‹ Abailard et HéloïseChapitre 42 sur 103 · A 1 N AMI · texte numérisé non relu

A 1 N AMI

les laïcs comme leur mère ; et tous admiraient également sa fervente piété, sa sagesse et son incomparable douceur de patience en toutes choses. Elle se laissait voir rarement, et se tenait renfermée dans sa cellule pour se livrer sans partage à ses méditations saintes et à ses prières; mais toutes les personnes du dehors n’eu sollicitaient qu’avec plus d’ardeur sa présence et les pieuses instructions de son entretien.

Tous leurs voisins me blâmaient vivement de ne pas faire tout ce que je pouvais ni tout ce que je devais pour les soulager dans leur dënùment, lorsque c’était une chose si facile à moi, du moins par mes prédications. Je commençai donc à leur rendre des visites plus fréquentes, pour leur être utile d’une manière ou d’une autre. Mais encore en cela je ne pus éviter le murmure de l’envie, et malgré le pur esprit de charité qui dirigeait mes démarches, mes ennemis, avec leur noirceur accoutumée, en tirèrent les conjectures les plus infâmes. On voyait bien, disaient-ils, que j’étais encore dominé par l’attrait de certains plaisirs charnels, puisque je ne pouvais supporter maintenant ni nulle part l'absence de la femme que j’avais tant aimée. Je me rappelai alors les plaintes de saint Jérôme, dans sa lettre à Asella sur les faux amis : « On méfait, dit-il, un crime de mon sexe, et l’on n’y songerait pas si Paule ne fût allée avec moi à Jérusalem. » Et il continue : « Avant que je connusse la maison de sainte Paule, c’était sur mon compte un concert de louanges dans toute la ville ; on était unanime à me reconnaître digne du souverain pontificat. Mais je sais qu’à travers la bonne et la mauvaise renommée ou peut arriver au royaume des cieux. » Considérant qu’un si grand homme avait essuyé les mêmes outrages de la calomnie, je puisais dans ce rapprochement une grande consolation. Oh! me disais-je, si mes ennemis

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