, selon la saison, la quanlitc de travail el la faiblesse des constiluliuiis.

A AllAILAUf).

Or dites-iuoi^ je vous prie, quelle serait la rè^de qu’aurait imposée à des femmes celui qui, dans celle qu’il a établie pour les hommes, proportionne tout aux temps et aux tempéraments, pour qu’elle n’excite jamais le murmure , et qui la rend également supportable à tous? Si , en effet , il a adouci la rigueur de sa règle en faveur des enfants, des vieillards et des intirmes, suivant la nature de cliacun, que n’eût-il pas fait en faveur de notre sexe, dont la faiblesse est si connue? Examinez donc combien il est déraisonnable d’obliger les femmes à suivre la même règle que les bommes, et d’imposer aux forts et aux faibles une charge uniforme.

Je pense qu’il suffit à notre faiblesse d’égaler en vertus de continence et d’abstinence les chefs de l’Église et ceux (pii sont dans les ordres sacrés , puisque Jésus-Christ dit lui-même : « C’est être parfait que de ressembler à son maître. » Je croirais même que nous ferions beaucoup si nous pouvions égaler les pieux laïques qui vivent dans le monde; car nous admirons dans les faibles ce qui nous paraît peu de chose de la part des forts; et, selon l’Apôtre : « C’est dans la faiblesse que la vertu brille. »

Mais ne croyons pas que la religion des laïques, celle d’Abrabam, de David, de Job, même dans l’état du mariage, ne croyons pas, dis-je, que cette religion soit lieu de chose. Lisons plutôt saint Chrysostôme , dans son septième sermon sur l’Épître aux Hébreux : « Nous avons, dit-il, plusieurs charmes puissants pour endormir la bête infernale. Quels sont-ils ? le travail, la lecture, les veilles. Mais que nous importe à nous qui ne sommes pas moines? Si vous me faites cette réponse, faites-la plutôt à saint Paid lorsqu’il dit : « Veillez dans la patience et la prière »; et « Ne prenez point souci de la chair dans les coiieupiseences. d

lETTIUî n'ilÉLOÏSr.

« Or ce n’éliiit pas seiileuient pour des moines qu’il [)arlail ainsi ^ mais pour tons ceux (pii liabitent les villes. En effet, un homme du siècle n’a de plus qu’un moine que la liberté de vivre avec une femme. La loi lui en donne la permission sans le dispenser des autres devoirs ; et sa vie est soumise dans tout le reste aux obligations de l’état monastique. Car les béatitudes qui sont annoncées par le Christ n’ont pas été annoncées pour les moines seulement; autrement, Jésus-Christ aurait borné la vertu aux limites du cloître, et condamné le reste du monde à périr. Alors, comment pourrait-on considérer le mariage comme un état honorable, puisqu’il nous priverait de l’c'spérance du salut ? »

Ces paroles prouvent assez clairement (pie celui qui ajoutera la continence aux préceptes de l’Évangile égalera la perfection monastique. Et plût à Dieu (pie notre profession nous obligeât seulement à suivre la perfection évangélique sans vouloir nous forcer à paraître plus que chrétiennes !

C’est assurément, si je ne me trompe, ce qui a engag('‘ les saints Pères à ne pas établir pour nous, comme ils l’ont fait pour les hommes, une règle générale; ils ont craint de nous imposer une loi nonvelle et des vœux trop lourds pour notre faiblesse, suivant le passage de l’Aputre : « La loi produit la colère; en eflel, on il n’y a point de loi, il n'y a point aussi de prévarication. » El ailleurs : « La loi est survenue pour donner lien ;i l’abondance du peche. »

Ce grand prédicateur de la continence, persuadé de notre faiblesse, oblige pour ainsi dire les jeunes veuves a de secondes noces : (( Je veux, dit-il, (pie les jeunes veuves se remarient , qu’elles aient di'S entants, (pi’elles gouv(‘rnent leur ménage el (pi’elles lu* donnent aucune occasion a reimemi de notri' religion de nous laire des re|)r()ches. »

\ ABAlLAKn.

Saint Jérôme^, persuadé de l’excellence de ces paroles, met en garde Eiistocliinm contre les vœux inconsidérés des femmes : cf Si celles, dit-il, qui sont demeurées vierges ne sont pourtant pas complètement justifiées à cause de leurs autres fautes, que fera-t-ou ii celles qui ont prostitué les memlires du Christ, et qui ont changé le temple de l’Esprit saint en un lieu de débauche ? Il eut été plus convenable qu’elles se fussent mariées , qu’elles se fussent conlentéés de marcher terre à terre, plutôt que d’avoir voulu s’élever trop haut, pour être précipitées dans le fond de l’enfer. »

C’est aussi pour prévenir ces vœux téméraires que saint Augustin, dans son livre de la Continence des veuves, (‘crit à Julien : « U>ie celle qui u’a pas encore embrassé l’état 'rélléchisse, que celle qui l’a choisi persévère, afin (pie nulle occasion ne soit donnée à l’ennemi, et que nulle oblation ne soit dérobée au Seigneur. » Les conciles même ont décidé, en faveur de notre faiblesse, de ne pas ordonner les diaconesses avant l’âge de quarante ans, et si ce n’est après tes plus grandes épreuves ; taudis que les hommes peuvent être ordonnés diacres à vingt ans.

Il est des maisons désignées sous le nom de chanoines réguliers de saint Augustin, qui prétendent avoir une règle particulière, et ne se croient inférieurs en rien aux moines, quoiqu’ils fassent publiquement usage de linge et de viande. Si notre faiblesse pouvait égaler seulement la vertu de ces religieux, ne serait-ce pas beaucoup de notre part?

On pourrait sans danger nous laisser plus de liberté sur notre nourriture, car la nature prévoyante a doué notre sexe d’une plus grande vertu de sobriété. Il est reconnu ipu* les femmes vivent de très-peu de chose, et qu’elles n’ont pas besoin, comme les hommes, d’une alimentation substantielle : la physiqiu* nous enseigne aussi (pi’elles .s’(‘nivr(*nt plus difficilement.

1 K H UK D IIKI.OÏSK

Voici un passayc dcTlicodosc ïlacrohc, dans 1(‘ seplicinc livre des Saturnales : « Aristote dit que les feninies s’enivrent rarement^ les vieillards souvent. La femme a le corps très-humide, comme l’annoncent le poli et l’éclat de sa peau, et cette purgation périodique qui la débarrasse d’une humeur supertlue. Le vin qu’elle boit rencontre donc dans l’estomac une si grande humidité, qu’il perd sa fhree et ne peut plus envoyer ses vapeurs au cerveau. » Et ailleurs : « Le corps de la femme s’épure par de fréfpientes purgations, il est semblable à un crible. De nombreux canaux viennent s’épanouir à la surface et fournir des ouvertures et des issues à toute cette abondance d’bnrneurs qu’elle doit rejeter. La dilatation des pores permet aux vapeurs du vin de se dissiper en un instant. Le corps des vieillards, au contraire, est sec; aussi ont-ils la peau (‘xtrêmement terne et rude au toucher. »

Vous jugerez, d’après cela, qu’il n’y a point d’inconvénient à nous accorder tonte liberté sur le boire et le manger, et que cette faveur est due à notre faiblesse, puisqu’il nous est difficile d’appesantir nos cœurs par l’intempérance ou par l’ivresse. Notre frugalité naturelle nous préserve du premier excès, notre constitution même nous garantit dn second. Ce serait donc obtenir di^ notre faiblesse une vertu suffisante, et même une grande vertu, si, vivant dans la continence, sans aucune propriété mondaine, et seulement occupées du service divin, nous pouvions égaler dans notre manière de vivre les chefs de l’Église, les religieux laïques eux-mèmes, ou enfin ceux qui s’appellent cbanoines réguliers, et qui si' tlattent surtout de suivre l’exemple des apôtres.

Enfin il me semble que c’est un trait de sagesse et de liriidence, dans les personni's qui se consacnait à Dieu, de fairi' des vœux moins (‘tendus, afin de pouvoir exi'cnlur

A AKAILAKl).

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pliisciu’ils ii’oiil promis, (‘I de joindre des œuvres surérogatoires aux oblijïatious de leur piété. Le Verbe de vérité a dd lui-ménie : « Lorsque vous aurez accompli tout ce (pli est ordouué, dites : Nous sommes des serviteurs iuuliles, saus mérite et saus valeur; ce que nous avons fait, nous étions obliges de le faire. » C'est comme s’il disait : Vous êtes des gens inutiles, sans mérite et sans valeur, puisque, contents seulement d’acquitter ce que vous devez, vous n ajoutez rien de votre propre mouvement.

Ailleurs encore, parlant en parabole, le Seigneur fait allusion à ces surérogations volontaires, lorsqu’il dit : « Si vous mettez quelque chose du vôtre, lorsque je reviendrai, je vous le rendrai. »

Si beaucoup de ces téanéraires épouseurs de la vie monastique faisaient plus d’attention à l’état qu’ils vont emlirasser, et qu’ils examinassent plus scrupuleusement la règle à laquelle ils vont se soumettre, ils l’enfreindraient moins par ignorance, et pécheraient moins par négligence. Mais aujourd hui qu’une foule de gens courent presque aussi aveuglément les uns que les autres se jeter dans les cloîtres, ils y vivent comme ils y sont entrés, c’est-à-dire sans ordre et ^sans règle; facilement ils ont accepté une règle inconnue, facilement ils la bravent, et ne reconnaissent pour loi que les usages qui leur plaisent. Les femmes doivent donc bien prendre garde de se charger d’un fardeau sous lequel on voit faiblir et même succomber presque tous les hommes. Déjà, nous nous en apercevons, le monde a vieilli, les hommes et les autres créatures ont perdu l’ancienne vigueur naturelle ; et suivant Jésus-Christ, c’est moins la charité d’un grand nombre que celle de tous les fidèles qui s’est refroidie. Puisque les hommes ont dégénéré, il faut doue absolument changer ou adoucir en leur lavi'ur des règles établies pour eux.

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Saint Benoît, ronvaincn de cet atlaissenient et des nioditications qu’il rendait néeessaires, avoue Ini-inèine qu’il a tellement tempéré l’austérité de la vie monastique, qiu' sa règle, eomparée à celle des premiers moines, n’est autre chose qu’une institution d’honnêteté, une simph' ébauche de société religieuse ; car il dit : « Nous avons fait cette règle, afin de montrer de quelque manière, en l’observant, que nous possédons l’honnêteté des mœurs et le germe des vertus de notre profession. Celui qui vise à une perfection plus haute de l’état religieux pourra consulter et observer la doctrine des saints Pères, dont la prati(pie conduit les hommes aux sommets élevés de la perh'ction. » Ensuite :

« Vous donc, hommes impatients d’arriver à la céleste patrie, efforcez-vous d’accomplir, par l’aide de .lésus-Christ, ces préludes de vie chrétieune et régulière, et passant, avec la protection du Seigneur, à de plus rigides observances, vous poserez enfin votre pied triomphant sur les hauteurs sublimes de la vertu. »

Les saints Pères, dit-il, lisaient chaque jour tout h* l‘sautier; mais la tiédeur du siècle l’a contraint à distribuer cette lecture dans le courant d’une semaine entière, en sorte que la tâche de ses rt'ligieux est inférieure à celle des clercs.

Qu’y a-t-il de plus contraire à la profession ix'ligieiise et à la mortification monacale, que ce qui fomente la luxure, excite les troubles, et détruit en nous cette image même de Dieu qui nous élève au-dessus de tous les autres etres? .le veux parler du vin. L’Écriture le présente comme le plus dangereux des aliments, et défend de s’y livrer. Et le grand Salomon, dans ses Proverbes, dit ; <( Dans le vin est la luxure, et dans l’ivresse sont h'S troubles. Quiconque y fait consistei- soi. plaisir ni* deviendra point sage. A qui malheur? an père de (|ui malheur? à (|ni les qnerelh'S? a

A Aü.vii.viîn.

qui les précipices? à qui les blessures sans sujet? à (pii les yeux rouges et meurtris, sinon à ceux qui passent le temps à boiredu vin et qui mettent leur plaisir à vider les c'oupes? Ne regardez pas le vin lorsqu’il paraît clair, et que sa couleur brille dans le verre. Il entre agréablement; mais à la fin il mordra comme la couleuvre, et répandra son venin comme le basilic. Vos yeux alors verront les étrangères, et votre cœur dira des choses déréglées. Vous serez comme un homme qui dort an milieu de la mer, comme un pilote assoupi qui a perdu le gouvernail, et vous direz : Ils m’ont battu, mais je ne l’ai pas senti ; ils m’ont entraîné, et je ne m’en suis pas aperçu. Quand me réveillerai-je et tronveraije encore du vin? » Et plus loin ; a O Lamuel, ne donnez point devin aux rois, car il n’y a point de prudence là oii règne l’ivresse; craignez que le vin ne lenr fasse oublier la justice et ne nuise à la cause des enfants du pauvre. « 11 est dit dans l’Écclésiasfique : (( Le vin et les femmes font apostasier les sages, et jettent dans l’opprobre les gens sensés.»

Saint Jérôme, écrivant à Népotien sur la conduite' du clergé, s’indigne de ce que les prêtres de l’ancienne Loi, évitant avec soin tout ce qui peut enivrer, surpassent dans ce genre d’abstinence ceux de la nouvelle. « Ne sentez jamais le vin, dit-il, de imur que l’on ne vous dise avec le philosophe : Ce n’est pas olfrir nn baiser, mais présenter du vin. » L’Apôtre condamne les prêtres qui aiment le vin, et l’ancienne Loi leur en défend l’usage : <( Que ceux qui servent l’autel ne boivent ni vin ni bière. » Par la bière, les Hébreux entendaient tonte espèce de boisson fermentée, distillée ou filtrée, soit de moût et de levure, soit de jus de pomme ou de suc de miel; soit encore les infusions d’herbes, de graines, la liqueur de palmier, les sirops, enfin tout ce qui pouvait enivrer : <( Tout ce qui peut enivrer et obscurcir la raison, fuyez-le comme dn vin. »

lETTltE d’hÉI.OÏSE

Voilà donc le vin retranché des délices des rois, ahsolnnient interdit aux prêtres, regardé comme le pins dangereux des aliments. Cependant saint Benoît, ce soiiflle de TEsprit-Saint, en permit l’usage à ses moines, à cause du relâchement du siècle : « Sans doute, dit-il, nous voyons (pie le vin ne convient nullement aux moines ; mais comme dans notre siècle il n’est pas possible de leur persuadei' cela, etc. »

11 avait sans doute lu ce cjui est écrit dans la vie des Bères ; « Quelqu’un rapporta un jour à l’ahhé Pasteur (pr un certain moine ne buvait pas de vin ; il répondit : Les moines doivent s’en abstenir. » Et plus loin : « En jour on célébrait des messes dans le monastère de l’abbé Antoine : il s’y trouva un vase rempli de vin; un des vieillards en versa dans une coupe, et le présenta à 1 abbe Sisoï. Celui-ci l’accepta, et en but jusqu’à deux fois ; mais à la troisième fois qu’on lui en offrit : Assez, mon frère, répondit-il; ignorez-vous que c’est le démon? » — Le saint abbé nous fournit encore un trait de cette morale, lorsque ses disciples lui demandèrent : « Si le .four du sabbat ou du dimanche l’on vient à boire trois verres de vin, est-ce trop ? —Ce ne serait pas trop, répondit le sage vieillard, si le démon n’était pas dedans. »

Dites-moi, je vous prie, en quel endroit les viandes ont jamais été condamnées par le Seigneur ou interdites aux moines. Remarquez bien à quelle nécessité saint Benoît dut sacrifier, en tolérant, par une dispositon adoucie de la règle, le vin, qui est incontestablement la chose la plus dangereuse pour les moines, et qu’il avoue lui-même ne point leur convenir. Mais il a reconnu qu’il était impossible de persuader l’abstinence di' cette liqueur aux moines de son temps.

11 sera*' '' souhaiter que de semblables concessions

^ AUAIKARI).

fussent faites à notre époque, relativement à tontes les choses qui n’étant ni bonnes ni mauvaises par elles-mêmes, sont indifférentes. Ainsi les austérités, qui ne sont plus dans l’esprit du siècle, cesseraient d’être obligatoires; ainsi les religieux conserveraient pleine et entière liberté dans les choses indifférentes qui ne peuvent produire le scandale, et la prohibition se bornerait à ce qui est véritablement péché. A l’égard de la nourriture et des vêtements, te couvent devrait se contenter de ce qu’il y a de plus simple et de moins cher : en toutes choses le strict nécessaire, point de superflu.

En effet, il ne faut pas s’occuper beaucoup de ce qui ne nous prépare point au royaume de Dieu, ou qui ne nous elève point en grâce auprès de lui : telles sont les pratiques extérieures que les réprouvés partagent avec les élus, et les hypocrites avec les vrais dévots. La ligne profonde de démarcation qui sépare les juifs et les chrétiens n’est autre chose que la distinction de ces faux dehors avec les mouvements intérieurs d’une piété sincère. C’est pourquoi, entre les fds de Dieu et ceux du démon, la distinction ne peut être faite que par la charité, la charité, qui, selon la parole de l’Apôtre, est la plénitude de la loi et la fin des commandements. Aussi, rabaissant le mérite des œuvres pour mettre au-dessus d’elles la justice de la foi, saint Paul apostrophe ainsi le Juif : « Où est donc le sujet de te glorifier? il est exclu. Par quelle loi? Est-ce par la loi des œuvres? non, mais par la loi de la foi. » Nous concluons donc que le patriarche est justifié par la foi sans les œuvres de la loi. Il dit encore : « Certes, si Abraham a été justifie par les œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non pas envers Dieu. Car que dit l’Écriture? Abraham a cru à Dieu, et cela lui a été imputé à justice. » Et, continuant ; « A celui, dit-il, qui ne fait pas les œuvres, mais ipii croit en

i.i'.n itK 1) iiÈi-oisii

celui qui justitie le luécliant, sa foi lui est iiupulee a justice, » selon le déci’ct de la grâce de Dieu.

Saint Paul encore, perinettaTit aux chrétiens 1 usag(‘ (U‘ toute espèce de nourriture, et distinguant de ces choses ct'lles qui nous justifient devant Dieu, disad : « Le royaume de Dieu n’est point viande ni breuvage; niais il est justice, paix et joie dans le Saint-Esprit. 11 est vrai (pie toutes choses sont pures ; mais celui-là fait mal qui mange en donnant du scandale. 11 est bon de ne point manger de viande, de ne point boire de vin, et de ne faire aucune autre chose qui puisse faire broncher ton fri-rc, ou dont il soit scandalisé, ou dont il soit blessé. » Ces paroles n niterdisent l’usage d’ancini aliment, mais seulement le scandale qui pourrait être provoqué par cet usage. En effet , quelques .luifs nouvellement convertis s(> scandalisaient de

voir les disciples manger des mets détendus par la loi. Mais, pour avoir voulu éviter ce scandale, l’apiMre Pierre fut gravement réprimandé, et salutairement averti. Saint Paul lui-même, dans son épître aux Galates, raconte cette

circonstance.

11 dit encore à ce sujet, dans son épitre aux Corinthiens :

(, Ce n’est pas ce que nous mangeons qui nous recommande devant Dieu.r Et de plus : «Mangezdi' tout ce qui se vend à la boucherie. La terre est au Seigneur avec mut ce qu’elle contient.» Et aux Colossiens : « Que personne donc ne vous condamne pour le manger ou pour le boire. » Et un peu plus bas : » Si vous êtes morts avec le (dirist aux cléments de ce monde, pourquoi tout(*s ces ordonnances , comme si vous viviez encore au mond(^ , savoir : Ne mano-ez, ne goûtez, ne touchez point toutes ces choses dont Pusage <'onne la mort à notre ânuq si l’on en croit les précqites et les doctrines des hmnmes? »

11 appelh' 1<‘S éléments de ce monde h'S premiers rudi-

A AiîAirAun.

nienls de la Loi;, c’est-à-dire les ubservaiices charnelles, et cet alphabet élémentaire par lecpiel le inonde naissant , c’est-à-dire ini peuple encore enfoncé dans la chair , s’exerçait à l’étude de la religion. Par le Christ et par enxinèmes, les chrétiens sont morts à ces éléments, c’est-à-dire à ces observances charnelles; ils ne leur doivent rien, ne vivant déjà plus en ce monde, c’est-à-dire parmi ces hommes charnels , qui s’attachent à la matière et qui font des ordonnances , et établissent des distinctions entre les aliments, entre telles et telles choses, et qui disent : « Ne touchez point ceci ou cela »; toutes choses, à les entendre, qu’il suffit de toucher ou de goûter, ou de tenir dans nos mains, pour donner la mort à notre àme par leur usage, même lorsque nous nous en servons pour notre utilité. Ils parlent, je le répète, selon les préceptes et les doctrines des hommes charnels, et selon la loi de ceux qui comprennent avec le sens de leur chair, et non |)as selon la loi de Jésus-Christ et des siens.

En effet, lorsque le Seigneur envoya les apôtres prêcher son Évangile, il devait sans doute prévenir de leur part tout sujet de scandale. Cependant il leur permit d’user de tons les aliments sans restriction, puisqu’il leur ordonna, partout où ils seraient a(;cueillis, de vivre absolument comme les autres, démanger et de boire ce qu’ils trouveraient sur la table. L’Apôtre, qui, par les lumières de l’esprit de pi'Ophétie doid il était éclairé, prévoyait que dans la suite on s’écarterait de cette céleste doctrine, qui est aussi la sienne, avertit son disciple Timothée d’y prendre garde; voici ses pai’oles : « Or l’Esprit dit expressément qu’aux derniei's temps quelques-uns déserteront la foi, s’adonnant aux esprits séducteurs et aux doctrines des démons, enseignant des mensonges par hypocrisie, défendant de se marier, commandant de, s’abstenir des aliments que Dieu a crées

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