‹ Abailard et HéloïseChapitre 4 sur 80 · XXIV · texte numérisé non relu

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SI H ABAIL AUD KT lIliLOÏSK.

Fulbert, urgueilleux de la siii»ériorité de sa nièce, croyait ne i)Oii\oir faire assez pour donner à ses talents tout le développement dont ils étaient susceptibles; et dans ce respect passionné iiour la science qui séduit (jiielquefois les esprits simples comme paraît Favoir été celui du chanoine , il poussait sans rebàche Héloïse à Fétude et ne négligeait pour elle aucune occasion d’apprendre. Abailard, par l’intermédiaire de quehiues amis, lit [)roposer à Fnlbeid de le prendre en pension chez lui au i)ri\ (ju’il voudrait. L’embarras des soins du ménage, incompatible avec les études philosophi(|ues, la trop grande dépense ([ui en résultait pour lui, la commodité cpie lui oll'rait la maison de Fulbert, située près des écoles, tels furent les motifs apparents de la demande d’Abailard. Full)ert en eut deux i)our accéder avec enif)ressement à la proposition : l’avantage pécuniaire ((u’il com|)tait trouver dans ses conventions avec ce philosopbe riclie et insouciant, et surtout la joie inespérée de voir Héloïse approcher de la source de toide science , et l’espérance (pi’il en rejaillirait sur elle (pieLpies gouttes. Sans laisser à Abailard le temi)S de former un désir à cet égard, il le supplia avec ardeur de donner a sa nièce les moments dont il pourrait disposer, soit à son retour des écoles, ou à toute autre heure du jour et même de la nuit , lui remettant sur elle une entière autorité , jusqu’à le prier d’user de contrainte, s’il était nécessaire , et de punir sa négligence ou sa mauvaise volonté. Abailard lui-môme s’étonna de l’excès d’aveuglement (pii allait ainsi au-delà de ses vœux; mais, trompé par les idées ipii le [iréoccupaient , par la graviter des mœurs d’Abailard, par la distance oïi le iilaçaiil d'Héloïse la hauteur de sa réputation, Fulbert ne vit en lui ([u’uii sa\anl docteur, dans sa nièce (pi’un cntaiil ,

ESSAI lllSTOlUyiE

et il ne supposa pas entre eux d’antres relations possibles que celles du maître et de l’écolière. Telles ipie les concevait Fulbert, elles étaient sinf-nlières, car il avait permis à Abailard, pour faire faire à Héloïse sa volonti' les menaces et les coups. Abailard réussit par de plus douces voies, et, en nous instruisant de son bontienr il a laisse peu de chose à deviner sur le détail de ses iilai.^rs Sa pas.'^ion fut sincère et violente; mais, au moment ou écrivait Abailard, elle avait perdu son empire-

I amour n’animait plus pour lui ces tableaux qni^ .eiil

II peut rendre toncbants; la crudité est dans ses exjiressions, autorisées ou nécessitées par l’n^af-e tin latin, rendnes familières par l’habitude des dissertations beolo{;i(ines, et naturelles à cette situation d’ànie ou

le remords s’unit aux regrets. Un effet tout contraire resuite des écrits oii , après de longues années d’absence Heloise se rappelait ces temps de bonbenr et d’ivresse’ elle exprime beaucoup plus en disant beaucoup moins •

® . ne détaille point; an moment même

ou Heloise se livre à la peinture des sentiments les pins vifs, une délicatesse de femme écarte toute image capable de réveiller, dans celui cà qui elle s’adresse, l’idée des plaisirs .lui ne sont plus, pour porter l’imagination tout entiere sur la douleur de leur jierte.

Livré à des jouissances si vives et si nouvelles, Abailard oubliait tout le reste; ses vers ne iiarlaient pins que d amour, et la douce mélodie de ses chants, gravés dans la mémoire des pins ignorants, portait au loin le nom «l’Heloise, et le faisait retentir dans les maisons et sur places. Héloïse ne concevait pins d’autre lionneur ipie celui de son choix, et se perdait, pour ainsi dire, dans la gloire de son amant. Le devoir de lui coniplaiiv devint pour elle relui devani leipiel disparaissaiimt tons

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