‹ Abailard et HéloïseChapitre 64 sur 103 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

L'office du culte divin se compose de trois éléments. Le docteur des Gentils, dans l’Épltre aux Éphésiens, l’établit ainsi quand il dit :

« Ne vous enivrez pas dans le vin, qui renferme la luxure; mais remplissez-vous de l’Esprit, vous entretenant de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant le nom du Seigneur dans vos cœurs. » Et encore dans l’Épifre aux Colossiens, il dit :

<r Que la parole du Christ habite en vous abondamment et en toute sagesse ; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur et avec édification les louanges du Seigneur. »

Les psaumes et les cantiques, ayant été fournis de toute antiquité par des livres canoniques, nont besoin ni de nos efforts, ui des travaux de personne pour être composes aujourd’huii

LETTRE D ABAILARP

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Quant aux hymnes, comme elles ne tiennent pas une place distincte dans les saintes Écritures, quoique certains psaumes portent le nom d’Hymnes ou de saints Cantiques, ce furent les Pères qui s’en occupèrent en divers passages de leurs écrits ; on fit des hymnes particulières appropriées aux temps, aux heures, aux fêtes diverses; et c’est ce. qu’aujourd’hui nous nommons hymnes dans le sens propre du mot, quoique anciennement on nommât indifféremment hymnes ou psaumes tous les Cantiques sacrés composes suivant un rhythme ou un mètre régulier. C’est ainsi qu’Eusèbe de Césaréc, au chap. 17 du livre u* de son Histoire ecclésiastique, rappelant l’éloge que le savant juif Philon faisait de l’Église d’Alexandrie à l’époque de

saint Marc, ajoute entre autres choses * Et un peu plus

loin, au sujet des psaumes nouveaux qu’ils composent, il ajoute : « Et ainsi non-seulement ils comprennent les hymnes subtiles dès anciens, mais ils eu composent de nouvelles à la louange de Dieu, les modulant sur tous les mètres et sur tous les tons, avec une harmonie pure et suave. »

Sans doute il est permis de donner le nom d’hymnes à tous les psaumes composés en hébreu suivant certain rhythme et certaine mesure, et avec une douceur qui tient du miel. Ce nom rentre même dans la définition de l’hymne.

< Le copiste a passé les paroles d'Eusèbe, et rien dans le texte n'indique celte lacune, ^bailard citait proliablement le passage du chap. xvii, que traduit ainsi le président Cousin, dans sa traduction des Historiens de l't.glue, tome I«, pag. 09, in-4°, Paris, 1073 : • Il

• y a dans chaque habitation (des thérapeutes) un monastère où ils

• célèbrent seuls les saints mystères, sans y rien porter pour boire,

• pour manger, ni pour les autres nécessités du corps, niais seule- » nient les livres de la loi, des prophètes, et des hymnes propres à » entretenir et h accroître la science et la piété. >

A HÉLOÏSE

telle que nous l’avons donnée dans notre première préface. Mais comme les psaumes, en passant de l’hébreu dans une autre langue, ont perdu leur rhythmo et leur mesure, c’est avec raison que l’Apôtre, écrivant auxÉphésiens, qui sont des Grecs, a séparé des psaumes les hymnes et les cantiques.

C’est au sujet de ces hymnes, chères filles en Jésus- Christ, que vous avez souvent sollicité notre faible génie par vos prières, en ajoutant les causes qui nécessitaient votre demande ; et nous, avec la grâce de Dieu, nous nous sommes rendus en partie à cette demande. En effet, dans le livre précédent, nous avons renfermé des hymnes quotidiennes de fériés qui puissent suffire à toute la semaine.

Nous les avons composées, pour que vous le sachiez, de telle sorte qu’il y a double chant et double rhythme, une mélodie commune pour tous les nocturnes et une autre pour les chants diurnes.

Nous n’avons pas omis non plus l’hymne de grâces après le repas, suivant qu’il est écrit dans l’Évangile : « Et ils sortirent après l’hymne récitée. »

Et quant aux hymnes qui précèdent, en les composant nous avons été dirigés par cette pensée que les nocturnes doivent contenir les œuvres de leurs fériés, et que les diurnes doivent contenir l’exposition allégorique ou morale de ces œuvres ; si bien que l’obscurité de l’histoire soit réservée pour la nuit, et la lumière de l’exposition pour le jour.

11 vous reste maintenant à m’aider de vos prières pour que je puisse vous transmettre le petit présent que vous désirez

LETTRE

^fragment)

Dans les deux livres précédents j’ai réuni les hymnes quotidiennes des fériés et celles qui sont particulières aux solennités diverses ; reste maintenant, pour la gloire du Roi céleste et pour l’encouragement des fidèles, à exalter dans des hymnes, suivant la mesure de nos forceset par de justes louanges, la cour du suprême palais. Dans cette œuvre, mon principal soutien sera le mérite de ceux dont je célébrerai la glorieuse mémoire, suivant ee qui est écrit: « La mémoire du juste sera louée », et encore : « Louons les hommes glorieux, etc. »

Et vous, mes très-chères sœurs, vouées à Jésus-Christ, vous dont les sollicitations m’ont fait entreprendre celte œuvre, joignez à mes efforts la dévotion de vos prières, vous souvenant de ce bienheureux législateur qui a fait plus en priant qu’un peuple entier en combattant. El pour que votre charité ne m’épargne pas vos prières, songez avec quelle prodigalité nous avons exaucé vos demandes.

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