LETTRE DE BFHHNT.FR
fissures. J’ai voulu retrancher on eux 1 immodérée licence de cette langue qui leur servait à mesurer, comme des géomètres, l’univers entier. Pourquoi ma pieuse intention estelle accusée de Cruauté? Pourquoi l’économe attentif est-il appelé dissipateur? — Ici, disent-ils, tu es solidement appuyé sur la colonne de la raison. Mais ce moine de Marseille, pourquoi l’as-tu blessé jusqu’à l’Ame? — Parce qu'il blessait l’anneau de l’épouse du Christ, et qu’il menaçait du naufrage la pureté de notre antique foi. N’insinuait-il pas qu’après Dieu il y avait encore un autre créateur? Il le déclare nettement dans une lettre à moi adressée. — Mais il ést donc impossible de te prendre au dépourvu? tu fais face de tous côtés. Réponds : pourquoi as-tu lancé le Venin de ta langue sur l’évêque? — Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous, au moins, mes amis, car mon humilité est grande et profonde. Quand vous ai-je blessés? Quand donc ai-je porté atteinte à votre majesté?
—Comment, disent-ils, n’est-ce pas là une grave atteinte, quand tu dis : « Chez les religieux, le Psaume est une marmite, et P Alléluia un menu succulent? » Soyez indulgents, frères, je ne vous ai nullement blessés. J 'ai parlé dans l’incertitude; j'ai causé vaguement: je n’ai spécialement flagellé personne. Comme Apollon, j’ai rendu un vain oracle qui ne frappe que l’air. Mais, comme je le vois, tout ce que je dirai portera ou ne portera pas. Pourquoi vous adjugez-vous un fardeau étranger? Mon javelot ne vous était pas destiné. Pourquoi en faites-vous une plaie à votrè pureté? J’ai dit : « Chez les religieux le Psaume est une marmite, et l’Alleluia est un mena succulent. » Cela vous regardait-il? Ceux de Maguelonne sont aussi des religieux ; et les chanoines de Saint-Rufe aussi sont des religieux. Apollon a lancé en l’air son javelot, et pour qu'il ne retombe pas en vain, vous vous offrez volontairement à la
A l'èvèqie 1)E mendé.
blessure. Qui jamais a-t-on vu ouvrir la bouche pour recevoir une flèche? Quant à moi, mes frères, mon arc était dirigé contre un autre but; mais vous avez saisi le fer au passage. J’ai nié toute mauvaise intention, je voulais retirer le trait de votre blessure; mais, dans le dévouement de votre charité, vous voulez à toute force ramener la plaië sur votre corps en santé. Croyez-moi, je n’étais pas rempli d’une manie furieuse, pour aller lancer contre vous la fille de mon carquois. Pardonnez donc à un homme qui n’a pas voulu vous nuire. Ils disent encore autre chose : Cela est-il bien à moi d’avoir loué des Cyclopes pour forger des foudres contre votre tète? — Qu’est-ce là, je vous prie? — Oui, tu as dit : «Votre évéque n’est pas l’évéque des Mendais, mais des mendiants. » — Je veux m’écrier avec le prophète Jérémie : « Malheur à toi , ma mère ! Pourquoi m'as-tu mis au monde pour être l’homme de la querelle et de la douleur dans toute la terre? » Où donc, et à quelle époque, s’il vous plaît, me suis-je rendu coupable? A quelles saturnales, dans quel monde fantastique ai-je attaqué votre évêque? Car, en vérité, nulle part ailleurs' je n’ai pu proférer contre lui de telles injures. — Ce n’est pas tout, disentils, et tu boiras encore de notre vinaigre. — Qu’est-ce? — Tu as dit de nous : « Le peuple est un troupeau qui vous appartient. » — Vous m’épouvantez, frères, par vos nouveautés, et contre vos maléfices je veux faire sur mon front le signe de la croix. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Qu’est-ce que vous dites là?
« Je veux fuir plus loin que les steppes de la Sarmalie, plus loin que la nier Glaciale ; »
car assurément elle est vraie, cette prophétie :
a La fiction enverra la vérité en exil. »
Le mot que vous me reprochez est une de vos fictions,