LETTRE DARA1LARD A HÉLOÏSE
En essayant de louer la grâce divine suivant notre faible génie, nous avons compensé par la multitude des hymnes ce qui pouvait nous manquer du côté de l'éloquence, composant des hymnes particulières pour chaque nocturne de chaque -solennité, tandis que jusqu’à ce jour on ne chantait qu’une hymne aux nocturnes des fêtes et des fériés. Nous avons fait quatre hymnes pour chaque fête, afin qu’on puisse chanter une hymne à chaque nocturne, et qu’il y en ait encore une pour les laudes. Nous avons en outre établi, à l’égard de ces quatre hymnes, que, pour la vigile, on joindrait deux hymnes en une, et que les autres seraient également réunies pour être chantées aux vêpres le jour même de la solennité ; ou bien qu’en les distribuant ainsi deux à deux pour chaque vêpres, on chanterait une de ces hymnes avec les deux premiers psaumes, et l’autre avec les deux derniers. J'ai composé également, il m’en souvient, cinq hymnes pour la croix, dont la première convient à chaque heure, invitant le diacre à enlever la croix de l’autel, et à l’apporter au milieu du chœur pour l’offrir à l’adoration et au salut, afin que la solennité puisse, à chaque heure du jour, se passer en présence de la croix
LETTRE
D’ABÀILART) A HÉLOÏSE
A ma irés-chére sœur Héloïse, respect et amour en Jésus-Christ.
Ayant achevé dernièrement, à l’aide de vos prières, le recueil d’Hymnes et d’ Antiennes que vous m’avez demandé, je me suis mis aussitôt à composer quelques sermons pour vous et pour vos tilles spirituelles du Paraclet. J’ai travaillé vite, contre mon habitude. Plusoccupé de la leçon de l’Écriture que du sermon lui-même, je m’attache à exposer clairement la doctrine chrétienne, non pas à écrire avec éloquence; je recherche le sens de la lettre, non pas les ornements de la rhétorique. Et peut-être un style négligé aura-t-il cet avantage sur une diction plus élégante, que, par son abandon même, il s’accommodera plus facilement à l’intelligence de vos âmes simples, et leur rendra les vérités de la religion plus accessibles. Relativement à celles qu’ils doivent instruire, le naturel et la naïveté de ces sermons seront en quelque sorte un ornement, une délica-