‹ Abailard et HéloïseChapitre 31 sur 103 · I.ETTBE l>ABAll.AIU · texte numérisé non relu

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par cette conduite, Fulbert accablai! su nièce de mauvais traitements; ce qui me dérida, lorsque j'en fus informé, à l'envoyer à l’abbaye des nonnes d’Argenteuil , près Paris, où elle avait été élevée et instruite dans sa première jeunesse. Je lui fis prendre aussi, à l’exception du voile, les habits de religion qui étaient en harmonie avec l’état monastique.

A cette nouvelle, son oncle et ses parents ou alliés pensèrent que je les avais pris pour dupes, et que je mettais Héloïse au couvent pour m’en débarrasser. Outrés d’indignation, ils conspirèrent contre moi et résolurent de me punir. La nuit, un de mes serviteurs, corrompu à prix d'or, les fil pénétrer dans une chambre retirée de ma maison, oit je reposais, et me livra pendant mon sommeil à leur vengeance; vengeance si barbare et si avilissante, et dont le monde accueillit la nouvelle avec un profond étonnement : le fer sépara de moi les parties de mon corps par lesquelles j’avais commis la faute dont ils se plaignaient. Mes bourreaux prirent la fuite ; deux d’entre eux, qu'on réussit it arrêter, furent privés des yeux et des organes de la génération. L’un d’eux «‘tait ce même serviteur attaché à ma personne, et que l’avarice avait poussé à la trahison.

La' matin venu, toute la ville était rassemblée autour île ma demeure. Il me serait difficile ou plutôt impossible de rendre l’étonnement et la stupeur générale, le deuil mené autour de moi, les cris et les doléances dont on me torturait, enfin tous les signes de désespoir qui jetaient le trouble et l’ébranlement dans mon esprit. Les clercs surtout, et spécialement mes disciples, me martyrisaient par leurs gémissements et leurs sanglots insupportables, en sorte qui 1 leur compassion était infiniment plus cruelle pour moi que ma blessure : sanglant et mutilé, je ne sentais que ma confusion, et je souffrais bien plus de ma honte que

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