XIX
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parl'aite réconciliation (|n(‘ conlinni'ia'nt des cinbrasseinents inntnels.
Ahailard se rendit en Bretagne i)Oin- en ramener Héloïse, et accomplir sa promesse de l’éitouser. Consternée àla nouvelle (pi’il lui en apporta, Héloïse s’opposa de toutes ses forces à un pareil sacrifice ; sacrifice inutile, disait-elle, car son oncle n’avait point pardonné et ne pardonnerait point. «Quel lionneur d’ailleurs pouvait-il lui revenir de ce qui ternirait la gloire d’Abailard? He quel crime n’allait-elle pas se rendre coni)able envers * le monde entier en lui enlevant une telle liimiéiar? Quelles ne seraient pas les malédictions, les larmes des [)lnlosophes 1 » Ifassant de là aux oinbarras du mariage , elle appelait à l’appni de son opinion celle des pères et des i)lnlosoplies ([iii tous l’ont déclaré contraire, sinon à la pureté tics mœurs , dn moins à fétnde de la sagesse et à la vie philosophique.
On pourrait croire à ce langage (iiic , revenue de ses égarements , Héloïse plaçait désormais leur gloire à tons deux dans le renoncement aux plaisirs qui leur avaient été si chers ; il n’en était rien ; la publicité de leur mariage , les commodités de la cohabitation , c’était là qu’elle voyait rindécence et le scandale; et plus heureuse, disait-elle , plus honorée dn nom de maîtresse d’Abailard ({lie dn nom de son épouse , plus charmée et plus flore de devoir sa constance à son amour cpie de le tenir enchaîné par les liens du mariage, elle le conjurait de ménager leurs i)laisirs (pie des séparations momentanées rendraient d’autant idus doux qu’ils seraient plus rares.
C’est ainsi (pi’Ahailard nous a transmis les discours |iar les([uels Héloïse tâchait d’ébraiiler sa résolution ; et, malgré la foiane oraloire (pic hmr a donnée son récit,
kssai nisioluyiii
lléloibc, dans ses lettres, les reeonnaît jioiir siens, le reinerae d’avoir daigné se les rappeler, lui reprochant
ontelois d’omettre (iuel(|ues-nnes des raisons de son eloignement pour ee mariage, et celles sans doute •|ii elle lui iiermettait le moins d’oublier.
Les poètes comme Héloïse , et le publie comme les poetes, ont donné plus d’att.mtion aux motifs personnels d Heloise ipi’à ceux (péelle tire de la situation d Abailard et des idées de son temps ; mais c’est à ceiixei (pie s’attache l’importance bistoriipie. Plus d’une femme passionnée a pn éprouver ou se croire les sentiments d’Héloïse ; ses arguments n’appartiennent qu’à son siecle. ^
Abailard, en les rapportant, en reconnaît la solidité et s’étonne de l’étrange folie qui l’empôclia de s’v rendre. Enfin, ne pouvant rien obtenir, et incapable de soutenir la colère de celui qu’elle aimait, Héloïse céda avec des torrents de larmes; et, ne voyant pins d autre bien que de se perdre du moins tous deux ensemble, ils revinrent secrètement à Paris, laissant leur Idschez Denise ; et moins d’une semaine après leur arrivée, ayant passé une partie de la nuit en prières dans une eglise, ils s’y marièrent de très-grand matin en presence d un petit nombre d’amis. Puis ils se séparèrent, et ne se virent pins que rarement , avec le iilus
grand mystère et autant de précautions cpi’il leur fut possible.
Cependant Fulbert et ses familiers , regardant cette réparation cachée comme à peu près nulle pour son bonnenr commencèrent à divulguer le mariage. Mais Heloise démentait avec tant de fermeté les bruits qu’ils sapplKpiaient à répandre, ,p,’elle se vit exposc'-e à la i-olere et aux mauvais traitements d,- son oncl(>. Abai-
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lard , pour l’y soustraire , la conduisit au couvent des religieuses d’Argeuteuil , dont il lui lit prendre riiabit, <à l’exception du voile. Fulbert et ses parents persuadés alors (pie le projet d’Âbailard était d’obliger Héloïse à se faire religieuse et de se délivrer ainsi des liens de son mariage, crurent n’avoir pins rien à ménager. On sait (pielle fut leur vengeance.
Instruite dn malbenr d Abailard, tonte la ville accournt chez lui. L’affliction fut grande dans le clergé , et les femmes , dit Foulques , versèrent d’abondantes larmes sur le sort de celui qu’elles regardaient comme leur chevalier. Excédé, irrité des cris de surprise et de douleur (jui retentissaient de tons côtés à ses oreilles, des gémissements de ses elèves, et de la com[)assion de cette foule de gens (pii venaient le plaindre de son ignominie, le malhenrenx Abailard, comme il nous l’apprend lui-même, ne sentait plus d’autre souffrance que l’insupportable confusion dont il se voyait couvert àl’dée de la bonté et du ridicule attachés à cette singulière aventure qui se répandait partout avec un éclat insupportable. Il gémissait de tant de gloire si facilement éteinte ; il se représentait l’affectation de ses envieux à louer l’évidente justice d’nne pareille punition, la douleur de ses parents et de ses amis, 1 insultante curiosité du public; il se voyait montré au doigt, poursuivi de tous les regards, déchiré par toutes les bouches. Au sentiment de son honneur perdu se joignait celui de sa fortune arrêtée : les hautes dignités de l’Église lui étaient désormais inaccessibles ; il ne se vit plus d’asile (pie le cloître. La honte, nous dit-il, l’y poussa plus ([ue la dévotion. Arraché tout vivant, pour ainsi dire, aux passions, encore plein de ce monde (|n il allait (piitter el(pi’il ne sentait i)lus(pie parla douleui ,